January 16, 2012 / 9:48 AM / 8 years ago

LEAD 3-Le capitaine du navire échoué en Toscane mis en cause

* La compagnie Costa Croisières évoque une “erreur humaine”

* L’avocat du capitaine dit qu’il a sauvé “des milliers de vies”

* Un sixième cadavre extrait de l’épave

* Recherches suspendues plusieurs heures

par Gavin Jones et Antonio Denti

GIGLIO, Italie, 16 janvier (Reuters) - La compagnie propriétaire du Costa Concordia a imputé lundi l’échouement de son navire de croisière au capitaine, accusé d’avoir provoqué la mort de six personnes en s’approchant de manière excessive de l’île italienne du Giglio, en Toscane.

Les opérations de recherche d’éventuels survivants ont été suspendues pendant près de quatre heures en milieu de journée car le bateau a commencé à glisser le long des rochers sur lesquels il est incliné depuis vendredi soir.

Avant cette interruption, un sixième cadavre a été extrait avant l’aube de l’épave de ce bâtiment de 114.500 tonnes, couché sur le flanc dans 20 mètres d’eau.

Outre les six morts, dont deux touristes français, 16 des quelque 4.000 passagers et membres d’équipage qui se trouvaient à bord au moment de l’accident sont toujours portés disparus, a déclaré le préfet de la province de Grosseto, Giuseppe Linardi.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères dit être sans nouvelles de quatre Français présents sur le navire. Le Quai d’Orsay juge cependant possible qu’ils soient rentrés chez eux par leurs propres moyens.

Le P-DG de la compagnie Costa Croisières, propriétaire du bateau, a imputé le naufrage à une “erreur humaine” de la part du capitaine.

Ce dernier, Francesco Schettino, a été arrêté samedi. Il est accusé d’homicides involontaires multiples et d’abandon du navire avant que la totalité des passagers et membres d’équipage aient été évacués.

“La compagnie va se rapprocher du capitaine et va lui fournir toute l’assistance nécessaire mais nous devons reconnaître les faits et nous ne pouvons nier une erreur humaine”, a déclaré le patron de Costa Croisières, Pier Luigi Foschi, au bord des larmes, lors d’une conférence de presse à Gênes.

“La compagnie désavoue un tel comportement à l’origine de l’accident consistant à détourner le paquebot de sa route idéale (...) Ces navires sont ultra sécurisés. C’est un événement exceptionnel qui était imprévisible”, a-t-il ajouté.

“MANOEUVRE DANGEREUSE”

Le ministre italien de la Défense Giampaolo Di Paola, qui a rang d’amiral, a estimé que l’accident ne semblait pas avoir été causé par des facteurs naturels ou techniques. “A mon avis, il y a eu une erreur humaine grave, qui a eu des conséquences dramatiques et tragiques”, a-t-il dit à la télévision publique italienne, la RAI.

Le procureur Francesco Verusio a déclaré que le navire s’était approché à seulement 150 mètres du rivage, ce qui est, a-t-il ajouté, “incroyablement proche”. Il n’a pas exclu que l’enquête mette en cause d’autres personnes que le commandant “pour cette manoeuvre dangereuse”.

Francesco Schettino affirme pour sa part que le rocher heurté par le navire ne figure pas sur les cartes maritimes et qu’il n’a pas été détecté par les systèmes de bord. Selon lui, l’accident s’est produit à 300 mètres du rivage.

Son avocat, Bruno Leporatti, a déclaré que le capitaine était “dévasté et (qu’)il souhait(ait) adresser ses plus profondes condoléances aux victimes”.

Selon lui, la décision prise par Francesco Schettino de rapprocher le navire de la côte après avoir percuté un rocher “a sauvé la vie de milliers de personnes”. “Cela aurait pu être une énorme tragédie”, a insisté l’avocat.

Comme les enquêteurs, les habitants de Giglio affirment que le bateau est passé bien plus près de l’île que d’habitude.

Le père du chef des stewards a déclaré à Reuters que son fils lui avait téléphoné avant l’accident pour lui annoncer que l’équipage le saluerait en faisant résonner la sirène du navire en passant à proximité de Giglio, où résident à la fois ce steward, Antonello Tievoli, et son père Giuseppe, 82 ans.

“Il est évident que le bateau est venu trop près”, a dit ce dernier. “Je ne sais pas si Antonello a demandé au capitaine de s’approcher mais la responsabilité relève toujours du capitaine.”

GLISSEMENT

Des passagers se sont étonnés du délai entre l’accident et l’envoi d’un SOS ainsi que de la lenteur de la procédure d’évacuation, ce qui a provoqué des scènes de panique.

Des passagers italiens cités dans la presse disent avoir alerté eux-mêmes les carabiniers à Grosseto, sur le continent, avec leurs téléphones portables alors que les membres d’équipage continuaient à affirmer qu’il ne s’agissait que d’un problème électrique.

Les enquêteurs analysent l’équivalent des “boîtes noires” qui étaient embarquées dans le navire, pour tenter d’établir la séquence exacte des événements à l’origine de l’accident, survenu vendredi à l’heure du dîner, par une mer calme et un temps clair.

Le cargo contient 2.300 tonnes de pétrole mais aucune fuite n’a été jusqu’à présent détectée, a déclaré Pier Luigi Foschi. Le naufrage a eu lieu en pleine réserve naturelle maritime.

Koji Sekimuzi, secrétaire général de l’Organisation maritime internationale, a jugé qu’il ne fallait pas tirer de conclusions hâtives sur les causes de l’accident. “En cette année marquant le centenaire du (naufrage du) Titanic, (cet accident) nous rappelle une nouvelle fois les risques liés aux activités maritimes”, a-t-il dit.

Le temps clément qui avait facilité depuis vendredi soir les efforts des secouristes s’est dégradé lundi. Une pluie fine s’est mise à tomber et la mer est devenue plus agitée.

“Cela complique notre travail”, a déclaré à Reuters un plongeur participant à la fouille des vastes espaces intérieurs du navire, noyés dans l’obscurité.

En milieu de matinée, les pompiers ont annoncé l’interruption des recherches, avant de les reprendre en milieu d’après-midi.

“Il y a eu un glissement (du paquebot) de neuf centimètres verticalement et d’1,5 centimètre horizontalement. Nous avons immédiatement évacué les lieux. C’est quelque chose que nous redoutions”, a expliqué leur porte-parole, Luca Cari.

Un expert des opérations de secours présent sur l’île du Giglio a déclaré sous le sceau de l’anonymat à Reuters que ce navire de 290 mètres de long était bel et bien en train de bouger après avoir été retenu pendant deux jours par des pics de rochers ayant transpercé sa coque.

Une mer plus agitée pourrait favoriser sa libération, ce qui constituerait un “gros problème”, a-t-il dit. S’il se détachait complètement des rochers, le paquebot pourrait plonger dans 130 mètres d’eau.

Selon le porte-parole des pompiers, les secouristes n’entendent aucun son en provenance du navire à demi-submergé. “Il est évident que plus le temps passe, plus les chances de retrouver des survivants s’amenuisent”, a-t-il dit.

Pour un ENCADRE sur l’impact de cet accident sur l’activité du secteur des croisières touristiques, voir (avec Thierry Lévêque à Paris, Eric Faye, Marine Pennetier et Bertrand Boucey pour le service français)

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