September 14, 2018 / 1:57 PM / in 2 months

REPORTAGE-Dix ans après la crise, des millions d'Américains restent surendettés

EAST STROUDSBURG, Pennsylvanie, 14 septembre (Reuters) - M ichael Payne n’en pouvait plus de louer un appartement au 30e étage d’un immeuble délabré de New York dont le propriétaire se contentait de réparer les vitres brisées à l’aide de planches de contreplaqué.

Lorsqu’il y a douze ans, ce conducteur de bus scolaire a vu dans les tabloïds des publicités pour des maisons flambant neuves à moins de 200.000 dollars dans les montagnes de Pennsylvanie, il a sauté sur l’occasion.

Avec sa femme Gail, Michael Payne a contracté un emprunt pour s’offrir une maison de quatre chambres dans une résidence sécurisée avec piscine, court de tennis et club-house.

“C’était le rêve américain”, dit-il aujourd’hui, assis dans son salon.

“Nous nous sentions riches”, ajoute cet homme de 61 ans.

Sa maison bleu pastel à plusieurs niveaux vaut actuellement moins de la moitié de ce que le couple a payé à l’époque, quand la bulle immobilière s’apprêtait à éclater.

Située à 130 km environ de New York, dans le comté de Monroe en Pennsylvanie, elle se trouve dans l’une des zones immobilières les plus fragiles des Etats-Unis, d’après les calculs effectués par Reuters à partir des données d’un des principaux cabinets d’analyse du marché immobilier national, ATTOM Data Solutions.

Plus d’un quart des propriétaires du comté de Monroe sont gravement “submergés” (“underwater”), ce qui signifie que la dette contractée auprès de leur emprunteur est supérieure à la valeur de leur maison.

L’AMÉRIQUE “SUBMERGÉE”

Le monde est globalement sorti de la crise financière de 2008. Des régions américaines alors durement touchées, comme Las Vegas, ou Pittsburgh et Cleveland, dans la “Rust Belt” (ceinture de rouille), ont retrouvé une santé économique insolente.

Mais les Payne, tout comme 5,1 millions d’autres propriétaires aux Etats-Unis, continuent de souffrir des conséquences de la crise des “subprimes”.

A la date du 30 juin, près d’un Américain sur dix ayant contracté un emprunt immobilier était “gravement submergé”, selon ATTOM Data Solutions, la valeur de sa propriété étant inférieure d’au moins 25% à son endettement.

Ce chiffre représente une amélioration par rapport à 2012, quand les prix moyens du marché étaient au plus bas et que la proportion de propriétaires les plus endettés atteignait 29%, soit 12,8 millions de foyers. Mais la proportion actuelle reste deux fois plus élevée que le taux jugé sain par les experts.

“Ce sont les marchés de l’immobilier que la reprise a oubliés”, résume Daren Blomquist, d’ATTOM.

Les régions qui se sont le moins bien remises de la crise sont avant tout les banlieues pavillonnaires et villes-dortoirs de la moitié Est des Etats-Unis, principalement dans le Middle West, le Sud-Est et la région Mid-Atlantic (New York, New Jersey et Pennsylvanie), où la croissance des revenus et des emplois a été plus faible que la moyenne nationale.

“Les marchés qui sont revenus en force sont les marchés côtiers”, déclare Mark Zandi, chef économiste à Moody’s Analytics. Il explique que les restrictions foncières et les ventes à des investisseurs étrangers ont soutenu ces régions.

“Dans le centre du pays, il n’y a pas de restriction de l’offre, ce qui joue sur les prix”, ajoute-t-il.

72.000 DOLLARS

Outre les villes-dortoirs, les communautés militaires affichent de fortes concentrations de propriétaires surendettés.

Sur les dix comtés des Etats-Unis où la proportion de maisons “submergées” est la plus forte, cinq sont situés près de bases militaires et comptent une forte population de militaires d’active ou d’anciens combattants.

Beaucoup de ces familles ont obtenu des financements grâce au ministère américain des Anciens Combattants, qui a validé à tour de bras des emprunts immobiliers.

Il est facile d’ignorer aujourd’hui les victimes de cet effondrement du marché car l’immobilier dans une grande partie des Etats-Unis affiche à nouveau des prix records.

Mais dans l’”Amérique submergée”, les propriétaires sont confrontés à des choix difficiles. En vendant aux prix du marché, ils perdront de l’argent et devront en outre en trouver pour rembourser le solde de leur dette. En faisant défaut sur leur dette, ils seront privés de crédit pour des années.

A East Stroudsburg, en Pennsylvanie, là où habitent les Payne, des maisons cotées 300.000 dollars il y a dix ans sont proposées à 72.000 dollars. Et même à ce prix-là, peu d’acheteurs se présentent, car le crédit facile a disparu.

Gail Payne, éducatrice dans le Bronx, aujourd’hui âgée de 66 ans, part à 05h00 tous les matins de sa maison pour rejoindre New York au volant de son SUV Toyota Rav 4. “Je déteste faire la navette, vraiment”, dit-elle. “Je suis fatiguée.”

Avec Michael, son époux, elle comptait sur la vente de sa maison pour financer leur retraite en Floride. Un rêve qui s’est aujourd’hui envolé. ( Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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