April 23, 2019 / 11:44 AM / a month ago

GRAPHES-En Chine, plus de croissance, moins de soutien ?

* Les Bourses chinoises en repli

* Craintes d’un moindre soutien à la croissance

* Des marges de manoeuvre déjà largement utilisées

* Les autorités prudentes sur de nouvelles mesures

PARIS, 23 avril (Reuters) - Le redressement de l’activité en Chine au premier trimestre alimente les interrogations sur un diminution du soutien de Pékin à l’économie, une perspective qui a fait baisser les Bourses chinoises et qui ne serait pas sans conséquence pour la croissance mondiale si elle se réalisait.

L’indice composite de la Bourse de Shanghai a encore cédé 0,5% mardi au lendemain d’une chute de 1,7%, et il plafonne depuis deux semaines après une hausse de plus de 30% par rapport à ses points bas de la fin de l’année dernière, qui l’avait porté le 8 avril à un plus haut de 13 mois.

Les prises de position des autorités chinoises plaidant pour un réglage fin de la politique économique en fonction de l’évolution de la croissance et de l’inflation n’ont pas dissipé les craintes, d’autant que les marges de manoeuvre sont moindres après la succession de mesures de relance - monétaire comme budgétaire - prises depuis un an.

Pékin a d’ailleurs réaffirmé son attachement à une politique monétaire neutre, selon le compte rendu d’une réunion du Comité central pour les affaires financières et économiques présidée par le président Xi Jinping, dont a fait état lundi l’agence Chine nouvelle.

Tout en soulignant que l’économie chinoise demeure confrontée à des “pressions baissières” et des difficultés après une croissance supérieure aux attentes au premier trimestre, le bureau politique du Parti communiste chinois a simplement confirmé à l’issue d’une réunion vendredi que le gouvernement maintiendrait son soutien à l’activité sans évoquer de mesures supplémentaires.

Soutenues par la succession de mesures de relance prises par les autorités chinoises dès le printemps 2018 pour contrer le ralentissement de l’activité et les effets négatifs des tensions commerciales avec les Etats-Unis, les bourses chinoises avaient été en grande partie épargnées par le coup de tabac sur les marchés financiers des deux derniers mois de l’année dernière.

L’indice composite de la Bourse de Shanghai avait abandonné 12% entre le début novembre et la fin décembre quand l’indice MSCI World des Bourses mondiales plongeait dans le même temps de près de 30%.

LA CHINE TREMBLE, LE MONDE VACILLE ?

Les données publiées la semaine dernière ont fait état d’une expansion de l’économie à un rythme soutenu de 6,4% l’an, déjouant les pronostics d’une poursuite du ralentissement de l’activité, et d’une croissance de la production industrielle, des ventes au détail et de l’investissement supérieure aux attentes en mars.

Ces premiers fruits de la politique de relance ont conduit la Banque populaire de Chine à opter pour un discours moins accommodant et une gestion plus stricte de la liquidité, notent les économistes de Barclays.

Vincent Juvyns, stratège de JPMorgan, souligne de son côté que la politique monétaire des derniers mois a été beaucoup plus agressive que lors des phases d’assouplissement de 2008 et 2015, comme le montre l’évolution du taux des réserves obligatoires des grandes banques, principal outil de la banque centrale dans un système bancaire encore très largement contrôlé.

Les stratèges de la société de gestion NN Investment Partners relèvent quant à eux que la politique monétaire expansionniste bute de plus en plus sur le niveau d’endettement et le service de la dette du secteur privé non financier, proches de voire supérieurs à ceux observés lors de précédentes grandes crises financières, qu’il s’agisse du Japon de la fin des années 1990 ou des Etats-Unis en 2007.

Les marges de relance fiscale sont aussi réduites avec une un déficit budgétaire consolidé dont Bo Zhuang, l’économiste spécialiste de la Chine chez TS Lombard, estime qu’il dépassera cette année 5% du produit intérieur brut et excédera même 9% en prenant en compte des leviers quasi budgétaire, comme les véhicules de financement des autorités locales ou les placements privés.

Face à ces moindres marges de manoeuvre, “les récents indicateurs économiques convenables indiquent que les autorités vont attendre avant de nouvelles mesures de soutien”, estime Ulrich Leuchtmann, analyste sur les changes à la Commerzbank, qui s’attend à une “certaine volatilité sur les données économiques chinoises dans les prochains mois”.

Avec une économie américaine qui donne des signes de ralentissement et une zone euro qui peine à se stabiliser, la Chine est plus que jamais le principal contributeur au maintien de la croissance mondiale.

“Pour que les marchés soient enthousiastes sur l’économie mondiale, il faut qu’au deuxième, au troisième et au quatrième trimestres, la Chine renoue avec une croissance d’au moins 6,5% l’an et bien entendu, cela ne se réalisera que si une solution sur le commerce est trouvée”, avertit Vincent Juvyns.

*Is China tightening ? Daily currency briefing. Commerzbank. 23 avril 2019

*China: Recovery confirmed, more growth, less easing. Global Economic Weekly. 18 avril 2019

*China: Fiscal policy is in the driving seat. China Watch. TS Lombard. 16 avril 2019

*House View. Point trimestriel. NN Investment Partners. Présentation à Paris. 15 avril 2019.

*Economic and Financial Markets Outlook - April 2019- J.P. Morgan Asset Management. Présentation à Paris. 11 avril 2019.

Marc Joanny, édité par Marc Angrand

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