June 1, 2018 / 1:04 PM / 5 months ago

POINT HEBDO-Les risques politique et commercial préparent les marchés à un été incertain

* Semaine volatile avec les développements politiques en Italie

* Des incertitudes demeurent après l’accord de gouvernement à Rome

* Le Stoxx et le CAC 40 ont terminé le mois de mai dans le rouge

* Les tensions commerciales restent fortes

* Les doutes sur la croissance aussi

par Blandine Henault

PARIS, 1er juin (Reuters) - Les turbulences politiques italiennes et les nouvelles tensions sur le commerce international ont mis à mal le rally printanier des actions européennes au moment même où les interrogations vont croissantes sur le cycle économique.

L’approfondissement de la crise en Italie avec l’échec de la première tentative de gouvernement de coalition entre le populiste Mouvement Cinq Etoiles (M5S) et la Ligue d’extrême droite, a provoqué un brutal regain d’aversion au risque sur les marchés, qui avaient fait montre jusque là d’une relative complaisance face au risque politique dans la péninsule.

Le dénouement inattendu qui a suivi, le M5S et la Ligue étant finalement parvenus à former un gouvernement, éloigne certes la perspective de nouvelles élections législatives redoutée par les investisseurs mais ne lève pas toutes les incertitudes.

“Restent deux questions majeures pour les marchés: dans quelle mesure les propos de campagnes se traduiront dans les décisions ? Pour les marchés on pense surtout aux décisions en termes de trajectoire budgétaire. (...) Combien de temps peut durer un tel gouvernement ?”, relève Stéphane Déo, stratège chez LBPAM.

Les rendements de la dette italienne se sont littéralement envolés ces derniers jours avant que l’annonce de la formation d’un gouvernement ne provoque un soulagement perceptible.

Celui des emprunts d’Etat italiens à dix ans est pratiquement revenu vendredi à ces niveaux du début de la semaine, autour de 2,6%, après une poussée à 3,388%, un plus haut de cinq ans.

UN MOIS DE MAI DANS LE ROUGE

Sur les Bourses, le risque politique italien est allé jusqu’à faire trembler Wall Street, dont les banques ont connu une journée noire mardi sur fond de baisse des rendements obligataires américains.

En Europe, le Stoxx 600 a finalement clos le mois de mai, entamé en fanfare, sur un repli de 0,59%. Le CAC 40 a pour sa part reculé de 2,21% le mois dernier, un scénario improbable encore début mai, lorsque l’indice avait touché un plus haut depuis décembre 2007.

Malgré l’accalmie observée en fin de semaine sur le front italien, les marchés ont par ailleurs été rattrapés par le dossier persistant des tensions commerciales, avec le durcissement de ton de Washington.

Les Etats-Unis ont décidé d’instaurer dès le 1er juin des droits de douane de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium importés aux Etats-Unis par l’Union européenne, le Canada et le Mexique.

Les trois partenaires, qui avaient jusque là profité d’exemptions, ont tour à tour annoncé des mesures de représailles, alimentant les craintes de guerre commerciale.

“On peut évidemment se rassurer en disant que tout ceci a déjà été pris en compte (...). Il n’empêche qu’on ne peut pas à la fois faire preuve de vigilance face à des indicateurs conjoncturels décevants et s’interroger sur le moment de la fin de la phase haussière du cycle et ne pas être alors préoccupé par les développements à même de renforcer ces interrogations”, pointe Hervé Goulletquer, chez LBPAM.

Car si les risques politique et commercial ont dominé ces derniers jours, les interrogations des investisseurs sur le ralentissement perceptible de l’économie n’ont pas cessé pour autant.

RALENTISSEMENT OU FIN DE CYCLE ?

La croissance du produit intérieur brut des Etats-Unis a ainsi été annoncée encore plus faible que prévu au premier trimestre, à 2,2% en rythme annualisé, contre 2,3% en première estimation.

Les chiffres révisés du PIB de zone euro sur la même période ne seront connus que jeudi mais l’estimation initiale, à +0,4% par rapport au trimestre précédent, fait déjà ressortir un tassement de l’activité.

De son côté, l’OCDE a légèrement réduit sa prévision pour la croissance de l’économie mondiale en 2018 en raison du ralentissement intervenu en début d’année.

Il reste à savoir si ce ralentissement est temporaire, comme le pense l’OCDE et comme le suggèrent les récents indicateurs aux Etats-Unis, ou s’il s’agit des premiers signes d’un retournement durable du cycle économique.

“La question majeure pour les six prochains mois sera la macroéconomie”, prévient ainsi Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac.

“Beaucoup d’indicateurs convergent vers l’idée que l’on est en haut de cycle. Aux Etats-Unis, l’investissement n’accélère pas et la consommation ralentit en dépit des mesures de l’administration Trump. Les derniers PIB et PMI en Europe n’ont pas été très bons et la Chine ralentit, de façon délibérée certes, mais il s’agit d’un ralentissement tout de même”.

POUSSÉE INFLATIONNISTE

“Le principal risque est que le marché soit déçu par la croissance au second semestre”, avertit Didier Saint-Georges.

Un tel scénario dans le contexte des incertitudes entourant la politique en Italie risque d’être dangereux, estime le gérant.

“Si le ralentissement se confirme, les pays les plus fragiles et les plus faibles sont ceux qui souffriront le plus sur le marché de la dette. L’Italie, qui n’a toujours pas retrouvé son niveau de PIB d’avant la crise, est fragile de ce point de vue là, quel que soit le gouvernement”.

D’autant que les banques centrales risquent de ne pas être d’un grand secours en cas de ralentissement, car elles sont loin d’avoir reconstitué leurs marges de manoeuvre.

La poussée inflationniste observée en mai, aussi bien en zone euro qu’aux Etats-Unis, pourrait certes leur donner des arguments pour accentuer leur resserrement monétaire.

Outre-Atlantique, l’indice “core” PCE des prix à la consommation - une des mesures d’inflation favorites de la Réserve fédérale - a augmenté de 0,2% sur un mois, contre +0,1% attendu.

Et la publication du rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis a montré une accélération plus forte que prévu de la hausse du salaire horaire moyen, qui a atteint 0,3% en mai.

En zone euro, l’inflation a augmenté nettement plus que prévu le mois dernier, tirée notamment par la hausse des cours du pétrole. Elle est ressortie à 1,9% en rythme annuel, contre 1,2% en avril.

“Il est possible que, d’ici l’été, il y ait des chiffres d’inflation élevés un peu partout, ce qui ne donnera pas la possibilité de se mettre sur l’obligataire. Il n’y aura donc pas de solution toute simple alors qu’on aura difficilement un consensus du marché sur la prochaine phase du cycle”, relève Didier Saint-Georges.

“Si on est vraiment sur un point d’inflexion du cycle, la période estivale risque d’être inconfortable”, avertit le gérant.

Voir aussi:

*ENQUÊTE-La part des actions dans les portefeuilles au plus bas depuis 9 mois

*ENQUÊTE-Les actions européennes devraient clore 2018 juste au-dessus du pic de janvier

*ENQUÊTE-Wall Street devrait repartir de l’avant, hausse attendue en 2018

Édité par Marc Angrand

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