April 15, 2019 / 3:07 PM / 4 months ago

LEAD 1-Des armes françaises utilisées dans des zones civiles au Yémen-Disclose

* Plusieurs types d’armement concernés

* Florence Parly avait donné des gages

* Aser envisage une action en justice

* Indignations dans la classe politique (Actualisé avec réactions en France)

PARIS, 15 avril (Reuters) - Des armes de fabrication française sont utilisées dans la guerre au Yémen, y compris dans des zones civiles, rapporte lundi le collectif Disclose, qui dévoile un rapport de la Direction du renseignement militaire présenté à l’exécutif en octobre.

Intitulés “Yémen - situation sécuritaire”, ces documents classés secret défense, transmis selon le site français à Emmanuel Macron, au Premier ministre Edouard Philippe, à la ministre des Armées Florence Parly et à celui des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, détaillent l’arsenal français utilisé par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis contre les rebelles Houthis au Yémen.

L’exécutif français n’en dément pas l’existence mais réaffirme que les armes françaises sont “placées pour l’essentiel en position défensive” hors de la ligne de front.

Ces “Yemen Papers”, comprenant cartes et tableaux, recensent notamment des canons Caesar (Nexter) “présents côté saoudien à la frontière saoudo-yéménite”, des chars Leclerc dotés de munitions françaises, “observés au Yémen et déployés en position défensive” sur plusieurs bases, dont Aden, dans le sud du Yémen.

Des dispositifs de ciblage fabriqués par Thales, les pods Damocles, équipent les forces aériennes saoudiennes et “pourraient être employés au Yémen”, selon la note de la DRM. Des avions de chasse Mirage 2000-9 “opèrent” au Yémen depuis la base d’Assab, en Erythrée.

En mer, une frégate de fabrication française “participe au blocus naval” et une corvette lance-missiles “participe au blocus naval et à l’appui des opérations terrestres menées sur le sol yéménite”, peut-on lire dans un tableau récapitulatif.

LES VENTES D’ARMEMENTS SE POURSUIVENT

Sur la base de ces documents, les journalistes de Disclose, en partenariat avec Mediapart, Konbini, Radio France, Arte et The Intercept, estiment que des armes françaises ont été au coeur de batailles meurtrières pour les civils.

“En novembre 2018, les chars français sont au coeur de la bataille d’Al Hodeïda. Elle a fait 55 victimes civiles, selon l’Acled” (ONG américaine), estiment-ils, après avoir recoupé les éléments de la DRM avec des vidéos et images satellite.

Les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite se poursuivent, révèle par ailleurs le site, qui publie des documents liés à un nouveau contrat signé en décembre dernier avec l’Arabie saoudite, courant jusqu’en 2023.

Signé par Nexter, il prévoit notamment la livraison  de véhicules blindés et canons à l’Arabie saoudite entre 2019 et 2024.

“A notre connaissance, les armes françaises dont disposent les membres de la coalition sont placées pour l’essentiel en position défensive, à l’extérieur du territoire yéménite ou sur des emprises de la coalition mais pas sur la ligne de front”, ont répondu les services du Premier ministre dans un communiqué.

“Nous n’avons pas connaissance de victimes civiles résultant de leur utilisation sur le théâtre yéménite”, ajoutent-ils.

En octobre, Florence Parly avait assuré que les armes “récemment” vendues par la France à l’Arabie saoudite n’avaient pas été utilisées contre les populations au Yémen et qu’il n’y avait pas de négociations en cours avec l’Arabie Saoudite sur des ventes d’armes.

Fustigeant “les mensonges répétés du gouvernement”, Aser (Action Sécurité Ethique Républicaines) envisage une action en justice. Dans un communiqué, l’organisation “se réserve le droit d’introduire une procédure d’urgence dans le cadre de son recours pendant devant le tribunal administratif de Paris”.

“NOUS ARMONS LES BOURREAUX”

Julien Bayou, porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts, a dénoncé sur Twitter le “mensonge d’Etat” d’une France “complice de la sale guerre de l’Arabie saoudite au Yémen.”

Le député LFI Bastien Lachaud, membre de la commission de la Défense de l’Assemblée, considère dans un communiqué que “le Premier ministre, la ministre des Armées et le ministre des Affaires étrangères doivent de toute urgence être entendus par la représentation nationale”.

“Il faut cesser ce cercle vicieux terrible qui consiste à vendre des armes à des pays qui font des atrocités avec”, a dit à Reuters Guillaume Balas, député européen du parti Génération.s, qui propose de limiter les exportations d’armes de la France aux pays de l’Union européenne.

Le député Sébastien Nadot, qui a quitté La République en marche en décembre, voit dans les informations de Disclose la confirmation de ce qu’il dénonce depuis son arrivée à l’Assemblée nationale. “Nous armons les bourreaux des civils yéménites. Nous enfreignons sans vergogne le droit international”, a dit à Reuters le député de Haute-Garonne.

Depuis l’intervention de la coalition menée par l’Arabie saoudite en 2015 contre les rebelles chiites Houthis, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées. L’Onu estime que 80% de la population a besoin d’une aide humanitaire. (Julie Carriat, John Irish et Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet)

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