September 5, 2019 / 8:04 PM / 16 days ago

ENCADRE-Vingt-quatre heures dans la saga du Brexit

LONDRES, 5 septembre (Reuters) - Inquiétudes des Européens sur les intentions de Boris Johnson, démission de son frère Jo et nouvelle promesse du Premier ministre britannique de ne jamais demander un nouveau report de la date du Brexit: la journée de jeudi a été de nouveau riche en développements dans la saga du Brexit.

Les faits du jour.

ÉLECTIONS ANTICIPÉES: LE PARLEMENT VOTERA DE NOUVEAU LUNDI

LONDRES - La Chambre des communes débattra et votera lundi sur une motion gouvernementale proposant la tenue d’élections législatives anticipées, a annoncé jeudi le ministre britannique des Relations avec le Parlement, Jacob Rees-Mogg.

Boris Johnson réclame la tenue d’élections le 15 octobre mais doit pour ce faire rallier une partie des voix de l’opposition.

Selon les règles en vigueur au Royaume-Uni, la motion portant sur la convocation d’un nouveau scrutin législatif doit en effet être approuvée par les deux tiers de l’assemblée, soit 434 voix. Une première tentative a échoué mercredi soir, seuls 298 députés s’y étant déclarés favorables.

Le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a répété jeudi qu’il accéderait à la demande du Premier ministre d’organiser des élections dès que la loi visant à empêcher un Brexit sans accord aurait été définitivement adoptée.

Cette proposition de loi donnerait au gouvernement jusqu’au 19 octobre pour conclure un nouvel accord de divorce avec Bruxelles ou pour obtenir l’aval du Parlement à une sortie sans accord, alors que la Chambre des communes a déjà voté à plusieurs reprises contre la perspective d’un “no deal”.

Si le gouvernement Johnson ne remplit pas l’une ou l’autre de ces conditions, la proposition de loi engage le Premier ministre à demander un nouveau report du Brexit jusqu’au 31 janvier prochain.

Le texte voté mercredi soir par la Chambre des communes va être transmis à la Chambre des Lords, où certains élus conservateurs pro-Brexit envisageaient de déposer une série d’amendements pour ralentir son examen et empêcher son adoption avant la suspension des activités du Parlement pour cinq semaines lundi prochain.

Mais le gouvernement, qui ne dispose plus de la majorité aux Communes, a annoncé tôt jeudi matin qu’il renonçait à s’opposer à son adoption, ce qui devrait être chose faite d’ici vendredi soir.

Le gouvernement se pliera à la nouvelle loi si elle est votée par la Chambre des Lords, a confirmé par la suite le ministre Michael Gove, chargé des préparatifs d’un “no deal”.

DEMANDER UN NOUVEAU REPORT ? “PLUTÔT CREVER LA GUEULE OUVERTE”

WAKEFIELD, Angleterre - En déplacement en fin d’après-midi dans le Yorkshire, Boris Johnson s’est engagé à ne jamais demander un nouveau report de la date du Brexit, ajoutant qu’il préférerait “crever la gueule ouverte” (“to be dead in a ditch”).

Johnson a réaffirmé que dans les circonstances présentes, la seule façon d’avancer était d’organiser de nouvelles élections, le 15 octobre ou en tout cas avant le conseil européen des 17 et 18 octobre.

Quant à savoir s’il pouvait promettre de ne pas demander aux Européens un nouveau report du Brexit, il a répondu: “Oui, je peux. Plutôt crever la gueule ouverte.” “Cela ne mène absolument à rien. Quel sens aurait un nouveau report ?”, a-t-il poursuivi.

Un de ses porte-parole avait souligné dans la journée l’axe probable de la campagne électorale à venir du Premier ministre: redonner la parole au peuple que le Parlement a trahi en freinant le divorce avec l’Union européenne.

L’UE S’INQUIÈTE DES INTENTIONS DE JOHNSON

BRUXELLES - L’Union européenne s’inquiète de plus en plus des projets de Boris Johnson concernant la frontière irlandaise et les futures règles de concurrence entre le bloc communautaire et le Royaume-Uni.

Le négociateur européen sur le Brexit, Michel Barnier, a prévenu les 27 autres Etats membres de l’UE que le Premier ministre britannique était revenu sur les engagements de Londres concernant la frontière irlandaise, ont déclaré à Reuters des responsables et diplomates européens.

