3 novembre 2015 / 01:30 / il y a 2 ans

Nouveau rebondissement dans le projet contesté d'oléoduc Keystone

* TransCanada demande une suspension de l'examen de sa demande de permis d'autorisation

* L'oléoduc permettrait de relier l'Alberta aux raffineries du golfe du Mexique

* Mais le projet est controversé en raison son impact sur l'environnement et les émissions de CO2

* La compagnie canadienne tablerait sur l'élection d'un républicain à la Maison blanche

par Bruce Wallace

LOS ANGELES, 3 novembre (Reuters) - La compagnie canadienne TransCanada a demandé lundi que les autorités fédérales américaines suspendent l'examen de son projet d'oléoduc Keystone XL.

Cette annonce surprise intervient alors que la Maison blanche indiquait dans la journée qu'une décision devrait être prise sur la demande de permis déposée par TransCanada avant le départ de Barack Obama de la présidence, en janvier 2017.

Dans une lettre adressée au département américain d'Etat, la compagnie canadienne motive sa demande par le fait qu'elle a saisi la Commission des services publics du Nebraska au sujet du tracé du futur oléoduc. Cet examen pourrait prendre entre sept et douze mois. Si l'administration fédérale américaine accepte, le dossier devrait donc échoir au successeur d'Obama, qui s'est montré peu enclin à autoriser la mise en chantier du pipeline.

"Je note que lorsque le tracé de l'oléoduc au Nebraska a fait l'objet d'une plainte l'an dernier, le département d'Etat avait jugé fondé de suspendre l'examen (de la demande de permis) jusqu'à ce que le litige soit réglé. Nous avons le sentiment que dans les circonstances actuelles, une suspension similaire serait appropriée", écrit le directeur général de TransCanada, Russ Girling, dans un communiqué.

Estimé à 8 milliards de dollars US, le projet Keystone, dont la capacité devrait être de 830.000 barils par jour, doit courir sur 1.900 km entre l'Alberta et le Nebraska, où il serait connecté au réseau existant. Sa construction permettrait de relier les gisements d'hydrocarbures canadiens, notamment des sables bitumineux de l'Alberta, aux raffineries installées sur le golfe du Mexique.

Mais il doit obtenir un feu vert de l'administration américaine pour pouvoir franchir la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. La première demande de permis a été déposée en 2008 par la société TransCanada.

"LE VENT A TOURNÉ"

Ses détracteurs, qui pressent Obama d'opposer son veto au projet, jugent qu'il favoriserait les émissions carbonées et irait donc à l'encontre de la lutte contre le réchauffement climatique. Les associations écologistes protestent notamment contre les techniques d'exploitation de sables bitumineux de l'Alberta, responsables selon elles de rejets massifs de gaz à effet de serre.

Aux Etats-Unis, le camp républicain y est favorable. Du côté démocrate, Hillary Clinton, favorite de la primaire en vue de l'élection de novembre 2016, s'est rangée récemment au côté des adversaires du projet.

"Les dirigeants de TransCanada ont pressenti avec raison que le vent avait tourné contre le projet Keystone XL et ils tentent aujourd'hui de repousser toute décision dans l'espoir qu'un républicain sera élu à la présidence américaine et qu'il l'approuvera", a réagi Valerie Love, du Center for Biological Diversity, une des associations qui a demandé à plusieurs reprises à Obama de refuser le projet.

Keystone XL souffre aussi de l'évolution des cours du pétrole, susceptible de nuire à sa rentabilité. En 2008, lorsqu'il a été lancé, le baril de brut US valait près de 150 dollars; il n'en vaut plus aujourd'hui que 50. (avec Nia Williams et Euan Rocha à Calgary; Henri-Pierre André pour le service français)

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