6 novembre 2015 / 17:33 / il y a 2 ans

LEAD 2-Avant la COP21, Obama dit non au projet d'oléoduc Keystone XL

(Actualisé avec nouvelles réactions, contexte, cours)

par Timothy Gardner et Jeff Mason

WASHINGTON, 6 novembre (Reuters) - Barack Obama a rejeté vendredi le projet d'oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis, accordant une victoire emblématique aux défenseurs de l'environnement à un mois de la COP21, la conférence internationale de Paris sur le changement climatique.

"L'oléoduc n'apporterait pas de contribution significative à long terme à notre économie", a déclaré le président américain lors d'une conférence de presse. Il a expliqué qu'un feu vert au projet ne permettrait pas de faire baisser les prix à la pompe et que faire venir du Canada du pétrole brut "plus sale" n'améliorerait pas la sécurité énergétique des Etats-Unis.

Le porte-parole de la Maison blanche, Josh Earnest, a par la suite déclaré que Keystone XL aurait "favorisé l'extraction de l'un des pétroles les plus sales de la planète".

Le projet de huit milliards de dollars (7,4 milliards d'euros) défendu par la compagnie TransCanada visait à construire un oléoduc de près de 1.900 km et d'une capacité de 830.000 barils par jour pour relier des gisements de sables bitumineux dans l'Alberta, au Canada, au réseau existant aux Etats-Unis.

Son rejet pourrait permettre à Washington, l'un des plus gros producteurs de gaz à effet de serre de la planète, d'arriver en meilleure position à la COP21, qui débutera le 30 novembre avec pour objectif un accord mondial sur la lutte contre le réchauffement climatique.

Barack Obama a confirmé vendredi qu'il viendrait lui-même à Paris.

UN PRÉCÉDENT

Son secrétaire d'Etat, John Kerry, qui lui a recommandé le rejet de Keystone XL, a déclaré qu'un feu vert au projet aurait "sérieusement miné notre capacité à continuer de jouer un rôle de premier plan dans le combat contre le changement climatique".

TransCanada demandait l'aval de la Maison blanche depuis 2008 mais se heurtait depuis à l'opposition des défenseurs de l'environnement, qui ont peu à peu fait de Keystone XL un enjeu emblématique du débat sur le changement climatique.

"C'est une grande victoire", a dit vendredi Bill McKibben, cofondateur de l'organisation non-gouvernementale 350.org, opposant de longue date au projet. La décision d'Obama, a-t-il ajouté, "est tout simplement historique et crée un précédent important, qui devrait avoir des répercussions dans l'ensemble du secteur des énergies fossiles".

TransCanada et d'autres compagnies pétrolières défendaient le projet en expliquant entre autres que l'oléoduc contribuerait à assurer la sécurité de l'approvisionnement en énergie des Etats-Unis et que sa construction créerait des milliers de postes.

Mais la donne économique a changé depuis le lancement du projet il y a sept ans, notamment avec l'essor du pétrole de schiste, qui a augmenté de 80% la production pétrolière américaine et contribué à la chute du prix du baril, tombé de plus de 100 dollars à moins de 45 dollars.

POUR TRANSCANADA, "LA RHÉTORIQUE L'A EMPORTÉ SUR LA RAISON"

Le nouveau Premier ministre canadien, Justin Trudeau, soutien du projet Keystone XL, a exprimé sa déception mais ajouté que les relations entre les deux pays étaient "beaucoup plus vastes qu'un seul projet".

De son côté, le directeur général de TransCanada, Russ Girling, a déclaré que la compagnie allait envisager le dépôt d'une nouvelle demande d'autorisation du projet.

"Aujourd'hui, le choix d'un symbolisme mal placé l'a emporté sur le mérite et la science; la rhétorique l'a emporté sur la raison", a-t-il dit dans un communiqué.

Un haut responsable du département d'Etat a laissé la porte ouverte à l'éventuel dépôt d'un nouveau dossier après la présidentielle de novembre 2016, en déclarant à la presse: "pour que le département d'Etat réexamine la demande à tout moment, la compagnie devrait la soumettre de nouveau".

Lundi, TransCanada avait demandé à l'administration Obama de suspendre l'étude du dossier, une démarche interprétée par de nombreux observateurs comme une manoeuvre visant à repousser la décision finale à 2017, lorsque Barack Obama aura quitté la Maison blanche.

Si tous les candidats à l'investiture démocrate pour la présidentielle de l'an prochain, y compris Hillary Clinton, sont dans le camp des opposants au projet, la plupart des prétendants républicains en sont au contraire partisans.

La décision de Barack Obama constitue aussi un revers pour le camp républicain au Congrès, qui avait fait du dossier Keystone une de ses priorités.

Le sénateur John Hoeven, élu républicain du Dakota du Nord, a affirmé que TransCanada pourrait déposer un recours dans le cadre de l'Alena, l'Accord de libre-échange nord-américain, ou devant l'Organisation mondiale du commerce.

A la Bourse de Toronto, l'action TransCanada perdait 5% vers 19h30 GMT.

Bertrand Boucey, Patrick Vignal et Marc Angrand pour le service français

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