February 22, 2019 / 6:34 AM / in 3 months

ENTRETIEN MARCHÉS-Le rebond du "high yield" ne durera pas, selon Newton

* Un contexte moins défavorable pour le marché obligataire

* Des pressions tout de même sur la dette d’entreprise

* Les effets du resserrement monétaire se font sentir

* Des risques sur le “high yield” et les “leveraged loans”

par Patrick Vignal

PARIS, 22 février (Reuters) - L’année 2019 devrait être moins douloureuse que la précédente pour le marché obligataire dans son ensemble mais la dette d’entreprise pourrait souffrir, à commencer par celle classée en catégorie spéculative par les agences de notation (“high yield”), prévoit Paul Brain, responsable de l’obligataire chez Newton Investment Management (BNY Mellon IM).

La situation a été compliquée pour les obligations en 2018, avec des performances négatives pour le “high yield” mais aussi pour la dette en catégorie investissement (“investment grade”) et pour les obligations émergentes, rappelle-t-il.

“Nous disions depuis un moment à nos clients que l’année 2018 serait une année de transition avec la prise de conscience que les taux étaient montés suffisamment pour poser un problème”, dit-il à Reuters.

Un rebond s’est amorcé à la fin de l’année dernière et se prolonge avec des performances positives pour tous les segments depuis le début de l’année, notamment pour la dette émergente et le “high yield”.

“Il y avait deux incertitudes, le resserrement monétaire de la Réserve fédérale et le commerce, qui pesaient sur les perspectives économiques”, explique Paul Brain.

“La Fed marque une pause, ce qui profite notamment aux actions, au “high yield” et aux marchés émergents. Si nous avions un accord sur le commerce, les inquiétudes sur la croissance mondiale diminueraient, ce qui profiterait davantage à la Chine et à l’Europe qu’aux Etats-Unis.”

DES PRESSIONS SUR LE CRÉDIT

Si l’expert de Newton IM ne voit pas de crise financière à l’horizon ni de risque systémique pesant sur le marché obligataire, il n’en prévoit pas moins des pressions sur la dette privée.

“Il y a deux vents contraires qu’il convient de surveiller et qui sont d’une part la fin des effets du stimulus fiscal aux Etats-Unis et d’autre part la hausse des coûts d’emprunt et des coûts en général, ce qui devrait conduire à un recul des investissements comme de la consommation des ménages”, dit-il.

Ces pressions devraient, selon lui, affecter en premier lieu le marché du crédit et notamment le “high yield”.

“Nous ne sommes pas particulièrement confiants pour la dette d’entreprise et pour le marché du “high yield” en particulier”, explique Paul Brain. “La raison principale en est que si la raison pour laquelle les banques centrales font une pause est que la croissance ralentit, alors nous voyons pas mal de pression sur les entreprises et sur leurs bilans”.

Le resserrement monétaire commence à se faire vraiment sentir pour les entreprises en raison de rendements obligataires plus élevés et leurs niveaux d’endettement montent, particulièrement pour celles classés en “investment grade”, ajoute-t-il.

ATTENTION AUX “LEVERAGED LOANS”

“Nous voyons les coûts d’emprunt augmenter cette année de même que, en tout cas aux Etats-Unis, les coûts des salaires et des importations.

“Cela signifie qu’il faudra revoir à la baisse les prévisions de bénéfice et nous nous attendons à des difficultés pour certaines entreprises. Il y aura des défauts. C’est pourquoi nous voyons le “high yield” repartir à la baisse après le petit rebond technique que l’on observe et devenir vulnérable”, ajoute-t-il.

“Nous ne nous attendons pas à un retournement du marché, même si les défauts au sein du “high yield commencent à grimper”, précise Paul Brain.

Autre segment à surveiller comme le lait sur le feu, selon lui, le marché américain des “leveraged loans”, sur lequel Newton n’est pas investi.

Ces prêts à effet de levier accordés aux entreprises aux Etats-Unis ont connu une très forte croissance ces dernières années, favorisés par leurs taux variables, et sont considérés par certains sur les marchés comme une bombe à retardement.

“On peut craindre que cette classe d’actifs connaisse un sort défavorable mais sans entraîner de crise systémique comme cela avait été le cas avec les subprimes”, dit-il en faisant référence aux prêts hypothécaires à risque à l’origine de la crise financière de 2007-2008. (édité par Blandine Hénault)

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