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Sociétés

PÉTROLE-L'effondrement sans précédent des cours divise les analystes

PARIS, 22 avril (Reuters) - L’effondrement sans précécent d’un contrat de référence sur le brut souligne les pressions continues sur les prix du pétrole mais les analystes sont divisés sur ses conséquences, certains redoutant des répercussions durables tandis que d’autres anticipent déjà un rebond.

Le contrat à échéance en mai sur le baril de brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) est tombé lundi à -40 dollars, un mouvement inédit alimenté par des perspectives économiques déprimées et par la quasi-saturation des capacités de stockage aux Etats-Unis.

Le contrat juin continue mercredi de perdre du terrain, en dessous de 12 dollars de baril, tandis que l’autre contrat à terme de référence, sur le Brent de mer de Nord de même échéance, cède plus de 9% pour descendre sous 18 dollars le baril.

“L’effondrement du prix du pétrole WTI lundi a en partie reflété la vision à court terme de certains acteurs du marché en ce qui concerne les contraintes physiques de stockage”, lit-on dans une note de DWS.

Il souligne également les pressions continues sur les prix du pétrole, malgré le récent accord entre producteurs pour réduire les pompages afin de soutenir les cours, écrivent les analystes de la société de gestion allemande.

“Bien qu’il puisse y avoir d’autres perturbations temporaires, il est probable que le marché pétrolier retrouve une dynamique plus saine”, ajoutent-ils cependant.

Aucune contrainte ne limite les capacités de stockage aux Etats-Unis, qui seront augmentées si nécessaire, font-ils valoir.

Si une nouvelle dislocation temporaire sur le marché est possible, notamment à l’expiration du contrat juin sur le WTI, le marché devrait à terme devenir plus sain, avec une net rebond des cours dès cette année lorsque le pire de la crise du coronavirus sera passé, selon eux.

DES RÉPERCUSSIONS MASSIVES À CRAINDRE

D’autres analystes sont moins optimistes, notamment sur le court terme, et évoquent un krach pétrolier avec des conséquences dramatiques, notamment aux Etats-Unis.

“L’effondrement du contrat à terme de juin fait craindre des répercussions massives au niveau de l’emploi aux Etats-Unis et fait ressurgir le risque de faillites dans le secteur pétrolier et le risque souverain avec la mise en difficulté des pays exportateurs de pétrole”, explique ainsi Christopher Dembik, responsable de l’analyse macroéconomique chez Saxo Bank.

“Pour beaucoup d’investisseurs, ce qui se passe sur le marché pétrolier est le signal que l’économie mondiale risque d’être à l’arrêt pendant plusieurs mois et certainement beaucoup plus longtemps qu’anticipé initialement”, ajoute-t-il.

La tendance baissière pourrait se poursuivre, notamment en raison de facteurs techniques, pense pour sa part Vincent Boy, analyste marché chez IG France.

“En effet, les prix négatifs montrent que la quasi-totalité des investisseurs sur le marché du pétrole sont des investisseurs spéculatifs et qu’aujourd’hui personne ne veut et ne peut accepter de livraisons de pétrole physique”, argumente-t-il.

“Même un baril à moins de 10 dollars, voire négatif, n’intéresse plus personne et cela soulève de nombreuses tensions sur le marché du pétrole mais également des conséquences possibles sur l’économie globale”, prolonge-t-il.

L’effondrement des cours a nettement pesé mardi sur les indices boursiers mais un rebond se dessine mercredi.

Si des implications lourdes sont à prévoir sur certaines classes d’actifs, notamment la dette à haut rendement (“high yield”) américaine, dans laquelle un secteur pétrolier fragilisé occupe une large place, l’impact devrait être plus limité sur les actions, dit-on chez DWS en soulignant que le secteur pétrolier ne représente qu’environ 4% des bénéfices du S&P-500 américain.

Patrick Vignal, édité par Blandine Hénault

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