June 4, 2018 / 1:47 PM / 4 months ago

LEAD 1-Autolib-Le ton monte entre le groupe Bolloré et Anne Hidalgo

* Hidalgo juge la rallonge demandée par Bolloré “extravagante”

* Bolloré “stupéfait” des déclarations de la maire de Paris, se réfère au contrat

* La mairie de Paris discute de services alternatifs à Autolib

* Paris est libre de changer d’opérateur, comme pour Velib, dit Bolloré (Actualisé avec réaction du groupe Bolloré, détails)

par Gilles Guillaume

PARIS, 4 juin (Reuters) - Le ton est monté d’un cran lundi entre le groupe Bolloré et la maire de Paris Anne Hidalgo sur la dérive financière des voitures électriques en libre service Autolib.

Le groupe industriel s’est dit stupéfait des propos de la maire de la capitale qui, dans une interview au quotidien Les Echos de lundi, qualifie “d’extravagante” la rallonge publique demandée par l’opérateur des célèbres petites voitures grises.

Le journal Le Monde a rapporté la semaine dernière que Vincent Bolloré réclamait 40 millions d’euros par an à Paris et aux communes de banlieue concernées pour éponger le déficit du service Autolib, imputable à des problèmes de gestion des flux de voitures et à un nombre de locations insuffisant.

“Le groupe Bolloré a pris connaissance avec stupéfaction des déclarations d’Anne Hidalgo et du syndicat mixte autolib Velib”, dit-il dans un communiqué.

“Il tient à rappeler que par contrat signé entre les parties il est clairement précisé que le groupe Bolloré, qui devait déjà financer les investissements, ne pouvait prendre à sa charge plus de 60 millions d’euros de pertes de ce service de transport public.”

Le groupe Bolloré ajoute qu’il alerte depuis trois ans le syndicat (mixte d’Autolib) “de la dérive financière du service sans qu’aucune mesure ne soit prise et regrette cette polémique”.

Interrogée par Les Echos sur ce litige, Anne Hidalgo répond que s’il pouvait être entendu que les villes subventionnent une offre de transports publics, “la somme demandée par l’entreprise est extravagante”.

“Au-delà du coût, je veux poser la question du modèle”, ajoute-t-elle. “Ce dispositif devait être rentable. Force est de constater qu’il ne l’est pas. Sûrement a-t-il été percuté par d’autres évolutions technologiques et de la mobilité (...) Le fait est qu’aujourd’hui, il est sérieusement questionné.”

“FREE FLOATING”, LE SALUT ?

Ce questionnement a déjà conduit la maire à engager des discussions avec des constructeurs automobiles pour réfléchir à des alternatives au système Autolib, notamment des offres en “free floating” - sans espace dédié pour prendre ou ramener un véhicule - qui serait porté à 100% par des acteurs privés.

“Il y a des discussions avec différents constructeurs”, déclare Anne Hidalgo, sans préciser lesquels.

“Beaucoup de constructeurs automobiles veulent innover et nous demandent de les accueillir et de les accompagner. Il faut donc se projeter dans un nouveau modèle, qui réponde aux usages des habitants et qui doit être performant sur le plan économique.”

Elle rejette au passage l’idée d’un système basé sur des subventions publiques, préférant “que les industriels tentés par ce type de système en assurent la gestion et la rentabilité”.

Concernant le calendrier, Anne Hidalgo laisse entendre que ces offres pourraient être mises en oeuvre “bien plus vite” que 2023, date de la fin du contrat avec le groupe Bolloré.

“Des constructeurs ont des propositions opérationnelles, il n’y a aucune raison d’attendre.”

Les groupes automobiles à travers le monde ont aujourd’hui tous investi directement ou noué des partenariats pour faire face à l’émergence de nouvelles formes d’usage des voitures en zone urbaine.

Renault propose “Mobility”, un système de location en libre-service à l’heure ou à la journée, tandis que PSA dispose lui aussi d’une application d’autopartage, “Free2Move”.

Renault et PSA n’étaient pas en mesure dans l’immédiat de faire un commentaire sur ce dossier.

Dans son communiqué, le groupe Bolloré ajoute que la mairie peut très bien choisir un autre opérateur.

“Comme pour Velib, qui a été récemment reconcédé à un tiers, le syndicat peut parfaitement reconcéder s’il le souhaite le service Autolib à un nouvel opérateur”, a-t-il indiqué, en référence au libre-service de vélo dont la nouvelle génération peine beaucoup à être déployer.

Le passage à Paris des vélos en libre-service Vélib’ du groupe JCDecaux au nouvel opérateur Smovengo souffre de profonds retards et excède depuis plusieurs mois les usagers.

La concurrence des vélos en “free floating” - sans borne d’attache - s’organise et, selon Le Parisien, la mairie va expérimenter prochainement dans deux arrondissements parisiens la création d’espaces délimités pour éviter que les concurrents du Velib’ ne soient garés de manière anarchique sur les trottoirs. (Edité par Dominique Rodriguez)

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