February 18, 2019 / 1:22 PM / 3 months ago

BOURSE-Les estimations de marges trop pessimistes à Wall Street ?

NEW YORK, 18 février (Reuters) - Wall Street se fait à l’idée d’une baisse des bénéfices des entreprises au premier trimestre, une première depuis près de trois ans, mais certains investisseurs se demandent si le marché ne fait pas erreur en anticipant une chute des marges.

Après avoir été dopés l’an dernier par les baisses d’impôts décidées par l’administration Trump, les profits des entreprises devraient fortement baisser cette année. Mais les estimations pour les chiffres d’affaires restent relativement robustes, laissant l’évolution des coûts comme la principale explication du recul attendu de la rentabilité.

Or certains analystes disent ne voir encore aucun signe de telles pressions sur les coûts et en concluent que les marges devraient résister.

“Depuis le traumatisme de 2008, les entreprises ont fait du maintien et si possible de l’amélioration de leurs marges leur priorité numéro un”, commente Ed Yardeni, fondateur de Yardeni Research.

“Nous ne pensons pas que les salaires et autres coûts salariaux vont peser sur les marges, et nous ne pensons pas que la hausse de ces coûts sera répercutée sur les prix”, ajoute-t-il. “Au contraire, nous parions sur une amélioration de la productivité.”

En plus des tensions sur le marché du travail, la guerre commerciale sino-américaine et l’appréciation du dollar font figure de risques potentiels pour les marges des entreprises cette année.

Au premier trimestre, les analystes anticipent désormais une baisse de 0,5% des profits des entreprises du S&P 500 par rapport aux trois premiers mois de 2018, selon les données IBES de Refinitiv. Une croissance de 3,5% des bénéfices est toujours prévue pour le deuxième trimestre mais cette estimation a aussi été révisée en forte baisse et pourrait l’être encore.

Au premier trimestre 2018, les bénéfices avaient bondi de 26,6% selon Refinitiv.

L’abaissement continu des estimations depuis plusieurs mois fait craindre une récession des profits, autrement dit deux trimestres consécutifs de baisse en variation annuelle. Ce cas de figure n’a plus été observé depuis la période allant de juillet 2015 à juin 2016.

Les projections pour les chiffres d’affaires des sociétés du S&P 500 sont en revanche plus résilientes, avec une croissance attendue à 5,3% au premier trimestre d’après les données de Refinitiv.

Pour les stratèges de Crédit Suisse, les marges résistent mieux que ce que laissent penser les estimations, en tout cas pour la majorité des entreprises du S&P 500.

Elles se détériorent certes pour Apple, Exxon Mobil ou des valeurs des semi-conducteurs comme Micron Technology, mais ces poids lourds de la cote faussent le tableau pour l’ensemble du S&P.

La baisse récente des cours du brut a pesé sur les marges des compagnies pétrolières, le ralentissement du cycle des semi-conducteurs en fait de même dans ce secteur et d’autres sociétés ont augmenté leurs dépenses d’investissement, explique Patrick Palfrey, stratège chez Credit Suisse Securities à New York.

“Ce n’est pas un problème macro généralisé”, dit-il. “Si vous prenez l’entreprise médiane, on attend plutôt une stabilité des marges.”

De plus, peu d’entreprises ont averti sur l’évolution de leurs coûts salariaux en présentant leurs résultats du quatrième trimestre, dont la période de publication touche à sa fin.

Dans une note publiée la semaine dernière, les stratèges de Goldman Sachs notent que si certaines sociétés sont certes confrontées à des pressions salariales, d’autres, comme Discover Financial Services, en prise avec la situation économique des consommateurs, voient dans cette tendance un élément positif pour la consommation des ménages.

En outre, la plupart des dirigeants d’entreprises “s’attendent à voir l’économie américaine se modérer mais rester positive”, écrivent-ils.

Et à ce jour, le resserrement du marché du travail ne s’est pas accompagné d’une accélération de l’inflation telle que mesurée par l’indice des prix à la consommation. Sur les 12 mois à janvier, le CPI a progressé de 1,6%, soit sa plus faible hausse depuis juin 2017, selon les données publiées mercredi dernier par le département du Travail.

Les économistes interrogés par Reuters tablent en moyenne sur une croissance de 2,4% de l’économie américaine cette année. “Quand l’économie reste assez forte, cela signifie le maintien d’une demande suffisante pour les produits, ce qui contribue à stabiliser les marges de manière générale”, conclut Keith Lerner, stratège chez SunTrust Advisory Services à Atlanta.

Véronique Tison pour le service français, édité par Blandine Hénault

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