September 10, 2018 / 5:01 AM / 3 months ago

POINT HEBDO-Commerce, Italie et émergents sur le tableau noir des marchés

(Répétition d’une dépêche diffusée vendredi, actualisé avec nouveaux développements sur le commerce)

* La menace de nouvelles taxes US contre la Chine plane toujours

* Les discussions reprendront lundi entre Washington et Bruxelles

* Les émergents à la peine, Wall Street commence à souffrir

* Les investisseurs, rassurés sur l’Italie, attendent la BCE

par Blandine Henault

PARIS, 10 septembre (Reuters) - Commerce, Italie et émergents forment le trio de rentrée des préoccupations des investisseurs et ne devraient pas en sortir avant la fin du mois de septembre, traditionnellement peu favorable aux marchés d’actions.

La semaine qui s’est achevée n’a guère apporté d’éléments susceptibles de détourner l’attention des opérateurs de marché de ces sujets. Les craintes d’un nouveau durcissement du conflit commercial entre Pékin et Washington restent prégnantes avec la menace de mise en oeuvre de tarifs douaniers américains sur 200 milliards de dollars (172 milliards d’euros) de produits chinois supplémentaires.

Donald Trump a indiqué vendredi que ces nouveaux tarifs pourraient intervenir très rapidement, et a évoqué la possibilité de taxer encore de nouveaux produits chinois représentant 267 milliards de dollars (230 milliards d’euros).

Si ces menaces étaient mises à exécution, cela porterait les droits de douane américains sur les importations en provenance de Chine à un total de 517 milliards de dollars.

Parallèlement, les Etats-Unis ont entamé des discussions commerciales avec le Japon tout en poursuivant leurs pourparlers avec le Canada. Les négociations avec l’Union européenne doivent par ailleurs reprendre lundi, concernant notamment les droits de douane visant les importations de voitures.

La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, recevra lundi à Bruxelles le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer pour engager un nouveau cycle de discussions, après le “cessez-le-feu” passé en juillet entre Donald Trump et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Le président américain a jugé fin août que la proposition de l’Union européenne d’éliminer totalement les droits de douanes dans le commerce automobile entre les deux pays n’était pas satisfaisante, ce qui augure de discussions ardues.

“Au total, je m’attends à ce que la situation commerciale empire avant qu’elle ne s’améliore, ce qui pourrait affecter l’économie et les marchés de multiples façons”, prévient Kristina Hooper, responsable mondiale de la stratégie de marché chez Invesco.

EFFET DE CONTAGION

Autre sujet de préoccupation, les turbulences rencontrées par les marchés émergents. Déjà fragilisés par les tensions sur le commerce international et le resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale, ils souffrent en outre des difficultés économiques et politiques spécifiques rencontrés par certains pays, comme l’Argentine, la Turquie et le Brésil.

Une éventuelle contagion à l’ensemble de la sphère émergente n’est pas à écarter, alors que la liste des “pays à risque” s’est allongée avec l’Indonésie ou encore l’Afrique du Sud. Un effet “boule de neige” sur les pays développés n’est pas non plus à exclure.

Wall Street a ainsi marqué le pas cette semaine après sa forme insolente affichée cet été. Le S&P 500 a accusé un repli hebdomadaire de plus de 1%, après avoir pris 3% sur le mois d’août et atteint un plus haut historique.

Pour l’heure, l’économie américaine ne montre aucun signe d’essoufflement avec des indices d’activité ISM au plus haut depuis 2004 et un marché de l’emploi toujours robuste.

Les créations d’emploi ont ainsi rebondi en août aux Etats-Unis et les salaires y ont enregistré leur plus forte croissance annuelle depuis neuf ans, renforçant l’idée selon laquelle l’économie américaine reste dynamique et résiste aux tensions commerciales.

La publication, mercredi, du Livre beige de la Réserve fédérale devrait confirmer la bonne forme de l’économie américaine et conforter les anticipations de deux nouvelles hausses des taux de la Fed d’ici la fin de l’année.

