April 16, 2019 / 11:14 AM / 6 months ago

Chine-La banque centrale va-t-elle se montrer moins généreuse?

SHANGHAI, 16 avril (Reuters) - Le marché obligataire chinois est attaqué cette semaine, une série d’indicateurs économiques qu’on n’attendait pas si robustes poussant les investisseurs à se demander si la Banque populaire de Chine (BPC) n’en a pas fini avec ses mesures d’assouplissement monétaire.

Les premiers troubles sont apparus lundi, lorsque le future de l’emprunt chinois à 10 ans échéance juin, le contrat le plus traité, a perdu jusqu’à 0,7% dans les premières transactions. Il s’était un peu repris ce mardi mais restait en baisse de 0,6% par rapport à sa clôture de vendredi.

Le rendement de l’emprunt de référence à 10 ans a gagné plus de sept points de base depuis le début de la semaine, selon des données de Refinitiv, dernière péripétie d’un mouvement qui a vu le rendement gagner autour de 33 points de base depuis la fin mars.

A 3,40%, ce rendement est remonté à des niveaux que l’on n’avait plus vus depuis décembre.

Le mouvement vendeur fait suite à une solide statistique du crédit de mars, faisant espérer une stabilisation de l’économie chinoise.

La croissance de la Chine a été de 6,6% en 2018, un plus bas depuis une trentaine d’années, et les chiffres attendus mercredi révèleraient la plus faible croissance d’un premier trimestre depuis au moins 27 ans.

Des statistiques de mars seront également publiées mercredi et on pense qu’elles montreront une accélération de la croissance de la production industrielle, de l’investissement et des ventes au détail, laissant penser que toutes les mesures de soutien engagées par Pékin ces derniers mois commencent à porter leurs fruits.

“L’expansion plus forte que prévu du crédit ainsi qu’un rebond des chiffres d’inflation alimentent la crainte des marchés de voir la Chine interrompre sa politique monétaire souple”, dit Tommy Xie, chercheur d’OCBC Bank à Singapour.

Pékin a entrepris de donner un coup de pouce à la croissance par le biais de nouvelles baisses d’impôts et de dépenses de grands travaux, sans compter cinq baisses du coefficient des réserves obligatoire en l’espace d’un an, censées persuader les banques de prêter aux PME et à des conditions bonifiées.

Avant la statistique du crédit, les économistes interrogés par Reuters anticipaient toujours trois nouvelles réductions du coefficient cette année.

Mais un résumé de la réunion trimestrielle du comité de politique monétaire de la BPC publié lundi soir remet en cause ces anticipations.

La BPC y indique qu’elle gardera le contrôle des “écluses” monétaires, terme absent du premier compte rendu trimestriel.

“Lorsque la banque centrale revient sur la prévention du risque, on peut penser que le cycle d’assouplissement monétaire est proche de son terme”, dit Qu Qing, chef économiste de Jianghai Securities.

SIGNE “PROVISOIRE”

Il semble dès lors que la banque centrale veuille faire comprendre qu’un nouveau tour de vis est proche et qu’une réduction prochaine du coefficient des réserves obligatoires ou des taux directeurs est peu vraisemblable, ajoute-t-il.

Les anticipations d’un resserrement monétaire ont tiré le swap de taux à cinq ans à un sommet de 3,25% mardi contre 3,12% à la clôture de la semaine dernière.

Mais certains professionnels, à l’exemple de Frances Cheung, directrice de la stratégie macro en Asie de Westpac à Singapour, font valoir que tout signe d’un redémarrage de l’économie est pour l’heure “provisoire”.

“A ce point, la banque centrale ne veut pas étouffer la croissance et ne veut pas voir les coûts de financement sensiblement plus hauts”, dit-elle.

Certains traders et experts font valoir que la situation de la liquidité va sans doute se durcir mi-avril, lorsque les entreprises payeront leurs impôts du premier trimestre, dopant la demande de cash au risque d’assécher le marché.

Une telle préoccupation a amené certains analystes à prédire ce mois-ci une baisse imminente du coefficient des réserves obligatoires.

“Dans la mesure où les incertitudes commerciales persistent, il faut préserver la croissance rapide des prêts en yuan pour aider les PME à survivre”, dit Iris Pang, économiste d’ING à Hong Kong.

“Certes, la Chine peut peut-être se passer d’une telle injection de crédits aux PME mais nous pensons que le gouvernement laissera le crédit croître rapidement quelque temps encore, au moins jusqu’à ce qu’il constate avec satisfaction que le marché de l’emploi est stable”.

Ceux qui guettent un changement de cap monétaire surveilleront de près les décisions de la BPC lorsque 366,5 milliards de yuans (48,3 milliards d’euros) de facilités de crédit à moyen terme arriveront à échéance mercredi. (Winnie Zhou et Andrew Galbraith Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)

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