June 8, 2018 / 10:01 AM / 5 months ago

POINT HEBDO-Les "faucons" planent sur les marchés malgré les risques

* Les politiques monétaires sur le devant de la scène

* La Fed, la BCE et la BoJ à l’agenda

* Un ton un peu moins accommodant à prévoir

* Les tensions politiques et commerciales persistent

* Trump à la recherche d’un succès diplomatique

par Patrick Vignal

PARIS, 8 juin (Reuters) - Les “faucons” partisans d’une politique monétaire plus restrictive devraient faire leur grand retour dans le ciel des marchés dans les jours à venir avec un ton un peu moins accommodant à prévoir de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) comme de la Banque centrale européenne (BCE).

Un temps relégué au second plan par les incertitudes politiques en Europe et les tensions commerciales entre les Etats-Unis et le reste du monde, le thème de la normalisation monétaire est l’un des plus sensibles sur les marchés mondiaux.

En témoigne la réaction épidermique des emprunts d’Etat aux déclarations, mercredi, de responsables de la BCE se disant confiants de voir l’inflation atteindre l’objectif de l’institut d’émission, à savoir un peu moins de 2%.

La BCE discutera donc lors de sa réunion monétaire de jeudi de l’arrêt progressif de son programme d’assouplissement quantitatif (QE), a déclaré Peter Praet, chef économiste de l’institution de Francfort.

L’influent président de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann, a pour sa part jugé “plausibles” les anticipations d’un arrêt d’ici à la fin de l’année des achats d’obligations.

Ces opérations, lancées en 2015 et dont le montant global devrait atteindre 2.550 milliards d’euros, ont permis d’éloigner la menace de la déflation tout en soutenant la croissance de l’union monétaire.

Dans le sillage des annonces des responsables de la BCE, le rendement du Bund allemand à dix ans a grimpé jusqu’à 0,5%, renouant avec un plus haut de deux semaines.

UNE MORT LENTE DU QE SE DESSINE

Les marchés monétaires, eux, anticipent désormais une probabilité de 70% d’une hausse de taux de la BCE en juin 2019, contre 50% environ lundi, et de 90% pour juillet 2019.

“Nous attendons, comme l’immense majorité des commentateurs, un prolongement du QE jusqu’à la fin de l’année mais sur des rythmes d’achats plus faibles”, commente Stéphane Déo, stratège de LBPAM.

La BCE, qui quittera son siège de Francfort pour prendre l’air de Riga, capitale de la Lettonie, confirmera probablement ces attentes des marchés mais pourrait ne pas donner de détails, notamment sur le niveau des achats ou leur composition, poursuit-il.

“Si elle le fait, elle se lie les mains et ne pourrait pas réagir si la tension sur les marchés réapparaissait durant l’été. Il faut donc s’attendre à une communication incomplète, les détails viendront probablement plus tard”, dit Stéphane Déo.

Nombreux étaient ceux sur les marchés qui pensaient que la BCE attendrait le mois de juillet pour faire des annonces sur le QE, en raison notamment d’indicateurs récents signalant un tassement de la croissance de la zone euro, des inquiétudes politiques en Italie comme en Espagne et des velléités protectionnistes de Donald Trump.

Le discours de Peter Praet ne peut toutefois pas être ignoré, reconnaissent les analystes de Bank of America Merrill Lynch, qui disent s’attendre à l’arrêt du QE à la fin de l’année avant une première hausse du taux de dépôt, actuellement en territoire négatif, en septembre 2019.

Les taux ne sont pas les seuls à avoir réagi aux signaux lancés par la BCE. L’euro, qui avait souffert de la crise politique italienne, en a profité pour reprendre des couleurs, repassant 1,18 dollar.

L’envol de la monnaie unique n’a pas trop pénalisé dans un premier temps les Bourses de la zone euro, les marchés d’actions saluant une relative accalmie dans la crise politique italienne.

Mais les crispations sont vites revenues, notamment sur le front commercial, Donald Trump jetant encore de l’huile sur le feu en accusant, juste avant un sommet du G7 sous haute tension, la France et le Canada d’imposer des “droits de douane énormes” aux Etats-Unis.

Ce climat lourd, associé à des indicateurs macroéconomiques peu rassurants, a fait repartir à la baisse l’euro et les rendements obligataires mais aussi les actions, l’indice large européen Stoxx 600 s’orientant vers une performance négative sur l’ensemble de la semaine.

Les indices de Wall Street ont mieux résisté, grâce notamment au soutien apporté par les valeurs technologiques, qui gardent le vent en poupe malgré des valorisations élevées et ont aidé le Nasdaq à aligner les records de clôture.

PEU DE SUSPENSE DU CÔTÉ DE LA FED

A l’heure des annonces de la BCE, on connaîtra déjà le verdict de la Fed, dont le comité de politique monétaire (FOMC) se réunit mardi et mercredi, avec nettement moins de suspense.

Une nouvelle hausse de taux de 25 points de base, la deuxième de l’année, est considérée comme acquise par les marchés. L’objectif des “fed funds” devrait donc dépasser le taux d’inflation, pour la première fois depuis dix ans, et provoquer un débat sur la limite au-delà de laquelle la normalisation en cours provoquerait un resserrement des conditions financières susceptible de peser sur la croissance économique.

Les intervenants de marché étudieront donc attentivement les anticipations des décideurs de la Fed sur les hausses de taux à venir (‘dot plots’) et éplucheront également le communiqué de la banque centrale à la recherche d’indices sur les scénarios des prochains épisodes, explique l’analyste Omar Sharif (Société Générale).

Le pilotage des anticipations (“forward guidance”) pourrait être amendé pour qualifier la politique de la Fed de “légèrement accommodante”, et non plus simplement d’”accommodante”, ajoute-t-il.

Si la BCE comme la Fed devraient se ranger, pas trop brutalement cependant, du côté des “faucons”, la Banque du Japon, qui fera ses annonces vendredi prochain, pourrait satisfaire le camp des “colombes” en déclarant comme à chaque fois qu’elle maintiendra une politique accommodante aussi longtemps que nécessaire.

Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, a estimé qu’il serait prématuré d’établir un calendrier de resserrement monétaire tant que l’inflation resterait en dessous de l’objectif de 2%.

TRUMP RÊVE D’UN ACCORD DE PAIX AVEC PYONGYANG

Les débats sur l’évolution des politiques monétaires aux Etats-Unis et en Europe seront alimentés en outre par les chiffres mensuels des prix à la consommation et à la production aux Etats-Unis, mardi et mercredi, puis par ceux de l’inflation en zone euro, vendredi.

Cet agenda surchargé n’empêchera pas Donald Trump de s’inviter dans l’actualité avec le sommet de mardi à Singapour avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

La conclusion d’un accord de paix en bonne et due forme à cette occasion serait un immense succès pour le président américain. Cette victoire diplomatique et médiatique pourrait toutefois le mettre en fâcheuse posture en l’absence d’un engagement ferme de son interlocuteur en faveur du démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.

Les marchés salueraient sans doute une issue positive à ce sommet pittoresque qui serait comme une éclaircie dans un paysage géopolitique et diplomatique assombri par les nuages pesant sur le sud de l’Europe et la menace, brandie par le même Donald Trump, d’une guerre commerciale avec la Chine et d’autres.

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édité par Blandine Hénault

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