April 5, 2018 / 3:47 AM / 6 months ago

Pékin a l'atout dette dans sa guerre commerciale avec Washington

par Trevor Hunnicutt et Kate Duguid

NEW YORK, 5 avril (Reuters) - Il a fallu une demi-journée à la Chine pour riposter à l’administration Trump pour avoir annoncé des droits de douane sur quelque 1.300 produits chinois, mais Pékin s’est abstenu de toucher à sa principale importation américaine : la dette publique des Etats-Unis.

Onze heures après l’annonce par le représentant américain au Commerce (USTR) de l’instauration de droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars de produits venus de Chine, la Chine a riposté avec sa propre liste de taxes similaires sur ses principales importations américaines: soja, avions, voitures, viande bovine et produits chimiques.

Dans cette bataille qui a commencé avec la décision des Etats-Unis de taxer leurs importations d’aluminium et d’acier, la Chine garde un atout dans sa manche : une grande quantité de dette souveraine émise par le Trésor américain.

La Chine détenait environ 1.170 milliards de dollars (950 milliards d’euros) d’obligations du Trésor américain à la fin janvier, ce qui en fait le créancier étranger numéro un des Etats-Unis et le deuxième propriétaire de titres du gouvernement américain après la Réserve fédérale des Etats-Unis.

Selon Jeffrey Gundlach, le patron de DoubleLine Capital LP, la Chine a plutôt intérêt à conserver ses titres du Trésor.

“C’est plus efficace en tant que menace. Si (les Chinois) vendent, ils ne peuvent plus menacer”, commente celui qu’on surnomme à Wall Street le roi de l’obligation. “Cela ne ferait qu’aggraver la situation et supprimerait leur avantage.”

Jeff Klingelhofer, gestionnaire de portefeuille chez Thornburg Investment Management, est du même avis.

“Si (la Chine) voulait appuyer sur le bouton nucléaire, si elle était déterminée à liquider ses bons du Trésor, cela aurait un impact immédiat et temporaire sur les marchés monétaires aux États-Unis”, commente-t-il.

En janvier dernier, une information de presse disant que la Chine pourrait arrêter ses achats de Treasuries, a fait baisser ces titres, mais la Chine a contesté l’information, expliquant qu’elle ne faisait que diversifier ses réserves de change pour préserver leur valeur.

RESPONSABLE

Mercredi, le cours de l’obligations du Trésor américain à 10 ans, le papier de référence, était plutôt en repli, ce qui a fait légèrement monter son rendement, à 2,81%.

Les avoirs chinois en obligations américaines ont fléchi ces derniers mois. Ils ont diminué de quelque 30 milliards de dollars par rapport au niveau de 1.200 milliards de dollars où ils se trouvaient en août dernier.

Et ils ont diminué de plus de 10% par rapport à leur niveau record à 1.300 milliards de dollars de fin 2013, selon les données du gouvernement américain.

Au total, les Etats étrangers détiennent ensemble 4.000 milliards de dollars de dette américaine, soit plus du quart du total en circulation qui se monte à 14.700 milliards de dollars.

A un journaliste qui lui demandait mercredi si la Chine réduirait ses avoirs en Treasuries par mesure de rétorsion, le vice-ministre des Finances, Zhu Guangyao, a réaffirmé la politique constante de Pékin concernant ses réserves de change : la Chine est un investisseur responsable et veut préserver leur valeur.

Les réserves de change de la Chine, les plus importantes au monde, s’établissaient à environ 3.130 milliards de dollars à la fin février, dont environ un tiers était constitué de Treasuries.

Brad Setser, du Council on Foreign Relations à New York, estime que la Chine peut vendre des bons du Trésor et acheter de la dette européenne ou japonaise à plus faible rendement. Mais l’effet serait probablement de renforcer le yuan par rapport au dollar, ce qui affaiblirait ainsi l’attrait relatif de ses exportations, selon les analystes.

Plus vraisemblablement selon Brad Setser si la Chine voulait faire monter les enchères, elle laisserait le yuan se déprécier face au dollar américain. Une telle décision anéantirait l’objectif de relance de la production américaine affiché par l’administration Trump. Le yuan est actuellement à son plus haut niveau depuis deux ans et demi. (Avec Jennifer Ablan; Danielle Rouquié pour le service français)

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