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Économie

Les dirigeants de l'UE se penchent prudemment sur le projet de relance

BRUXELLES/BERLIN (Reuters) - Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne devraient effectuer ce jeudi un premier pas vers une réponse financière commune à la crise économique provoquée par la pandémie de coronavirus tout en repoussant à plus tard, au mieux à juin, les décisions difficiles sur les détails concrets d’un plan susceptible d’atteindre 2.000 milliards d’euros.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne devraient effectuer ce jeudi un premier pas vers une réponse financière commune à la crise économique provoquée par la pandémie de coronavirus. La présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen (photo), devra ensuite revenir avec une proposition qui conviendra à tout le monde", a dit un diplomate européen. /Photo prise le 15 avril 2020/REUTERS/John Thys

Les dirigeants des 27 devaient se retrouver à partir de 13h00 GMT (15h00 en France) par visioconférence après avoir, au cours des derniers jours, exposé des positions apparemment incompatibles entre partisans d’une mutualisation des dettes contractées pour financer cette relance, comme la France, l’Italie et l’Espagne, et adversaires résolus d’une telle évolution, comme l’Allemagne et les Pays-Bas.

S’exprimant avant de participer à ces débats, Angela Merkel a prôné jeudi un accroissement du budget de l’UE pour la période 2021-2027 afin d’aider à relancer la croissance économique d’un continent dont l’activité est quasiment paralysée par les mesures de confinement destinées à enrayer la propagation de l’épidémie.

“Dans un esprit de solidarité, nous devons être prêts, pour une période définie, à contribuer bien davantage au budget européen”, a souligné la chancelière allemande devant le Bundestag, en prévenant que les discussions du jour au niveau européen n’entreraient pas dans les détails.

Elle a aussi répété son hostilité à des instruments de dette commune entre Etats membres.

VERS DE NOUVELLES DISCUSSIONS EN JUIN

Pour tenter de combler les divergences sur le financement d’un futur plan de relance, la Commission européenne a proposé un compromis qui la verrait lever elle-même des fonds garantis par le budget de l’UE.

Une note interne de préparation au sommet de jeudi montre que l’exécutif européen propose de fournir 2.000 milliards d’euros de dépenses et d’investissements via le budget de l’UE et un fonds de relance appelé en anglais “Recovery Instrument” (instrument de relance).

La Commission prévoit de débloquer l’essentiel de cette somme en 2021-2022 via un mélange de prêts remboursables et de subventions.

Certains pays avancent que le recours à des subventions, plutôt qu’à des prêts, représente la solution à privilégier car elle permettrait aux pays déjà lourdement endettés d’éviter d’aggraver leur situation, une hypothèse elle aussi difficile à envisager pour les pays du camp économe.

Si quasiment tous les pays conviennent d’une nécessaire solidarité entre Etats membres via un plan de relance commun massif, les désaccords sont importants sur l’ampleur, le financement ou encore l’utilisation d’un tel fonds.

“Les dirigeants vont exposer leurs préférences et leurs lignes rouges à la Commission lors du sommet et (la présidente de la Commission Ursula) von der Leyen devra ensuite revenir avec une proposition qui conviendra à tout le monde”, a dit un diplomate européen.

La Commission va être chargée de présenter des propositions détaillées d’ici fin avril pour permettre aux chefs d’Etat et de gouvernement de s’entretenir à nouveau vers le mois de juin.

Il faudra toutefois probablement attendre plus longtemps pour aboutir à une solution définitive, ont prévenu des responsables, en raison de la complexité des débats autour du budget européen, le “cadre financier pluriannuel”.

ENJEU AUTANT POLITIQUE QU’ÉCONOMIQUE

“Les faucons de la zone euro réalisent qu’il y a la nécessité d’un instrument extraordinaire pour nous aider à nous sortir de cette crise extraordinaire”, a dit un haut diplomate européen originaire d’un pays plaidant pour une mutualisation de la dette.

Pour beaucoup, une reprise économique plus uniforme au sein du bloc, via un financement commun, contribuerait non seulement à préserver le marché unique mais aussi à repousser les partis politiques eurosceptiques qui tentent de tirer profit du ressentiment à l’égard des inégalités entre les pays de l’UE.

Dans une interview récente au Financial Times, le président français Emmanuel Macron a ainsi jugé que les populistes gagneraient en Italie, en Espagne et peut-être en France si l’UE ne parvenait pas à se montrer solidaire à l’égard des pays du bloc les plus éprouvés par l’épidémie.

“Nous nous dirigeons lentement vers une forme de dette commune. Nous ne l’appellerons jamais ‘coronabonds’ ou ‘eurobonds’ et elle sera levée par la Commission plutôt que par les Etats membres ensemble”, a dit un autre haut diplomate européen impliqué dans la préparation du sommet.

“Il manque encore beaucoup de détails et il y aura encore beaucoup de batailles pour conclure tout cela. Mais nous nous avançons sur un territoire qu’il aurait été impossible d’explorer avant la crise du coronavirus.”

Avec Robin Emmott, Kate Abnett, Gabriela Baczynska, Paul Carrel et Michelle Martin; version française Jean Terzian et Bertrand Boucey, édité par Henri-Pierre André

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