Lors d'une réunion avec les 27 ambassadeurs du bloc à Bruxelles, Michel Barnier a appelé les Européens à faire preuve de calme et de vigilance tant que Londres n'aurait pas présenté des propositions détaillées pour remplacer le "backstop here ", la clause contenue dans l'accord de sortie du Royaume-Uni de l'UE qui vise à éviter le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, a-t-on dit de mêmes sources.

Il a cependant souligné que le gouvernement britannique lui avait clairement dit vouloir ne négocier qu’un accord de libre-échange très limité avec l’UE après sa sortie du bloc et que Londres refusait de prendre des engagements contraignants sur les critères de convergence en matière d’aides publiques destinés à garantir une concurrence équitable.

“On aboutirait à un Singapour-sur-Tamise avec un nivellement par le bas des réglementations”, a commenté un haut diplomate européen à l’issue du briefing de Michel Barnier, qui s’est tenu mercredi.

Selon ces mêmes sources, le représentant allemand a estimé que les nouvelles négociations entre Londres et Bruxelles étaient une perte de temps, une position qui pourrait doucher les derniers espoirs de Londres de voir Berlin faire pression sur les autres capitales européennes pour sortir de l’impasse du “backstop”.

BORIS JOHNSON LÂCHÉ PAR SON FRÈRE JO

LONDRES - Le frère de Boris Johnson, Jo, a démissionné jeudi de son poste de secrétaire d’Etat et annoncé qu’il rendrait son tablier de député en expliquant ne plus pouvoir concilier la loyauté envers son frère et l’intérêt national.

“Cela a été un honneur de représenter (la circonscription) d’Orpington pendant neuf ans et d’être au gouvernement sous trois Premiers ministres”, a déclaré Joseph “Jo” Johnson, 47 ans, qui est fermement opposé au Brexit sans accord prôné par son frère et partisan affiché d’un nouveau référendum.

“Au cours des dernières semaines, j’ai été déchiré entre la loyauté familiale et l’intérêt national. C’est une tension insoluble et le temps est venu pour d’autres d’assumer mes fonctions de député et de ministre”, a-t-il ajouté.

Jo Johnson, qui avait fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne en 2016, était secrétaire d’Etat aux Universités, à la Science, la Recherche et l’Innovation du gouvernement dirigé par son frère, poste qu’il avait déjà occupé dans le cabinet de Theresa May avant d’hériter du portefeuille des Transports.

Sa démission intervient au lendemain de l’exclusion du Parti conservateur de 21 députés “rebelles” qui ont refusé de soutenir la stratégie de Boris Johnson en mêlant leur voix à celles des “anti-No Deal”.

JOHN MAJOR APPELLE JOHNSON À SE DÉBARRASSER DE DOMINIC CUMMINGS

LONDRES - L’ancien Premier ministre britannique John Major (1990-1997) a appelé jeudi Boris Johnson à se débarrasser de son conseiller spécial Dominic Cummings, ancien directeur de la campagne du Vote Leave lors du référendum de juin 2016.

John Major, qui a voté il y a trois ans pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, s’est également ému du projet de Johnson de suspendre les travaux du Parlement à partir de la semaine prochaine et pour plus d’un mois. “Je ne peux pas croire qu’aucun autre Premier ministre - de Pitt à Disraeli, de Churchill à Thatcher – aurait ne serait-ce qu’envisagé une telle action”, a-t-il dit.

Pour Major, les parlementaires tories semblent désormais n’avoir plus d’autre utilité que de “répéter comme des perroquets les opinions d’un Premier ministre sous l’influence d’un anarchiste politique”, à savoir Dominic Cummings.

“Nous avons déjà vu par le passé des conseillers trop puissants. C’est un scénario familier qui se termine toujours mal”, a poursuivi l’ex-Premier ministre dans un discours prononcé devant la Confédération de l’industrie britannique à Glasgow.

“Je donne un conseil amical au Premier ministre: qu’il se débarrasse de ces conseillers avant qu’ils n’empoisonnent l’atmosphère politique de façon irréparable. Et qu’il le fasse vite”, a-t-il ajouté.

VOIR AUSSI

CHRONOLOGIE L’interminable feuilleton du Brexit (Bureaux de Reuters Tangi Salaün, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français)

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