May 28, 2018 / 4:28 PM / 6 months ago

Les futures élections italiennes, un référendum sur l'euro ?

par Steve Scherer

ROME, 28 mai (Reuters) - Les élections législatives anticipées qui auront lieu à l’automne ou au début de l’an prochain en Italie sont la conséquence du refus du président Sergio Mattarella d’accepter l’eurosceptique Paolo Savona comme ministre de l’Economie.

Le Mouvement 5 Etoiles (M5S) anti-système et la Ligue d’extrême droite, qui avaient difficilement élaboré un “contrat de gouvernement” après le scrutin du 4 mars, ont vu s’envoler, du moins provisoirement, leurs espoirs de diriger le pays avec comme devise “les Italiens d’abord”.

Pour diriger un gouvernement de transition chargé de faire voter le budget 2019 et d’organiser de nouvelles élections, le chef de l’Etat a choisi Carlo Cottarelli, un ancien du Fonds monétaire international (FMI), résolument pro-européen.

Ce choix n’est pas de nature à apaiser la colère de Luigi Di Maio, le chef de file du M5S qui a appelé à des manifestations pacifiques pour dénoncer le veto du président, et de Matteo Salvini, le chef de la Ligue.

Furieux, s’estimant volés, les deux partis qui étaient rivaux lors de la dernière campagne électorale se demandent cette fois s’ils n’iront pas ensemble au combat.

“Les élections qui viennent seront un véritable référendum (...) entre ceux qui veulent que l’Italie soit un pays libre et ceux qui veulent une Italie asservie, réduite en esclavage”, a affirmé Matteo Salvini.

“Aujourd’hui, l’Italie n’est pas libre, elle est occupée financièrement par les Allemands, les Français et les eurocrates”, a-t-il ajouté.

“MENACE POUR LA ZONE EURO”

Lundi matin, l’idée que l’Italie, troisième économie de la zone euro, ne serait pas dirigée par un gouvernement hostile à l’euro a fait monter les marchés mais ceux-ci ont ensuite perdu à nouveau du terrain, réalisant qu’il ne s’agissait-là que d’une solution à court terme.

A Milan, le Footsie Mib a chuté de 2,08%, portant à 10,6% son plongeon depuis un pic annuel le 7 mai et effaçant quasiment l’intégralité de ses gains depuis le début de l’année.

“Les prochaines élections vont ressembler, de facto, à un référendum sur l’Union européenne et sur l’euro”, estime Francesco Galietti, du cabinet d’études Policy Sonar à Rome. “C’est une menace pour l’existence même de la zone euro dans son ensemble.”

Depuis le dernier scrutin législatif, les sondages montrent que la Ligue s’est renforcée, avec 24% des intentions de vote contre 17% de suffrages obtenus le 4 mars. Le M5S, lui, reste à environ 32%.

“Si nous devons retourner aux urnes à cause d’un veto contre Savona, alors ils (les partis anti-établissement) recueilleront 80% des voix”, a averti samedi dernier l’ancien président du Conseil Massimo D’Alema.

De nombreux Italiens interrogés dans la rue ne cachent pas leur déception ou leur colère.

“Le président a vendu le pays”, déclare ainsi Giancarlo Sacco, 54 ans, qui possède un café dans le centre de Rome. Il n’est pas question de sortir de la zone euro, ajoute-t-il, mais “il faut que l’Italie soit de nouveau respectée”.

La décision de Mattarella de refuser la nomination de Savona au ministère de l’Economie a placé la monnaie commune au centre du débat, alors que le sujet avait été en partie évité lors de la dernière campagne électorale.

“LE COEUR CONTRE LE PORTEFEUILLE”

“L’adhésion à l’euro est un choix fondamental”, a affirmé le chef de l’Etat lundi matin dans une allocution télévisée. Si nous voulons en discuter, alors, nous devons le faire de façon sérieuse.”

En février dernier, Matteo Salvini avait présenté l’adhésion de l’Italie à l’euro comme une “erreur” économique.

Le M5S, pendant la campagne, avait renoncé à son idée de référendum sur la monnaie commune mais son fondateur, Beppe Grillo, a, depuis lors, ressorti ce projet.

Sur les réseaux sociaux, la tension est montée d’un cran. Des menaces de mort ont été proférées contre le président de la République.

Mais d’autres Italiens disent comprendre la décision du chef de l’Etat.

“Je suis tout à fait pro-européenne et je pense que l’Italie doit rester liée à l’Europe”, dit Irene Teramo, une commerçante interrogée sur un marché de Rome.

“Dans son coeur, l’électeur moyen est probablement du côté des forces anti-établissement mais quand il pense à son portefeuille, c’est peut-être autre chose... Dans la prochaine élection, ce sera le coeur contre le portefeuille”, résume Francesco Galietti. (Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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