May 24, 2018 / 1:48 PM / 3 months ago

LEAD 1-La BCE décèle des risques macroéconomiques et politiques

* La BCE n’exclut pas un affaiblissement de la demande

* La BCE juge la croissance toujours solide

* Peter Praet voit des “nuages” politiques

* Les Etats endettés constituent un risque-Rapport BCE (Actualisé avec précisions, Peter Praet, rapport de stabilité)

par Balazs Koranyi et Francesco Canepa

FRANCFORT/BRUXELLES, 24 mai (Reuters) - L’économie de la zone euro continue de croître mais un ralentissement plus prononcé ne peut être exclu et l’incertitude politique dans des pays comme l’Italie pourrait saper la confiance, estime la Banque centrale européenne (BCE).

La BCE effectue depuis mars 2015 des rachats massifs d’actifs dont le montant cumulé, de l’ordre de 2.550 milliards d’euros, arrive à échéance en septembre.

Mais un ralentissement inattendu de l’économie de la zone euro, les tensions commerciales internationales et les craintes de voir un dérapage budgétaire en Italie risquent de lui mettre un bâton dans les roues.

S’employant à minimiser les inquiétudes, la BCE assure que la croissance reste solide et généralisée mais elle souligne qu’un ralentissement plus prononcé reste possible, en raison notamment de tensions sur les capacités productives, et que l’incertitude grandit.

“Il y a des signes de tassement de la demande, ce qui justifie un suivi”, observe la BCE dans le compte rendu, publié jeudi, de sa réunion de politique monétaire du 26 avril. “Un affaiblissement plus prononcé de la demande, notamment lié à des facteurs externes, ne peut donc être exclu.”

“La modération de la croissance semble être généralisée à tous les pays et tous les secteurs”, lit-on encore dans les “minutes” de sa réunion.

Les indicateurs économiques, que ce soient le PIB ou encore les indices PMI, indiquent également un important ralentissement et la question est de savoir si l’activité se stabilisera à un rythme plus faible ou si la situation va se dégrader, après une forte croissance dont la cadence ne pouvait pas être maintenue.

Pour le moment, des responsables de la BCE minimisent les choses, arguant que la croissance des Dix-Neuf encore supérieure au potentiel. La BCE pourrait donc bien mettre un terme à ses achats d’actifs avant la fin de l’année car les pressions inflationnistes continueront en principe de se renforcer.

Mais, en privé, ils disent qu’en raison du ralentissement économique, une première hausse des taux d’intérêt pourrait survenir plus tard que prévu et que la trajectoire globale des taux risque d’être moins pentue puisque la BCE pourrait difficilement se permettre un resserrement radical des conditions financières.

Les marchés ont repoussé leur prévision d’une hausse des taux d’avril à juin 2019 mais les analystes interrogés par Reuters tablent encore, à une écrasante majorité, sur la fin des rachats d’obligations cette année après une période transitoire courte.

“NUAGES”

Alors qu’un nouveau gouvernement “anti-système” s’apprête à prendre ses fonctions en Italie sur la promesse d’une réduction des impôts, d’une augmentation des dépenses publiques et d’une remise en cause de la réforme des retraites, Peter Praet, chef économiste de la BCE, voit quelques “nuages” à l’horizon.

Ces nuages prennent la forme de la politique que le gouvernement de coalition formé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S) compte mener et des tensions commerciales internationales.

“Les conditions économiques restent bonnes”, a déclaré Peter Praet à Bruxelles. “Il y a des nuages ​​et nous devrions être vigilants parce que cela peut affecter la confiance d’une manière plus radicale.”

Dans un rapport publié ce même jeudi, la BCE met en garde les Etats endettés de la zone euro qui desserrent les cordons de la Bourse au risque de tomber en disgrâce auprès des investisseurs, surtout si la croissance économique ralentit.

L’institut d’émission classe la Belgique, la France, l’Italie et le Portugal comme étant des pays susceptibles d’enfreindre les règles budgétaires de l’Union européenne.

Le rendement de l’emprunt allemand à dix ans, référence pour l’ensemble de la zone euro, est revenu à 0,503% après la publication du compte rendu, contre 0,511% quelques minutes avant. Sur le marché des changes, l’euro, à 1,1726 dollar, conserve une hausse 0,27% face au billet.

Le rendement des obligations italiennes à 10 ans a atteint un sommet de 14 mois en début de semaine, en raison des risques politiques croissants qui pèsent sur le pays. Il a rétrogradé jeudi après les déclarations du futur président du conseil, Giuseppe Conte.

Selon Peter Praet, la marge de manoeuvre de Rome pour stimuler la demande est limitée en raison du poids de la dette publique. Il a cependant ajouté que la BCE était en mode “attentiste” car le programme du nouveau gouvernement italien est chiche en détails financiers.

La prochaine réunion monétaire de la BCE est prévue le 14 juin mais le sort du programme d’achats d’actifs ne devrait pas être tranché avant la suivante, celle du 26 juillet. (Claude Chendjou pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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