June 6, 2018 / 1:56 PM / 4 months ago

Les raffineurs européens tournent le dos au pétrole iranien

par Ron Bousso, Amanda Cooper et Shadia Nasralla

LONDRES, 6 juin (Reuters) - Les raffineurs européens, au premier rang desquels Total, se préparent à arrêter leurs achats de pétrole à l’Iran, fermant ainsi la porte à 20% des exportations de brut de ce pays après l’annonce par les Etats-Unis du rétablissement de sanctions contre la République islamique, a-t-on appris de sources proches des entreprises et des négociants.

Même si les pays européens n’ont pas suivi les Etats-Unis dans leur décision en mai de se retirer de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, banquiers, assureurs et spécialistes du transport maritime rompent progressivement leurs liens avec l’Iran de crainte de subir des représailles américaines.

Les mesures américaines contre le secteur pétrolier iranien entreront en vigueur après une période de transition de 180 jours, qui prendra fin le 4 novembre.

“Nous ne pouvons pas nous permettre de défier les Etats-Unis”, a dit une source haut placée au sein de la compagnie italienne Saras, qui exploite une raffinerie en Sardaigne d’une capacité de 300.000 barils par jour (bpj).

Saras s’efforce de déterminer la meilleure manière de mettre fin à ses achats de pétrole iranien dans la période autorisée de 180 jours, a poursuivi la source, ajoutant: “On ne sait pas encore précisément ce que peut faire l’administration américaine mais dans les faits, nous pourrions avoir des problèmes.”

Une chute des importations européennes de pétrole iranien pourrait compliquer les efforts des pays de l’UE signataires de l’accord de 2015 (France, Allemagne et Grande-Bretagne) pour tenter de convaincre l’Iran de continuer à respecter ce pacte, malgré le retrait des Etats-Unis.

Des raffineurs parmi lesquels le français Total, les italiens Eni et Saras, les espagnols Repsol et Cepsa et le grec Hellenic Petroleum se préparent à arrêter leurs achats de pétrole iranien dès que les sanctions seront rétablies, ont dit les sources.

Ces raffineurs effectuent l’essentiel des importations européennes de brut iranien, qui représentent elles-mêmes environ un cinquième des exportations pétrolières de la République islamique, membre de l’Opep.

Les ventes iraniennes de brut à des acheteurs étrangers ont atteint en moyenne environ 2,5 millions de bpj ces derniers mois, selon des données recueillies par Reuters et l’institut européen de la statistique Eurostat. L’essentiel de ces exportations est allé vers l’Asie.

Ces entreprises européennes, dont la plupart ont signé des contrats de long terme avec la compagnie publique iranienne, vont continuer à acheter des cargaisons de pétrole iranien jusqu’à ce que les sanctions américaines entrent en vigueur, ont dit les sources.

Total, premier raffineur d’Europe, ne compte pas demander de dérogation pour continuer à traiter avec l’Iran au-delà du 4 novembre, selon des personnes ayant une connaissance directe du dossier.

Eni a dit pour sa part avoir un contrat avec l’Iran, expirant à la fin de l’année et portant sur l’achat de deux millions de barils par jour.

Repsol et Hellenic Petroleum ont refusé de s’exprimer.

“Notre activité commerciale se déroule comme d’habitude (...) Nous continuons de respecter strictement le droit et les règlements de l’Union européenne et internationaux”, a dit un porte-parole de Cepsa.

A la différence de Total, certains raffineurs comme Cepsa envisagent de solliciter une dérogation auprès des Etats-Unis pour pouvoir continuer à acheter du pétrole iranien au-delà du 4 novembre afin de respecter leurs engagements contractuels vis-à-vis de l’Iran.

“Avec un contrat de plus long terme en vigueur, nous espérons obtenir une dérogation de six mois”, a dit une source proche de Cepsa. “A partir de novembre, nous ne savons pas si les coupes devront être partielles ou totales.”

Les raffineurs européens pourront substituer aux importations en provenance d’Iran du pétrole de Russie ou d’Arabie saoudite, ont déclaré de leur côté des sources du secteur du négoce.

Même si les raffineurs souhaitaient continuer à acheter du pétrole iranien, ils risqueraient de se heurter aux réticences des banques, des sociétés de transport maritime et des assureurs.

“La question est de trouver un pétrolier et un assureur qui acceptera de le couvrir. Ce n’est assurément pas facile à l’heure actuelle”, a dit une source au sein de Repsol.

Hellenic a dû cesser ses importations de brut iranien car la banque suisse qu’elle utilisait refuse désormais d’effectuer des versements à l’Iran, a déclaré une source sectorielle.

Les importateurs asiatiques de pétrole iranien devraient eux aussi réduire leurs achats. L’indien Reliance Industries , propriétaire du plus grand complexe de raffineries au monde, prévoit ainsi de cesser d’importer du brut d’Iran, ont dit la semaine dernière deux sources proches du dossier.

Avec Ahmad Ghaddar à Londres, Stephen Jewkes à Milan et Angeliki Koutantou à Athènes Bertrand Boucey pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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