May 17, 2019 / 11:32 AM / 4 months ago

POINT HEBDO-Sur les marchés, le commerce prend toute la place et pèse lourd

* La guerre commerciale monopolise l’attention

* Des signes d’impact négatif sur la croissance

* Toujours peu d’acheteurs pour les actions

* Les PMI flash à suivre de près

par Marc Angrand

PARIS, 17 mai (Reuters) - Si la semaine écoulée n’a pas été aussi douloureuse que la précédente pour les marchés boursiers, elle a confirmé que les tensions commerciales restaient, et de très loin, le facteur de décision prépondérant des investisseurs, une situation qui risque fort de se prolonger au moins jusqu’à la fin juin.

Après avoir subi sa pire semaine depuis janvier, Wall Street se dirigeait vendredi vers un nouveau repli hebdomadaire mais bien plus limité tandis qu’en Europe, les grands indices s’acheminaient vers un rebond sans avoir retrouvé leurs niveaux du début du mois.

Mais ces performances reflètent mal des turbulences devenues quasi quotidiennes ces derniers jours et toutes liées à l’offensive tarifaire de l’administration Trump contre les grands partenaires commerciaux des Etats-Unis, Chine en tête.

Après l’entrée en vigueur le 10 mai des nouveaux droits de douane américains sur 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros) de produits chinois, Pékin a sans surprise riposté lundi en annonçant qu’elle taxerait 60 milliards de dollars de biens “made in America”.

La séance de mercredi a ensuite été animée, à quelques heures d’intervalle, par l’annonce officieuse du report par Washington de sa décision sur la taxation des voitures européennes et japonaises importées, puis par la signature par Donald Trump d’un décret excluant de fait du marché américain le géant chinois des télécommunications Huawei.

Le président des Etats-Unis ayant évoqué un possible tête à tête avec son homologue chinois lors du sommet du G20 au Japon fin juin, les investisseurs s’attendent à ce que les six semaines à venir ressemblent fort aux deux dernières.

“A court terme, ce qui fait vraiment bouger le marché, ce sont les déclarations de Trump et du reste du monde sur les potentielles avancées ou non dans la guerre commerciale. C’est LE sujet que le marché regarde”, résume Marco Bruzzo, directeur général délégué de Mirabaud Asset Management.

DES SIGNES DE RALENTISSEMENT AUX USA COMME EN CHINE

Un changement de climat est d’autant plus improbable qu’une série d’indicateurs économiques récents suggère que les tensions commerciales ont un impact croissant sur l’économie: en Chine, la production industrielle et les ventes au détail d’avril ont déçu et aux Etats-Unis, la production manufacturière a connu sa troisième baisse en quatre mois en avril tandis que les ventes au détail enregistraient une baisse inattendue.

Pas encore de quoi paniquer, surtout aux Etats-Unis, où d’autres indicateurs ont été plus rassurants, comme l’indice “Philly Fed” et les mises en chantier, mais de quoi alimenter les spéculations sur un soutien accru du pouvoir chinois à l’économie.

“Les droits de douane sur les 200 milliards de dollars pourraient avoir un impact d’environ 40 points de base sur la croissance du PIB”, explique Jie Lu, directeur de la recherche Chine de Robeco à Shanghai, de passage à Paris cette semaine.

“Je ne pense pas que la Chine accepte que la croissance du PIB tombe en dessous de 6% car cela se traduirait par une hausse du taux de chômage, qui est une priorité pour les Chinois. La Chine va donc continuer de soutenir la croissance.”

Jie Lu ne croit pas à une baisse de taux, ni à une dévaluation du yuan au-delà du seuil symbolique de 7 pour un dollar et prédit plutôt une poursuite de la baisse du taux de réserves obligatoires des banques (RRR) et des allégements fiscaux supplémentaires pour les entreprises et les ménages chinois.

Si l’hypothèse d’un compromis commercial acceptable par Washington et Pékin reste privilégiée, la difficulté à prévoir les réactions des deux parties à très court terme risque fort de dissuader bon nombre d’investisseurs de revenir sur les actions.

UN ESPOIR D’AMÉLIORATION AU DEUXIÈME SEMESTRE

Sur le CAC 40 parisien, explique ainsi Marco Bruzzo, “on a perdu 300 points sur les 5.600 points qui représentent un ‘plafond de verre’ qu’on a du mal à casser, mais les investisseurs ne sont aujourd’hui pas encore prêts à revenir sur ces niveaux-là. Il faudrait encore 4%-5% de baisse.”

Au-delà de l’incertitude sur les actions, les marchés doivent aussi s’adapter à la baisse des rendements obligataires, un mouvement favorisé par l’aversion au risque et l’actualité économique.

Le dix ans américain est ainsi revenu jeudi au plus bas depuis fin mars, à 2,354% et la veille, son équivalent allemand avait touché, à -0,132%, son plus bas niveau depuis l’automne 2016.

Car la situation continue d’alimenter les spéculations sur une possible baisse de taux de la Réserve fédérale. Un scénario qui reste difficile à croire pour Marco Bruzzo, qui rappelle que le marché croyait encore en janvier à trois hausses de taux pour 2019.

“Si le scénario ‘macro’ ne se détériore pas, il n’y a pas de raison qu’il y ait une baisse de taux, dit-il. Si la Fed était amenée à baisser les taux, ce serait parce qu’il y aurait un ralentissement très violent de l’économie américaine, ce qui, pour le moment, n’est pas le scénario envisagé.”

Le débat sur les taux sera sans doute alimenté mercredi par le compte rendu de la dernière réunion de la Fed et jeudi par celui de la réunion d’avril de la Banque centrale européenne (BCE).

Mais les marchés attendent surtout les premiers résultats des enquêtes mensuelles Markit auprès des directeurs d’achats, des indices PMI “flash” qui permettront d’actualiser leur diagnostic sur l’impact économique du climat actuel et sur la possibilité d’un rebond de l’activité au second semestre.

“L’année dernière à la même époque, le premier semestre avait déçu sur le plan macroéconomique et on espérait une amélioration au deuxième semestre. Cela ne s’est pas produit, le deuxième semestre a même été pire que le premier”, dit Marco Bruzzo.

“Cette année, à nouveau, on espère un deuxième semestre meilleur que le premier mais pour que la zone euro rebondisse au deuxième semestre, il faut qu’il n’y ait pas un ralentissement trop marqué en Chine.”

Voir aussi:

* ECLAIRAGE-Chine-Le champ des ripostes possibles se raréfie face aux USA

* ENQUÊTE-La guerre commerciale accroît le risque de récession US

* GRAPHES-Powell parle à l’oreille des marchés qui restent sourds à Draghi

Edité par Blandine Hénault

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