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Sociétés

Gaza-L'économie israélienne souffre mais devrait tenir le choc

JERUSALEM, 30 juillet (Reuters) - Les hostilités en cours dans la bande de Gaza devraient coûter à Israël des milliards de dollars, pénaliser au moins temporairement sa croissance économique et mettre à mal ses finances, mais le choc pourrait être limité.

Les analystes et des dirigeants israéliens comparent le coût de cette opération à celui du conflit avec le Hezbollah libanais à l’été 2006, et à ceux des conflits dans la bande de Gaza en 2009 et en 2012.

A l’époque, l’économie avait souffert mais s’était vite rétablie, à l’exception du secteur du tourisme.

Selon la Banque d’Israël, les combats - sous réserve qu’ils soient circonscrits à l’enclave palestinienne - pourraient coûter au pays au maximum un demi point de croissance.

“Il y aura un coût, mais rien de catastrophique”, estime le consultant Barry Topf, conseiller de l’ancien gouverneur Stanley Fischer. “Le coût pourra être limité mais il faudra pour cela une bonne politique économique.”

D’après Barry Topf, le gouvernement israélien ne doit donc pas considérer que le rétablissement sera automatique, d’autant plus que les investisseurs étrangers pourraient se montrer réticents à l’idée d’investir dans un pays sous la menace de tirs de roquettes.

Lundi, la banque centrale a réduit son taux d’intérêt directeur à 0,5% - un plancher historique déjà atteint en 2009 -, une décision que la banque a justifiée en partie par les événements à Gaza.

La banque a estimé qu’il était encore trop tôt pour évaluer l’impact des hostilités mais a souligné que les conflits de la dernière décennie, notamment celui de 2006, n’avaient eu qu’un “impact macroéconomique modéré, jusqu’à environ 0,5% de PIB”.

“Si nous pouvons tirer une leçon des événements similaires du passé, et en espérant que ceux qui se déroulent actuellement ne dureront pas trop longtemps, nous ne nous attendons pas à ce qu’ils aient un impact important sur l’activité”, a déclaré mardi à Reuters la gouverneure adjointe de la Banque d’Israël, Nadine Baudot-Tajtenberg.

“Ce n’est pas l’amorce d’un affaiblissement de l’économie”, a-t-elle insisté.

Les sirènes d’alerte, qui retentissent lorsqu’une roquette menace de s’abattre sur le territoire israélien, ont pourtant perturbé l’activité des entreprises et provoqué un recul momentané de la production industrielle et des dépenses des ménages.

LE TOURISME TOUCHÉ

“Assurément, tout cela va coûter plus de 10 milliards de shekels (2,16 milliards d’euros)”, avance Ofer Shelah, membre de la commission des finances du Parlement israélien, qui additionne les coûts militaires et civils.

Le quotidien Yedioth Ahronoth a quant à lui évalué le coût jusqu’à présent à 12 milliards de shekels.

La situation n’est pas tout à fait la même qu’en 2006: la croissance avant le conflit s’élevait alors à 6% en rythme annualisé tandis que, cette année, elle ne devait atteindre que 2,9% selon les prévisions de la Banque centrale, après une progression de 3,3% en 2013.

“Si le calme revient complètement après la fin des opérations, comme en 2006, 2009 et 2012, alors l’économie a prouvé qu’elle pouvait bien encaisser ce genre de chocs et l’impact ne se fera sentir que pendant un trimestre”, estime Michael Sarel, ancien chef économiste du ministère des Finances.

Toutefois, il n’est pas impossible selon lui que les événements déclenchent une nouvelle Intifada, auquel cas les effets de la crise actuelle risqueraient d’être plus profonds.

Le tourisme est l’un des secteurs les plus touchés: les pertes pourraient y dépasser les 2,2 milliards de shekels au troisième trimestre, dont 500 millions pour la seule industrie hôtelière, d’après les calculs de Shmuel Tsurel, directeur général de l’association professionnelle du secteur.

“Il y a encore quelques semaines, nous étions optimistes, sur le chemin d’une croissance et sur le point de dépasser les 10 millions de nuitées d’hôtel par an”, déplore-t-il.

Depuis, bon nombre de touristes étrangers ont annulé leur voyage et de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu pendant quelques jours leurs vols à destination de l’aéroport international de Tel Aviv par crainte de tirs de roquettes.

Le conflit a éclaté au moment où le budget alloué à l’armée faisait l’objet d’un débat entre les ministres des Finances et de la Défense : la Défense demande plus d’argent tandis que les Finances aimeraient privilégier les dépenses sociales.

La crise, selon Barry Topf, peut avoir des effets néfastes sur la politique budgétaire. “L’augmentation des dépenses de l’armée est bien reçue, mais c’est difficile d’augmenter dans le même temps les impôts ou de couper dans les dépenses civiles”, dit-il.

Les dépenses supplémentaires liées aux hostilités pourraient empêcher le pays de ramener le déficit budgétaire sous les 3% en 2014 et sous les 2,5% en 2015 comme le gouvernement l’avait prévu. (Simon Carraud pour le service français, édité par Véronique Tison)

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