March 8, 2019 / 3:29 PM / 3 months ago

POINT HEBDO-La BCE ouvre le bal du grand casse-tête des banques centrales

* La conjoncture incite les banques centrales à la prudence

* La BCE renvoie les hausses de taux à plus tard

* Les TLTRO vont reprendre du service

* Le ralentissement de la Chine se confirme

* La BoJ au menu, en attendant la Fed

par Patrick Vignal

PARIS, 8 mars (Reuters) - Les menaces croissantes qui pèsent sur l’économie mondiale contrarient la volonté des banques centrales de resserrer leur politique et pourraient sonner le glas du fragile rebond des actifs risqués observé depuis le début de l’année.

La Banque centrale européenne (BCE) a ouvert le feu jeudi en reportant la hausse de ses taux directeurs à l’année prochaine au plus tôt et en annonçant le lancement de nouveaux prêts aux banques en septembre, en attendant les annonces de la Banque du Japon, vendredi prochain, et de la Réserve fédérale américaine, le 20 mars.

Les grands instituts d’émission marchent sur des oeufs, l’accumulation des signes de ralentissement dans un contexte de tensions politiques et commerciales alimentant les craintes d’une récession globale.

“Nous sommes dans une période de faiblesse persistante et d’incertitude généralisée”, a résumé le président de la BCE, Mario Draghi, lors de la conférence de presse suivant les annonces de jeudi.

Outre un revirement dans sa politique de normalisation, la BCE a révisé en baisse ses prévisions de croissance et d’inflation.

“La réunion de la BCE confirme le récent virage vers une posture plus accommodante observé récemment de la part d’autres banques centrales du G10”, commente Jeremy Gatto, gérant chez Unigestion. “La vraie surprise ne vient pas des mesures mais plutôt du fait qu’elles interviennent dès maintenant”.

UNE ARME À DOUBLE TRANCHANT

Les annonces de la BCE interviennent près de quatre ans après le lancement d’un programme massif d’achats d’actifs d’un montant total de 2.600 milliards d’euros destiné à éviter l’enclenchement d’une spirale déflationniste au sein de la zone euro, durement affectée par la crise financière de 2008 puis la crise des dettes souveraines, trois ans plus tard.

“Le fait que les TLTRO soient toujours nécessaires 10 ans après le pic de la crise financière montre que le système financier est toujours loin d’être normal”, commente Johannes Müller, responsable de la recherche macroéconomique chez DWS.

La prudence de la BCE est une arme à double tranchant puisqu’elle assure les marchés de la poursuite d’un biais accommodant tout en signalant que la banque centrale est réellement inquiète pour la croissance dans l’union monétaire, ce qui peut couper l’appétit des investisseurs pour les actifs risqués.

“Les investisseurs commencent à prendre leurs bénéfices car ils craignent que le contexte économique soit encore bien moins porteur qu’on ne le pensait, et ce quelle que soit l’issue des discussions commerciales sino-américaines”, constate l’analyste Michael Hewson (CMC Markets).

Loin d’être rassurés par les annonces de la BCE, les marchés boursiers européens ont fini en baisse jeudi, avec notamment un recul des banques, et le nouveau report de la première hausse de taux post-crise a fait chuter l’euro sous 1,12 dollar, à son plus bas niveau depuis la mi-2017.

Le repli des actions s’est prolongé vendredi après l’annonce d’un net recul des exportations chinoises en février, dans le sillage de la révision à la baisse par Pékin de sa prévision de croissance pour cette année.

Ces chiffres renforcent l’impression que la décélération de la deuxième économie du monde va se poursuivre malgré une série de mesures de soutien prises par les autorités pour tenter d’enrayer le plus fort ralentissement de la croissance chinoise en près de 30 ans.

Les marchés d’actions chinois ont aussitôt accusé le coup puisque la Bourse de Shanghaï a perdu vendredi plus de 4%. Elle reste toutefois en hausse de près de 20% depuis le début de l’année, après avoir chuté l’an dernier de près de 25%.

LA FED SURVEILLE LES INDICATEURS

Après la BCE viendra donc le tour de la BoJ, qui ne reconce jamais à dire qu’elle prendra toutes les mesures nécessaires pour stimuler l’activité.

Elle a appris vendredi que l’économie japonaise avait progressé à un rythme supérieur aux attentes au quatrième trimestre 2018, stimulée par le rebond des investissements des entreprises après une sévère contraction au trimestre précédent due en partie à des catastrophes naturelles ayant affecté la production des usines.

Les économistes ne s’en attendent pas moins à un ralentissement de l’économie du fait de l’importante chute des exportations comme de la production industrielle dans un contexte de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

Quant à la Fed, elle devrait répéter quelques jours plus tard qu’elle observe une pause dans le resserrement de sa politique tout en surveillant attentivement les données conjoncturelles.

L’attentisme de la banque centrale a été conforté par les chiffres mensuels de l’emploi aux Etats-Unis en février, publiés vendredi, qui ont montré que le marché du travail aux Etats-Unis avait pratiquement calé en février.

Les rendements des emprunts d’Etat américains et les contrats à terme sur les indices de Wall Street ont creusé leurs pertes après la publication de cette statistique, dont l’effet a toutefois été tempéré par l’annonce d’une hausse du salaire horaire moyen et d’une baisse du taux de chômage.

Les décideurs de la Fed analyseront dans les prochains jours une série d’indicateurs, en particulier les chiffres des prix à la consommation, mardi, et de la production industrielle, vendredi.

édité par Marc Joanny

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below