January 28, 2019 / 10:47 AM / in 4 months

ECLAIRAGE-Semaine décisive pour les négociations commerciales USA-Chine

WASHINGTON, 28 janvier (Reuters) - Les négociations commerciales sino-américaines entrent dans une phase décisive cette semaine avec la venue à Washington du vice-Premier ministre chinois Liu He pour des discussions avec deux hauts responsables de l’administration Trump, le représentant au Commerce Robert Lighthizer et le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.

Les deux parties tentent d’aplanir de profondes divergences qui concernent les pratiques commerciales de la Chine, ses usages en matière de propriété intellectuelle, les subventions à l’industrie et l’accès au marché.

Faute d’accord, Washington augmentera ses droits de douane sur les importations chinoises le 2 mars.

Voici un éclairage sur les principaux enjeux des discussions et leurs implications :

QUEL EST L’OBJET DU CONFLIT ENTRE PÉKIN ET WASHINGTON ?

Après des années d’aggravation du déficit commercial américain avec la Chine et de plaintes accusant les Chinois d’obtenir de la propriété intellectuelle américaine ou des secrets commerciaux par coercition voire par vol pur et simple, l’administration Trump a exigé l’an dernier un changement fondamental du modèle économique chinois pour obtenir que les firmes des deux pays se concurrencent sur un pied d’égalité.

Dans ce cadre, Washington demande l’arrêt des politiques obligeant de facto les entreprises américaines à concéder des transferts de technologie au profit de leurs partenaires chinois et une protection totale des droits de propriété intellectuelle.

QUEL EST L’ENJEU DES NÉGOCIATIONS ?

Au niveau le plus basique, l’enjeu des discussions est rien moins que la position dominante dans les futures industries de hautes technologies, selon les services du représentant au Commerce à Washington. La Chine a pour objectif de renforcer ses positions industrielles dans dix secteurs stratégiques d’ici 2025, parmi lesquels l’aéronautique, la robotique, les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les véhicules à énergie nouvelle. Pour l’administration américaine, ce renforcement chinois ne pose pas de problème tant qu’il ne passe pas par le vol ou l’obtention illicite de savoir-faire américain. Elle estime en outre que le soutien massif chinois aux entreprises d’Etat conduit à une situation de surproduction qui fausse la loi du marché.

COMMENT PÉKIN CONSIDÈRE CES PLAINTES ?

Les responsables chinois voient dans les critiques américaines une volonté d’entraver l’ascension de la deuxième puissance économique mondiale. Ils démentent toute coercition dans les transferts de technologie, affirmant que ceux-ci relèvent d’accords commerciaux entre entreprises américaines et chinoises. Pour autant, Pékin espère conclure un accord avec le président Donald Trump pour faire baisser les droits de douane sur les biens chinois et s’efforce de réduire le déséquilibre des échanges entre les deux pays en augmentant ses achats de produits américains, soja et énergie notamment. Pékin a aussi décidé d’abaisser les taxes sur les voitures importées et a permis aux sociétés étrangères, dans certains secteurs, de détenir une participation majoritaire dans leurs filiales chinoises.

QUELLES ONT ÉTÉ LES MESURES PRISES PAR LES ETATS-UNIS ?

A ce stade, Donald Trump a imposé des tarifs douaniers sur des importations chinoises d’un montant de 250 milliards de dollars (219 milliards d’euros) - en l’espèce une taxe de 25% sur 50 milliards de dollars d’importations de produits de haute technologie et des droits de 10% sur un éventail plus grand de biens représentant 200 milliards de dollars, parmi lesquels on trouve des produits chimiques, des matériaux de construction, de l’ameublement et certains produits électroniques grand public.

Trump a jusqu’ici épargné bon nombre de produits de grande consommation, notamment les téléphones portables, ordinateurs, vêtements et chaussures. Mais en l’absence d’accord d’ici le 2 mars, il menace de taxer pour 267 milliards de dollars de produits supplémentaires, en gros ce qu’il resterait des importations en provenance de la Chine.

LA CHINE A-T-ELLE RIPOSTÉ ?

Oui. La Chine a taxé à hauteur de 25% des importations de produits américains représentant 50 milliards de dollars : soja, boeuf, porc, fruits de mer, whiskey, éthanol et véhicules à moteur notamment. Des droits de 5 à 10% frappent 60 autres milliards de dollars d’importations américaines, parmi lesquelles le gaz naturel liquéfié, des produits chimiques, les légumes surgelés et ingrédients alimentaires. A ce stade, Pékin a épargné en revanche les importations de pièces pour avions civils, produits pour la plupart par Boeing. Depuis que Trump et le président chinois Xi Jinping se sont entendus en décembre sur une trêve des sanctions et la poursuite des négociations, la Chine a par ailleurs suspendu ses droits sur les importations de voitures américaines et certaines importations de soja US.

QU’ONT PRODUIT LES NÉGOCIATIONS JUSQU’ICI ?

Les Etats-Unis ont rejeté au printemps 2018 une offre de la Chine d’augmenter ses achats de biens américains, préférant aller à la confrontation avec l’imposition de droits de douane. A Buenos Aires en décembre, les présidents Trump et Xi sont convenus de négocier des questions structurelles, énumérées ainsi dans un communiqué de la Maison blanche : “les transferts de technologie forcés, la protection de la propriété intellectuelle, les cyberintrusions et cybervols, les services et l’agriculture.”

Mais peu de progrès ont été enregistrés sur ces dossiers lors des discussions organisées ce mois-ci à Pékin avec une délégation américaine, les Chinois n’allant pas au-delà de leur proposition d’augmenter leurs achats de produits américains pour rééquilibrer les échanges entre les deux pays.

LA PARTIE AMÉRICAINE ACCEPTERA-T-ELLE UNE SIMPLE HAUSSE DES ACHATS CHINOIS ?

Trump s’est montré optimiste sur un accord, expliquant que le ralentissement de l’économie chinoise pousse Pékin à négocier. Mais les conseillers du président assurent qu’il ne transigera pas sur sa volonté d’obtenir gain de cause sur la propriété intellectuelle et les transferts de technologies. Certains responsables de l’administration, dont le secrétaire au Commerce Wilbur Ross la semaine dernière, ont cherché à tempérer les attentes avant la rencontre de cette semaine, affirmant que les deux pays sont encore très loin d’un accord.

Une revendication clé des Etats-Unis est l’instauration d’un mécanisme de suivi pour vérifier que la Chine met en oeuvre les engagements qu’elle prendra, ce qui perpétuerait la menace de nouveaux tarifs douaniers.

QUELLES ISSUES POSSIBLES CETTE SEMAINE ?

Les deux parties pourraient faire état de progrès vers un accord puisqu’une nouvelle impasse sur les questions structurelles serait mal vue des marchés financiers à un mois de la date butoir du 2 mars. Cela dit, les négociations commerciales se jouent souvent à la dernière minute, si bien qu’un dénouement est peu probable avant la fin février, d’autant que tout accord devra recevoir l’aval des chefs d’Etat. Si des progrès suffisants sont enregistrés, les deux pays pourraient aussi décider de reporter la date limite et de poursuivre les discussions, comme cela avait été le cas l’an dernier dans les négociations pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). (Véronique Tison pour le service français, édité par Eric Faye)

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