May 25, 2018 / 10:59 AM / 2 months ago

POINT HEBDO-Pas de panique, mais tout se complique pour les marchés (actualisé)

(Actualisé avec Espagne, variations hebdomadaires du Stoxx 600 et du CAC 40)

* Les risques géopolitiques et protectionnistes au premier plan

* Le risque italien difficile à évaluer

* L’heure des décisions approche pour la Fed et la BCE

* Le pétrole complique la donne sur les prix et la consommation

* Inflation européenne et emploi américain à surveiller

par Marc Angrand

PARIS, 25 mai (Reuters) - De l’annulation du sommet Trump-Kim aux changements de ton successifs sur le commerce international en passant par les nouveaux signes de divergence entre les économies américaine et européenne et les risques politiques italien et espagnol, les marchés financiers, après une semaine agitée, devraient rester exposés aux mêmes influences avant les rendez-vous monétaires de juin.

Pour les actions européennes, ce contexte aura favorisé un mouvement de repli logique après une phase de hausse inhabituellement régulière et longue: l’indice Stoxx 600 , qui a enchaîné huit semaines consécutives de progression, a perdu 0,91% sur la semaine, le CAC 40 à Paris cédant pour sa part 1,28%.

Les prises de bénéfice ont été favorisées entre autres par les mauvaises nouvelles venues de Washington avec, à quelques heures d’intervalle, la menace d’une taxation des importations automobiles aux Etats-Unis puis l’annulation du sommet prévu à Singapour entre les dirigeants américain et nord-coréen, venue rappeler aux investisseurs qu’il était trop tôt pour classer les dossiers géopolitiques chauds des derniers mois.

Même constat pour les tensions commerciales, la nouvelle menace de l’administration américaine ayant sapé les espoirs d’apaisement rapide des tensions entre Washington et Pékin.

“Nous pensons toujours que l’agressivité américaine est une posture et un préalable pour négocier”, tempère Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué en charge des gestions chez OFI Asset Management. “Mais si les choses se passent mal, rappelons que les conséquences seraient très négatives et c’est ce scénario qui peut peser sur les marchés”.

Ce double coup de froid géopolitique et commercial, susceptible de freiner la croissance et de doper l’inflation, tombe mal pour les grandes économies de la zone euro, dans lesquelles se multiplient les signes de ralentissement de la croissance.

Les indices PMI “flash”, notamment, ont déçu les attentes, ce qui a fait baisser à la fois la probabilité estimée d’une hausse de taux de la Banque centrale européenne (BCE), les rendements des emprunts d’Etat du bloc et la monnaie unique.

La BCE a elle-même reconnu que la croissance des 19 pourrait encore ralentir même si elle reste solide et généralisée.

Les statistiques mensuelles du crédit au secteur privé (mardi) puis les premiers chiffres de l’inflation en Allemagne (mercredi) et dans l’ensemble de la zone euro (jeudi) devraient compléter le tableau à deux semaines du prochain Conseil des gouverneurs, à l’issue duquel la banque centrale pourrait préciser ses intentions quant à l’arrêt de ses achats d’actifs.

Les doutes récurrents sur la capacité de la BCE à resserrer sa politique monétaire tranchent avec la confiance apparente du marché dans la trajectoire des taux américains, confortée mercredi par les “minutes” de la Réserve fédérale.

Cette dernière a simultanément laissé entendre qu’elle était prête à relever de nouveau le taux des “fed funds” en juin et qu’elle ne prévoyait pas d’accélérer la hausse du coût du crédit en dépit d’une accélération possible de l’inflation.

QUEL EFFET PÉTROLE SUR L’INFLATION ET LA CONSOMMATION?

La hausse des prix aux Etats-Unis devrait en effet être dopée entre autres par l’envolée des prix pétroliers ces derniers mois (+25% depuis la mi-février pour le Brent, et surtout +80% en moins d’un an), ce qui risque d’annuler, pour le consommateur américain, l’effet positif de la réforme fiscale de l’administration Trump.

De ce point de vue, le Livre beige de la Fed mercredi, les statistiques des revenus et dépenses des ménages aux Etats-Unis, jeudi, qui incluent l’indice des prix PCE, et celles de l’emploi, vendredi, seront sans doute étudiées avec attention.

“Plus que jamais, ce seront probablement les anticipations d’inflation qui seront au coeur des stratégies”, explique Jim Leaviss, directeur de l’équipe obligataire de M&G Investment.

Pour les marchés obligataires, européens en particulier, l’une des principales inconnues reste l’arrivée, lentement mais sûrement, d’un gouvernement populiste et eurosceptique aux affaires en Italie, avec à sa tête un novice en politique, le juriste Giuseppe Conte.

L’approbation par le président italien de la nomination de ce dernier à la présidence du Conseil n’a permis qu’une brève détente du “spread” (l’écart de rendement) entre les emprunts à dix ans italiens et allemands, qui a dépassé vendredi les 200 points de base pour la première fois depuis près d’un an.

Le nouveau gouvernement sera en effet soutenu par une majorité très faible alliant deux partis en désaccord sur de nombreux dossiers, et il risque de creuser les déficits publics tout en affichant son euroscepticisme face aux autres pays de l’Union.

Les économistes et les stratèges obligataires s’efforcent de mesurer le potentiel de hausse des rendements souverains italiens et de contagion au reste de la zone euro, périphérie en tête, avec comme référence les déboires de la Grèce plus souvent que le spectaculaire redressement portugais de ces dernières années.

“Comme Alexis Tsipras en Grèce, il est probable que les deux partenaires de la coalition cèderont aux pressions des marché et des agences de notation (...) et se montreront plus conciliants qu’attendu”, estime par exemple Cyril Regnat, l’un des responsables de la stratégie taux de Natixis.

Pour Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF, le risque italien est asymétrique: “on peut espérer un peu de réduction du risque politique si le gouvernement penche vers le compromis mais redouter une forte dégradation s’il penche vers la confrontation. Il est à craindre qu’il faille en passer par une phase de tensions avant que la raison l’emporte.”

Morgan Stanley, de son côté, estime qu’un dépassement durable du seuil des 2,4% par le rendement à dix ans italien implique un risque de contagion par le biais des banques italiennes, de très importants créanciers obligataires de l’Etat.

L’un des premiers tests grandeur nature de la confiance placée par les marchés dans le nouvel exécutif aura lieu mercredi avec des adjudications du Trésor italien.

L’Europe du Sud cristallise les inquiétudes politiques avec non seulement l’Italie mais aussi l’Espagne où l’annonce, vendredi, du dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement a fait reculer la Bourse de Madrid et grimper le rendement des emprunts d’Etat espagnols à dix ans .

A surveiller aussi au cours des jours à venir, la réaction des marchés émergents à la hausse du dollar et des rendements américains.

La décision surprise de la banque centrale turque de relever l’un de ses taux d’intérêt de 300 points de base, à 16,5%, a freiné la baisse de la livre sans apaiser toutes les craintes, loin de là, à un mois tout juste de l’élection présidentielle anticipée.

Voir aussi:

*Décote italienne sur l’euro? Un détour par le franc suisse

*ENQUÊTE-Une chance sur trois d’une récession aux USA dans les deux ans

*ENQUÊTE-La BCE en finira avec le QE cette année malgré l’inflation faible

*Gestion-Les flux ne signalent pas de regain d’appétit pour le risque-BAML

*ENTRETIEN MARCHÉS-Attention aux signaux d’alerte sur les actions US-Fidelity

Edité par Patrick Vignal

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below