May 23, 2014 / 11:11 AM / 5 years ago

France-Nouveau bras de fer entre Bercy et la Défense sur le budget

* Le Drian met Valls en garde dans une lettre

* Hollande rendra ses arbitrages dans les prochaines semaines

* Inquiétude chez les industriels

par Marine Pennetier

PARIS, 23 mai (Reuters) - Un an après une première épreuve de force, le ministère de la Défense engage un nouveau bras de fer avec Bercy sur le budget alloué aux armées sur fond de rumeurs de menaces de démission d’officiers généraux et d’inquiétudes des industriels.

Dans une lettre adressée le 9 mai à Manuel Valls, Jean-Yves le Drian met en garde le Premier ministre contre les graves conséquences militaires, industrielles et sociales qu’auraient de nouvelles coupes budgétaires ( ).

“La Défense ne peut absorber une perte de crédits en 2014, ni sur sa masse salariale, ni sur ses crédits de fonctionnement”, dit le ministre dans cette lettre révélée par Le Figaro et dont le contenu a été confirmé à Reuters.

De telles contraintes “impactent l’entraînement des armées, déjà inférieur aux normes internationales”, ajoute-t-il, évaluant à 355 millions d’euros les efforts réalisés cette année par son ministère.

Depuis plusieurs semaines, le mécontentement gronde dans les rangs de l’armée face à la perspective d’une éventuelle révision de la loi de programmation militaire 2014-2019, qui avait fait l’objet d’une longue et intense négociation.

“Il est évident que si les règles du jeu sont changées en cours de route, il y aura des conséquences”, souligne un militaire. “Dès lors que le costume a été taillé au plus juste, il y aura des choix à faire, c’est donc effectivement une préoccupation”.

“Il y a une palette très large de choix, on peut par exemple décider de préserver la qualité de vie des soldats ou alors décider de préserver le maintien en condition des engins.”

Adoptée en décembre, la LPM octroie 190 milliards d’euros de crédits sur la période 2014-2019 et acte 7.881 suppressions de postes en 2014. Le budget annuel est maintenu à 31,4 milliards d’euros jusqu’en 2016 (1,5% du PIB) et progressera légèrement par la suite.

SANCTUARISER

Bien que François Hollande se soit engagé à plusieurs reprises à sanctuariser les budgets prévus par la LPM, des rumeurs circulent depuis quelque temps sur une réduction des crédits militaires qui pourraient aller jusqu’à 2,3 milliards d’euros d’ici 2017 selon Les Echos.

Interrogé sur ce sujet le 16 mai, Manuel Valls a promis de respecter la LPM mais n’a pas exclu des “ajustements”.

Quant au ministre des Finances Michel Sapin, il a admis récemment que les armées auraient à fournir un effort qu’il n’a pas chiffré, dans le cadre de la politique de maîtrise des dépenses publiques engagée par le gouvernement.

“Il y a une LPM qui a été votée, on ne va pas changer la LPM dans ses grands équilibres cinq mois après l’avoir votée”, souligne-t-on au ministère de l’Economie.

Des déclarations qui n’ont de toute évidence pas rassuré les officiers généraux dirigeant les trois armées (terre, air, marine) qui auraient quelques jours plus tôt envisagé de démissionner, selon Le Canard Enchaîné.

Face à cette fronde qui intervient au moment où la France est notamment engagée en Centrafrique et au Mali et où elle s’apprête à se déployer plus largement dans le Sahel pour lutter contre le “terrorisme” à échelle régionale, l’Elysée assure que rien n’a encore été tranché.

François Hollande rendra ses arbitrages sur le plan d’économies de 50 milliards d’euros “dans les prochaines semaines”, a-t-on indiqué vendredi dans son entourage.

Du côté des industriels, on ne cache pas ses inquiétudes.

Dans sa lettre, Jean-Yves Le Drian anticipe en cas de coupes budgétaires la nécessité d’avoir à reporter à 2016 des programmes prévus en 2014 et 2015, “soit un total d’environ 7 milliards d’euros de commandes non passées”.

“DRAMATIQUES”

Les dirigeants des principaux groupes industriels concernés devaient être reçus vendredi matin au ministère de la Défense, selon un porte-parole de l’un d’entre eux.

Le 15 mai dernier, les dirigeants d’Airbus Group, Dassault Aviation, DCNS, MBDA, Nexter, Safran et Thales avaient adressé une lettre au chef de l’Etat pour le mettre en garde contre les “conséquences dramatiques” de nouvelles coupes budgétaires.

“Des considérations de court terme menacent de briser aujourd’hui ce fragile équilibre”, écrivaient-ils, dans un secteur déjà touché de plein fouet par des “licenciements, décrochage technologique, perte de compétitivité et de souveraineté, déclassement et désindustrialisation”.

Un contexte “social proche de l’exaspération”, appuie Jean-Yves le Drian dans sa lettre à Manuel Valls, rappelant qu’en 2019, son ministère aura supprimé 82.000 emplois en dix ans. (Avec Elizabeth Pineau, Jean-Baptiste Vey et Cyril Altmeyer, édité par Yves Clarisse)

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