March 8, 2019 / 5:03 AM / in 5 months

La BCE repousse la hausse des taux, nouveaux prêts aux banques

* Les taux directeurs inchangés au moins jusqu’à la fin 2019

* De nouvelles TLTRO de 2 ans de maturité

* Les prévisions de croissance et d’inflation abaissées

* Les annonces de la BCE ont fait chuter l’euro

par Francesco Canepa et Balazs Koranyi

FRANCFORT, 8 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a procédé jeudi à un revirement dans la normalisation de sa politique monétaire, reportant la hausse de ses taux directeurs à l’année prochaine au plus tôt et annonçant le lancement de nouvelles opérations de refinancement à long terme ciblées en septembre, afin de contrer le ralentissement de la croissance au sein de la zone euro.

Dans un contexte de tensions commerciales et d’incertitudes liées au Brexit, la croissance au sein de la zone euro a sensiblement ralenti, alimentant les craintes d’une récession, et contraint la BCE à revoir plus amplement qu’attendu ses projets de normalisation.

“Le Conseil des gouverneurs s’attend désormais à ce que les taux directeurs de la BCE restent à leurs niveaux actuels au moins jusqu’à la fin 2019, et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire”, déclare l’institution dans un communiqué publié à l’issue de sa deuxième réunion de politique monétaire de l’année.

Elle avait dit jusqu’à présent que ses taux directeurs demeureraient inchangés au moins jusqu’à la fin de l’été 2019.

Une fois encore, il revient au président de la BCE, Mario Draghi, de devoir rétablir la confiance au sein d’une économie de la zone euro toujours fragile, à peine plus de deux mois après avoir interrompu un programme d’assouplissement massif lancé il y a presque quatre ans et alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions cette année.

“Nous sommes dans une période de faiblesse persistante et d’incertitude généralisée”, a-t-il déclaré lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit l’annonce des décisions de politique monétaire.

Il a aussi dit que la BCE avait réduit ses prévisions de croissance et d’inflation.

Elle table désormais sur une croissance du PIB de la zone euro de 1,1% cette année contre une progression de 1,7% encore attendue en décembre. Elle a abaissé de 0,1 point la prévision pour 2020 à 1,6% et confirmé celle pour 2021 à 1,5%.

L’inflation quant à elle devrait rester sensiblement sous son objectif d’une hausse des prix proche mais inférieure à 2,0% à moyen terme sur les trois années.

L’inflation n’atteindrait que 1,2% en moyenne cette année, contre +1,6% encore espéré en décembre, puis 1,5% en 2020 (+1,7%) et 1,6% en 2021 (+1,8%).

REVIREMENT

La BCE a annoncé le lancement d’une nouvelle opération de refinancement à long terme ciblée, en partie destinée à permettre aux banques de refinancer plus de 720 milliards d’euros de prêts qu’elle leur a consentis afin d’éviter une contraction du crédit qui risquerait d’accentuer le ralentissement actuel de l’activité.

Les banques commerciales de la zone euro ont déjà commencé à restreindre le crédit en réponse à la baisse de la production industrielle et des exportations.

“Une nouvelle série d’opérations de refinancement à long terme ciblées (TLTRO III) sera lancée en septembre 2019 pour s’achever en mars 2021, chacune avec une maturité de deux ans”, a précisé la BCE dans son communiqué.

“Dans les cadre des TLTRO III, les contreparties pourront emprunter jusqu’à 30% de l’encours des prêts éligibles à la date du 28 février 2019 à un taux indexé sur le taux de refinancement pour la durée de chaque opération.”, ajoute-t-elle.

“Comme pour le programme de TLTRO en cours, les TLTRO III comprendront des incitations intégrées pour que les conditions de crédit demeurent favorables”, souligne le communiqué.

Ces annonces interviennent près de quatre ans après le lancement par la BCE d’un programme massif d’achats d’actifs d’un montant total de 2.600 milliards d’euros destiné à éviter l’enclenchement d’une spirale déflationniste au sein de la zone euro durement affectéé par la crise financière de 2008-2009 puis la crise des dettes souveraines de 2011-2012.

La décision de la BCE de repousser le premier relèvement a été perçue comme un revirement de politique alors qu’elle vient à peine de mettre un terme à son programme d’achats nets d’actifs en décembre.

Loin d’être rassurés, les marchés boursiers européens ont fini en baisse jeudi, avec notamment un recul des banques, et le nouveau report de la première hausse de taux post-crise a fait chuter l’euro sous 1,12 dollar, à son plus bas niveau depuis la mi-2017.

“Un signe de panique ou une tentative pour prendre une longueur d’avance ?” s’interroge Carsten Brzeski, économiste chez ING, au sujet de la banque centrale.

“Mais c’est en même temps un peu un pari car la prochaine étape pour combattre un ralentissement sévère de l’économie exigera désormais des mesures sans précédent”, écrit-il dans une note aux clients de la banque. (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)

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