April 4, 2018 / 4:26 PM / 6 months ago

France-Le financement de la grève de la SNCF, nerf de la guerre

* Des retenues sur salaires dures à assumer pour des grévistes

* Une caisse de grève de 126 millions à la CFDT

* La CGT, Sud-Rail et Unsa ont recours aux dons

par Caroline Pailliez

PARIS, 4 avril (Reuters) - Caisse dédiée ou appel aux dons, les syndicats s’organisent pour aider financièrement les cheminots afin de compenser les pertes de salaire qu’occasionnera la grève par intermittence prévue pour durer jusqu’au 28 juin.

Les grévistes subiront une retenue sur salaire de 1/30e de leur rémunération mensuelle par jour de grève, a précisé la direction de la SNCF.

Si, sur un mois, les cheminots font grève pendant douze jours - ce qui serait le cas en avril, par exemple - la retenue correspondra à 12/30e de leur rémunération mensuelle.

Pour Anasse Kazib, aiguilleur de 31 ans et adhérent de Sud-Rail, l’un des quatre syndicats représentatifs à la SNCF, la perte nette de salaire pour une journée de grève sera de 70 à 80 euros.

A un rythme de deux jours de débrayage tous les cinq jours, elle sera difficile à assumer, a-t-il expliqué à Reuters.

“C’est des coûts. On ne peut pas sortir, (...) aller au restaurant. Si ça dure plus longtemps, on aura des problèmes avec le loyer, le paiement pour le crédit. Il faudra s’arranger avec la banque.”

L’impact financier de cette grève pour les cheminots représente une réelle “préoccupation” et pourrait déterminer l’issue du mouvement, selon le trésorier de la CFDT, Thierry Cadart.

“La grève, c’est un gros engagement financier pour le personnel qui la suit. On n’a pas affaire non plus à des catégories sociales qui ont un matelas”, a-t-il dit à Reuters.

La CFDT a mis en place une “réserve” en cas de grève au sein de la Caisse nationale d’action syndicale (CNAS), sa caisse de soutien aux adhérents financée par 8,6% des cotisations.

Elle s’élève à 126 millions d’euros et doit “permettre de financer une semaine de grève” de l’ensemble des membres, qui sont au nombre de 800.000, ajoute Thierry Cadart.

Les grévistes membres de la CFDT ont ainsi droit à une indemnisation de 7,30 euros par heure de grève, après une première journée de conflit.

PAS DE “PARACHUTE”

La CGT, pour sa part, dit se tourner vers la “solidarité”. Elle a inscrit ses informations bancaires sur son site internet à l’intention des potentiels donateurs.

Le montant de la cagnotte n’avait pas encore été comptabilisé mardi, selon le secrétaire confédéral administrateur de la CGT, David Dugué. Mais il cite l’exemple de la dernière collecte, pendant les manifestations contre la loi “El Khomri” en 2016, qui avait permis de réunir 500.000 euros.

Une partie du budget national qui sert à financer la logistique des mobilisations peut aussi être débloquée, ajoute David Dugué, sans en préciser le montant.

En décembre 2014, date des dernières données disponibles, la réserve de la CGT dévolue à “des événements syndicaux” (autres que la tenue du congrès, les grands travaux et les élections prud’homales) s’élevait à 36 millions d’euros.

David Dugué assure que la CGT va “aider” les grévistes mais que cela ne sera pas un salaire de remplacement. “On ne va pas leur donner de parachute”, dit-il.

Pour autant, les cheminots “seront capables de tenir”, croit-il. “Ils sont déterminés. Et la plus grande aide viendra des citoyens”.

L’UNSA ferroviaire précise avoir ouvert mardi, premier jour de la grève, une cagnotte en ligne. Une première pour le syndicat.

“Ce n’est pas une demande des grévistes. C’était pour répondre aux donateurs”, a fait savoir à Reuters le secrétaire général Roger Dillenseger, qui précise qu’habituellement, les adhérents ne sont pas indemnisés.

“On recevait des appels de gens qui voulaient aider”.

Même scénario chez Sud-Rail, qui répartira les dons entre grévistes en privilégiant les petits salaires. “Mais cela restera un montant symbolique”, estime Eric Meyer, secrétaire fédéral.

Pour ce dernier, c’est tout de même un gros “soutien moral”. “Les cheminots, c’est leur avenir qui se joue. Ils ne pensent pas pour l’instant aux comptes.” (Avec Richard Lough, édité par Sophie Louet)

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