“A l’arrivée toutefois, gardons à l’esprit que la machine économique américaine ne pourra éviter de subir l’impact du ralentissement global”, prévient Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement chez Carmignac.

APAISEMENT SUR L’ITALIE

En zone euro, les signes de ralentissement économique sont déjà clairement visibles. Les tensions commerciales semblent notamment peser sur l’économie allemande, très tournée vers l’export.

Si la croissance du produit intérieur brut de la zone euro a été confirmée à 0,4% au deuxième trimestre, les économistes interrogés par Reuters estiment qu’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine menacerait les perspectives de croissance déjà modestes dans la région.

Les indices de confiance Sentix et ZEW, attendus respectivement lundi et mardi, devraient montrer une dégradation du moral des investisseurs européens et allemands et les chiffres de la production industrielle en zone euro, mercredi, pourraient montrer un nouveau repli.

Seule éclaircie notable sur le front européen, l’Italie semble vouloir s’engager à respecter les règles budgétaires de l’Union européenne pour la préparation de son budget pour 2019.

Mardi, le ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini, a assuré que le gouvernement respecterait “toutes les règles, toutes les contraintes et tous les engagements pris”.

Des propos qui ont eu un impact immédiat sur la dette souveraine italienne: le rendement des BTP à dix ans est tombé à 2,87% contre 3,25% fin août, ramenant le spread avec le rendement du Bund allemand à moins de 250 points de base, contre plus de 290 au début du mois.

La confirmation de la note de Fitch sur la dette de l’Italie a aussi contribué à rassurer.

“Toutefois, il est difficile pour moi de comprendre comment l’Italie va être capable de réconcilier ses besoins et désirs avec les règles de prudence budgétaire aménagées par l’Union européenne”, pointe Kristina Hooper.

Les échéances sur ce dossier restent nombreuses et seront suivies de près.

“L’actualisation du programme de stabilité, le 27 septembre prochain, est très attendue. La Commission européenne rendra son avis fin novembre, alors que S&P et Moody’s s’exprimeront en octobre”, rappelle de son côté Axel Botte, stratège chez Ostrum AM.

LA BANQUE CENTRALE TURQUE ATTENDUE AU TOURNANT

Le risque italien, les tensions commerciales, les incertitudes sur le Brexit et le tassement de l’activité en zone euro devraient pousser la Banque centrale européenne (BCE) et son président, Mario Draghi, à garder un ton relativement accommodant lors de la réunion de politique monétaire de jeudi.

Les stratèges d’UBS estiment que la BCE devrait garder ses options ouvertes en confirmant l’arrêt programmé de ses rachats nets d’actifs à la fin de l’année en fonction des indicateurs économiques et le maintien de ses taux d’intérêt jusqu’à l’été 2019.

“Avec une BCE toujours accommodante, nous n’attendons pas un communiqué de presse susceptible de faire monter l’euro à court terme”, ajoutent-ils.

Le statu quo est aussi attendu du côté de la Banque d’Angleterre (BoE), qui rendra le même jour sa décision de politique monétaire. La BoE a procédé à un relèvement de son principal taux en août et elle a alors paru peu encline à un resserrement monétaire rapide.

Trop d’incertitudes planent encore sur les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (y aura-t-il un accord avant la date de sortie fixée à mars 2019 ?), ce qui devrait nourrir la volatilité sur la livre sterling tout comme les interrogations sur un possible maintien de Marc Carney à son poste de gouverneur de la BoE au-delà de la date prévue pour son départ, en juin prochain.

La semaine sera décidément chargée en annonces de politique monétaire puisque la banque centrale turque devrait annoncer jeudi une hausse de ses taux directeurs pour contrer l’inflation galopante dans le pays.

Les marges de manoeuvre sont toutefois étroites pour l’institution, dont l’indépendance vis-à-vis du président Recep Tayyip Erdogan, qui se décrit lui-même comme un “ennemi des taux d’intérêt”, est mise en doute par beaucoup d’observateurs.

L’absence d’intervention de l’institution en juillet, à la surprise générale, avait provoqué le décrochage de la livre turque et pesé notamment sur les Bourses européennes.

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Edité par Marc Angrand

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