March 8, 2013 / 1:17 PM / 6 years ago

Matteo Renzi, recours pour l'Italie ?

* Matteo Renzi, un jeune loup charismatique

* Un sondage le donne favori au poste de président du Conseil

* En embuscade contre Pier Luigi Bersani

par Barry Moody

ROME, 8 mars (Reuters) - Le grand vainqueur des élections italiennes du mois dernier a été sans conteste Beppe Grillo, porte-parole du Mouvement 5 Etoiles (M5S), un rassemblement anti-système qui veut jeter les partis traditionnels dans les poubelles de l’Histoire.

Mais un autre dirigeant politique, membre du Parti démocrate (PD) de centre gauche, sort renforcé de ce scrutin - le maire de Florence Matteo Renzi.

Jeune (il a à peine 38 ans), télégénique, avec un physique de gendre idéal, excellent orateur, avec un grand sens de la répartie, c’est lui qui a eu le premier l’idée de faire campagne en “camping-car”, bien avant Beppe Grillo.

Tout le contraire de l’actuel chef du Parti démocrate, Pier Luigi Bersani, qui apparaît comme le grand perdant du dernier scrutin même si son alliance de centre gauche a remporté la majorité à la Chambre des députés.

Lors de la primaire organisée en novembre au sein du PD pour désigner le chef de file de la campagne, Bersani avait pourtant facilement écarté Renzi, qui défendait un programme d’ouverture aux électeurs déçus du centre droit et trouvait les mêmes accents que Grillo pour dénoncer les vieilles “castes” politiques.

En décembre, l’alliance de gauche devançait de dix points dans les sondages les amis de Silvio Berlusconi. Au fil de la campagne, cet avantage a fondu comme neige au soleil et aucune majorité ne s’est dégagée au Sénat, ce qui laisse présager de nouvelles élections d’ici quelques mois.

Pier Luigi Bersani, 61 ans, médiocre orateur, dépourvu de charisme, est pour beaucoup le grand responsable de cette situation. Il cherche aujourd’hui un accord avec Beppe Grillo, qui continue de l’insulter, pour pouvoir former un gouvernement minoritaire susceptible de recevoir au cas par cas l’appui des élus “grillini” au Parlement. Un pari très difficile à tenir.

La direction du PD a approuvé mercredi soir ce projet de gouvernement minoritaire mais Renzi a quitté prématurément la réunion sans prendre la parole.

“ATTENDRE QUE BERSANI SOIT CUIT À POINT”

Pour de nombreux observateurs, le jeune loup de Florence, qui n’a jamais caché ses ambitions, est en embuscade. Mais il est aussi suffisamment prudent pour ne pas se lancer prématurément à l’attaque.

Selon un sondage SWG publié vendredi, Renzi arrive en tête des personnalités susceptibles de diriger le prochain gouvernement, avec 28% d’opinions favorables , contre 14% pour Bersani, 13% pour Grillo, 10% pour Berlusconi et 10% pour Mario Monti, le président du Conseil sortant.

“Il me semble impossible que Bersani puisse former un gouvernement. Je pense qu’il commet une erreur en se lançant dans un combat perdu d’avance”, estime un parlementaire du PD proche de Renzi.

“Puisqu’il faut donner une nouvelle légitimité à la direction du parti après ces élections, soit on confirme Bersani, soit on le remplace, ce que beaucoup jugent inévitable”, ajoute-t-il.

Jusqu’ici, tout en affichant ses ambitions, Renzi s’est montré loyal envers le chef et la direction du PD. Mais il n’a pas ménagé ses critiques sur la conduite de la campagne et affirme que le parti a besoin d’être réformé.

“Je me suis arraché les cheveux à l’annonce des résultats des élections. On a raté un penalty”, a-t-il dit cette semaine dans une interview télévisée.

Dans le quotidien romain Messaggero de jeudi, il explique que le scrutin des 24 et 25 février a confirmé la justesse de ses arguments contre Bersani lors de la primaire de novembre.

“Si on avait repris certaines de mes idées, notamment la main tendue aux électeurs déçus par le centre droit, nous aurions peut-être remporté cette élection”, assène-t-il.

Le gros problème de Matteo Renzi vis-à-vis du PD, c’est qu’il est plus populaire dans l’électorat qu’au sein de son propre parti, où l’aile gauche issue du Parti communiste le considère avec méfiance et le considère trop à droite.

D’où la nécessité pour lui de bien choisir son moment.

“Il ne va se lancer tout de suite et prendre le risque de se brûler les ailes. Il va attendre que Bersani soit cuit à point”, pense James Walston, professeur à l’Université américaine de Rome. “Renzi peut s’offrir le luxe d’attendre.”

“UN PARI TRÈS DIFFICILE”

Pour cela, il faut que Pier Luigi Bersani, auquel le président Giorgio Napolitano devrait demander vers le 19 mars de former le prochain gouvernement, reconnaisse son échec.

Gianfranco Pasquino, de l’Université de Bologne, trouve que le PD prendrait une “initiative fantastique” s’il se tournait vers le maire de Florence.

“Mais tout dépend de Renzi car c’est un pari très difficile - il ne doit pas se griller en allant trop vite”, ajoute-t-il.

Pour le parlementaire pro-Renzi interrogé par Reuters, et qui a requis l’anonymat, il est impossible que le jeune maire de la capitale toscane ne soit pas candidat au poste de président du Conseil si Bersani jette l’éponge.

L’élu prédit alors un congrès du parti pour élire une nouvelle direction, l’aile gauche appuyant Bersani mais de nombreux militants tournant leurs espoirs vers Renzi.

Pour la majorité de la classe politique italienne, il ne fait de toute façon aucun doute que de nouvelles élections élections devront être organisées, au plus tôt en juin, au plus tard d’ici un an.

C’est ce qu’attend Beppe Grillo, qui y voit l’occasion de porter l’estocade au “vieux monde politique corrompu” qu’il dénonce depuis des années.

Pour Renzi, une fois écarté l’obstacle Bersani, il s’agit de rallier le maximum de suffrages autour de lui. Il est aussi populaire chez les personnes âgées que chez les jeunes, comme le montre l’accueil chaleureux qu’il reçoit lors de ses déplacements.

Lors d’un récent concert au Vatican, des dizaines de bonnes soeurs se sont précipitées pour lui serrer la main.

Souvent considéré comme un centriste plutôt de droite, avec des accents populistes qui rappellent ceux de Grillo, il a lancé dès 2011 sa campagne pour prendre le contrôle du Parti démocrate, lors d’une convention à Florence sur l’avenir de la politique et intitulée “Big Bang” - là aussi d’un ton très “grillino”.

Comme le porte-parole du M5S, il prône l’arrêt du financement public des partis politiques, une idée que rejette Bersani, l’abolition des privilèges des parlementaires, ainsi que le développement des nouvelles technologies en Italie, bien en retard dans ce domaine par rapport à d’autres pays développés. (Guy Kerivel pour le service français)

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