May 16, 2018 / 2:35 PM / in 4 months

ENTRETIEN MARCHÉS-Pas de catastrophe en vue mais attention à l'Italie-Martin Currie

* Pas de marché baissier à l’horizon en Europe

* Une petite correction possible toutefois à court terme

* Le risque italien encore sous-évalué

* Les valeurs cycliques ont moins la cote

par Patrick Vignal

PARIS, 16 mai (Reuters) - Les marchés d’actions européens ne sont pas menacés par une correction majeure à moyen terme, même si un petit coup de chaud n’est pas à exclure dans les semaines qui viennent, en raison notamment de la situation politique en Italie, estime le gérant d’un fonds action européennes pour Martin Currie, filiale de Legg Mason.

Michael Browne, gérant du fonds European Absolute Alpha, dit ne pas croire du tout au scénario, brandi par certains, de l’avènement d’un marché baissier dans les mois qui viennent.

“En Europe, nous sommes dans la partie intermédiaire du cycle, la plus longue, dans laquelle on observe une croissance modérée mais constante, un peu d’inflation et des valorisations qui baissent légèrement”, dit-il.

“Ces phases se terminent inévitablement par une grosse bulle et tout qui dérape mais nous n’en sommes pas là, loin de là. Ce cycle est long et la pente vers le sommet n’est pas très raide”, ajoute-t-il.

Un accident est cependant possible avant l’été, dit-il en pointant du doigt l’alliance qui se dessine en Italie entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S), formation antisystème, et la Ligue, parti d’extrême droite.

“Les statistiques montrent qu’il y a un effet du mois de juin, qui peut s’expliquer par l’envolée des promesses de début d’année et d’autres facteurs. Il y a très souvent un petit coup de chaud ce mois-là, et beaucoup d’éléments sont réunis pour que ce soit à nouveau le cas, même si ce ne sera pas la fin du monde”, dit-il.

“L’élément le plus préoccupant à court terme est la situation politique en Italie qui, de manière assez surprenante, n’avait pas provoqué de réaction significative sur les marchés jusqu’à cette semaine. Si vous y ajoutez un marché actions européen exagérément haussier, vous avez tous les ingrédients pour une bonne petite correction.”

UNE ÉCONOMIE RÉSISTANTE AUX CHOCS

L’économie européenne offre des garanties de résistance à des corrections ponctuelles mais aussi à des risques extérieurs, comme un retournement du marché actions aux Etats-Unis, où le cycle économique est beaucoup plus avancé, fait valoir Michael Browne.

“Nous, en Europe, sommes relativement bien placés pour résister à un choc”, dit-il. “La croissance est là, les bilans de nos banques sont solides, les stocks sont bas et l’endettement des consommateurs est très faible. Si vous y ajoutez des gouvernements en capacité de recourir à une stimulation budgétaire, vous obtenez un système bien équipé pour affronter des perturbations venues de l’extérieur”.

Même les signes récents d’un tassement de la croissance en Europe n’inquiètent pas le gérant, qui reste persuadé que la Banque centrale européenne pourra entamer en septembre la sortie de son programme de rachats d’actifs avant de relever graduellement ses taux à partir de 2019.

“L’Europe entre dans un univers avec un peu plus de volatilité et avec des risques qui ne sont peut-être pas tous correctement évalués mais on ne va pas tomber de la falaise”, dit-il.

“L’économie allemande a ralenti un peu, en particulier parce qu’il n’y avait pas de gouvernement, mais elle va bien, tout comme celle de la France et c’est la même chose pour l’Espagne. Si vous regardez le paysage européen dans sa globalité, il n’y a aucune raison de céder à la panique”.

DES PORTEFEUILLES À REMANIER

Pour en revenir au marché actions, le cadre est un peu moins paradisiaque que l’an dernier avec des bénéfices qui restent corrects mais dont la croissance ralentit et une inflation qui commence à se réveiller, résume Michael Browne.

“Dans ce type d’environnement, où la pression sur les bénéfices se fait sentir, il faut modifier légèrement la composition des portefeuilles en s’éloignant des valeurs cycliques, notamment dans l’industrie, les ressources de base et l’alimentaire, avec aussi une méfiance pour le secteur de la distribution traditionnelle, qui entre douloureusement dans une nouvelle ère”, dit-il.

“Je ne pense pas qu’il faille nécessairement privilégier les valeurs défensives mais davantage les valeurs qui savent naviguer dans l’environnement actuel, qui continuent à faire progresser leurs bénéfices et qui offrent des perspectives de croissance à des prix qui restent raisonnables”, dit-il avant de citer en exemple deux valeurs françaises, L’Oréal et LVMH mais aussi l’allemand Adidas et le suisse Sika.

En termes de pays, si l’Italie est l’endroit à surveiller dans l’immédiat, celui qui présente le plus de risques à long terme est le Royaume-Uni en raison du processus de sortie de l’Union européenne qu’il a enclenché, dit Michael Browne.

“Le gros souci, c’est clairement le Royaume-Uni”, dit-il. “Vous avez un pays qui est la deuxième économie d’Europe, qui sous-performe et qui s’est engagé dans un changement structurel dont nul ne sait quelles seront les conséquences”.

édité par Blandine Hénault

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