February 7, 2019 / 4:30 PM / a month ago

LEAD 3-La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

(Actualisé avec précision sur la position française § 1, 10)

PARIS, 7 février (Reuters) - La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, une position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

En révisant cette directive, l’exécutif européen souhaite étendre sa juridiction en matière de marchés de l’énergie et avoir son mot à dire sur le gazoduc conçu pour relier la Russie à l’Allemagne à travers la mer Baltique, et voulu par Berlin.

Dans sa forme actuelle, le gazoduc détenu par la compagnie d’Etat russe Gazprom et dont la construction a déjà commencé (l’achèvement est prévu en 2020), dérogerait aux nouveaux critères européens renforcés.

Pour éviter de voir le projet contrarié, Berlin oeuvre en coulisses auprès des autres capitales européennes pour réunir une minorité de blocage et empêcher le vote du texte, a-t-on appris de sources diplomatiques.

“La révision de la directive gaz a pour but d’appliquer les règles du troisième paquet énergie à tous les gazoducs avec les pays tiers entrant sur le territoire européen. La directive révisée s’appliquerait au projet Nord Stream 2”, a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d’un point de presse électronique.

“La France compte soutenir l’adoption d’une telle directive. Les travaux se poursuivent avec nos partenaires, en particulier avec l’Allemagne, sur les modifications qui pourraient être apportées au texte”, a-t-elle ajouté.

UN SOUTIEN DÉCISIF

Les Européens sont divisés sur la question : les pays de l’Est, scandinaves et de la Baltique voient d’un mauvais oeil le gazoduc long de 1.225 kilomètres, soulignant le risque d’une dépendance de l’UE à l’égard de Moscou, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, font valoir ses bénéfices économiques.

Jusqu’alors, les alliés de Berlin, dont la France, l’Italie et l’Espagne, semblaient réticents à aller contre la volonté du gouvernement allemand.

“La position francaise était connue des autorités allemandes. On avait pris la décision de ne pas s’exprimer publiquement”, précise-t-on de source diplomatique française.

De source européenne, on estime ce soutien potentiellement décisif, dans la mesure où il rendra plus difficile l’obtention d’une minorité de blocage par Berlin.

Le projet, dénoncé par les Etats-Unis, est financé pour moitié par le russe Gazprom, avec une participation du français Engie, des allemands Uniper et Wintershall, de l’autrichien OMV et de l’anglo-néerlandais Shell, chacun à hauteur de 10%. Autant de groupes pour lesquels la directive entraînerait des incertitudes.

L’Allemagne ne deviendra pas dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz à cause du gazoduc Nord Stream 2, a assuré jeudi la chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Slovaquie.

La révision de la directive a reçu l’aval du Parlement européen en mars, un feu vert qui ouvre la voie à une adoption rapide de la réglementation si le Conseil européen réunissait une majorité pour l’approuver. (John Irish, Jean-Baptiste Vey et Julie Carriat à Paris, Paul Carrel, Andreas Rinke et Markus Wacket à Berlin, édité par Yves Clarisse)

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