February 20, 2019 / 11:41 AM / a month ago

Face aux risques, l'Asie infléchit sa politique monétaire

* Les objectifs d’inflation peu ou pas atteints

* Le Japon, l’Australie, l’Inde modèrent leur discours

* La Chine, enjeu n°1 pour les perspectives de taux

par Marius Zaharia

HONG KONG, 20 février (Reuters) - Confrontées aux répercussions du ralentissement économique mondial et des tensions commerciales sino-américaines, les banques centrales d’Asie infléchissent l’orientation de leur politique monétaire, qui redevient neutre, sinon accommodante.

Fin 2018, les banquiers centraux japonais s’inquiétaient des inconvénients de la création de monnaie et la Banque de réserve d’Australie (RBA) n’envisageait pas d’autre trajectoire pour ses taux qu’à la hausse. La dépréciation des monnaies émergentes contraignait par ailleurs l’Inde, l’Indonésie et les Philippines à maintenir une politique monétaire restrictive.

Pour tous ces pays, les investisseurs spéculent désormais sur des baisses de taux.

L’affaiblissement du dollar et la baisse des cours du pétrole ont joué un rôle important dans ce retournement de situation mais le facteur principal est le ralentissement économique plus marqué que prévu en Chine, avec pour première conséquence une désinflation qui gagne toute la région.

L’autre influence principale est celle de la Réserve fédérale américaine, qui a adopté le mois dernier une approche plus prudente de sa politique monétaire, laissant entrevoir sinon la fin de son cycle de hausse de taux, à tout le moins une pause.

DES PRESSIONS SUR LES PRIX “REMARQUABLEMENT MODÉRÉES”

“Clairement, les banques centrales reconsidèrent la politique monétaire”, commente Piyush Gupta, directeur général de DBS Group Holdings à Singapour.

A l’exception des Philippines, où une désinflation rapide est aussi enclenchée, toutes les grandes économies d’Asie affichent des taux d’inflation situés dans la partie basse de leur zone cible, voire en-dessous. La hausse des prix est ainsi inférieure à 1% en Malaisie, à Singapour, en Corée du Sud, à Taiwan et en Thaïlande.

“Les pressions sous-jacentes sur les prix sont remarquablement modérées”, observe Frederic Neumann, co-responsable de la recherche sur l’Asie à HSBC. “Cela renforce les arguments en faveur de nouvelles mesures d’assouplissement même si elles seront insuffisantes en elles-mêmes pour stimuler la croissance.”

Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a déclaré mardi que la banque centrale était disposée à assouplir davantage sa politique si le yen fort nuisait à l’économie et menaçait l’atteinte de son objectif d’inflation de 2%.

Intervenant à un séminaire à Tokyo le même jour, le vice-gouverneur de Bangko Sentral ng Pilipinas (BSP), Diwa Guinigundo, a indiqué que la banque centrale philippine, qui a relevé ses taux à cinq reprises l’an dernier, agirait rapidement si les conditions de liquidités n’étaient plus suffisantes pour maintenir la dynamique de croissance.

En Australie, la RBA a adopté le 6 février un biais neutre et non plus restrictif pour sa politique monétaire, et nombre d’économistes anticipent désormais une baisse de taux.

Le lendemain, la banque centrale indienne a surpris en annonçant une baisse de taux qui, pensent les économistes, sera suivie par d’autres.

Des trois grandes économies d’Asie ayant des comptes courants déficitaires, seule l’Indonésie pourrait continuer de relever ses taux, après déjà six resserrements l’an dernier, car la banque centrale y est focalisée sur la stabilité de la roupie, relève Juliana Lee, chef économiste pour l’Asie chez Deutsche Bank.

Graphique interactif sur les taux d'intérêt en Asie : tmsnrt.rs/1U5hc2W

L’INCONNUE CHINOISE

A ce stade, les économistes ne croient pas à des baisses de taux répétées mais ils s’accordent à dire que la suite dépendra de l’état de santé de la Chine, du règlement ou non de son différend commercial avec les Etats-Unis et de l’efficacité de ses mesures de soutien à l’activité.

En janvier, la Banque populaire de Chine (BPC) a réduit de 100 points de base le coefficient de réserves obligataires imposé aux banques et les économistes pensent que celui-ci sera encore réduit de 150 pdb dans le courant de l’année, en plus d’autres mesures budgétaires attendues en mars.

Certains experts tablent sur une baisse des taux directeurs de la BPC mais la plupart disent que Pékin ne s’y résoudrait qu’en dernier recours, redoutant des effets indésirables pour le yuan et un regain d’inquiétudes autour de la dette.

“Une baisse des taux directeurs ne deviendra vraiment envisageable (...) qu’en cas de détérioration drastique de l’environnement interne et externe”, écrivent les analystes d’ICBC dans une note.

Le Premier ministre chinois, Li Keqiang, a déclaré mercredi que Pékin s’en tiendrait à une politique monétaire prudente et il a exclu un soutien “massif”.

Marius Zaharia à Hong Kong avec la contribution d'Anshuman Daga à Singapour, Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Angrand

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