March 5, 2018 / 11:00 AM / in 8 months

RÉACTIONS d'économistes et de gérants aux premiers résultats des élections en Italie (actualisé)

(Actualisé avec BlackRock, Amundi, Natixis AM, Fidelity)

PARIS, 5 mars (Reuters) - Premières réactions d’analystes et de sociétés de gestion d’actifs au lendemain des élections législatives en Italie, marquées par les revers des partis traditionnels et la percée des mouvements “anti-système”, à commencer par le Mouvement Cinq Etoiles (M5S), arrivé en tête sans toutefois pouvoir prétendre gouverner seul:

* RICHARD TURNHILL, DIRECTEUR DE LA STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT, BLACKROCK:

“Nous prévoyons des pressions sur les obligations d’Etat italiennes et de la périphérie de la zone euro mais nous ne voyons pas là un facteur durablement défavorable pour l’euro ou les actions de la région.”

* ANDREA BRASILI, ÉCONOMISTE SENIOR, DIEGO FRANZIN, DIRECTEUR ACTIONS, MATTEO GERMANO, DIRECTEUR MULTI-ACTIFS, AMUNDI:

“A court terme, nous nous attendons à une certaine volatilité des marchés, au moins jusqu’à ce que le nouveau gouvernement soit formé et qu’il ait annoncé son programme économique et budgétaire. Il sera crucial de bien comprendre son attitude vis-à-vis de l’euro et quelles mesures seront prises concernant les retraites, les allègements fiscaux et la réduction de la dette.

“Il est difficile de prédire l’ampleur de la correction. Mais le marché actions italien est le moins cher de la zone euro.

“Il y a une grosse différence entre aujourd’hui et la précédente crise politique: cette fois-ci, la reprise économique en Europe et dans le monde est beaucoup plus solide que dans le passé et que les bilans des entreprises sont bien plus robustes après de nombreuses années de restructuration.

* PHILIPPE WAECHTER, DIRECTEUR DE LA RECHERCHE ECONOMIQUE, NATIXIS ASSET MANAGEMENT:

“La question importante est celle de la BCE et de ce que cela crée comme conséquences sur le comportement des investisseurs. On doit imaginer, à court terme, que la BCE continuera d’être le gardien de la zone euro comme elle le fait depuis très longtemps. Le risque immédiat apparaît ainsi limité. La question se posera différemment si un gouvernement populiste avec un penchant pour la sortie de la zone euro arrive au pouvoir.

“Les conséquences de ces élections pourraient être dramatiques pour les institutions européennes car l’Italie est la troisième économie de la zone et un gouvernement populiste aurait un impact important sur l’allure de la construction européenne. On est entré dans une zone de vigilance.”

* CLAUDIO FERRARESE, GÉRANT DE PORTEFEUILLE CHEZ FIDELITY INTERNATIONAL :

“Les (rendements des) BTP n’augmentent que de quelques points, ce qui nous montre que le marché n’est pas surpris par les résultats.

“La réaction finale du marché dépendra de la manière dont le M5S sera dilué dans une coalition: plus ses positions s’adouciront au fil des négociations avec les autres partis, mieux ce sera pour les BTP, au moins initialement. Le marché n’aime pas l’incertitude, il est donc logique que sa réaction initiale soit négative jusqu’à ce que l’orientation budgétaire du nouveau gouvernement soit connue.”

* FABIO FOIS, ECONOMISTE EUROPE, BARCLAYS:

“Par rapport aux sondages publiés avant les élections, les partis anti-système, le M5S et la Ligue, ont surpris à la hausse au vu des résultats officiels après dépouillement d’environ 50% des bulletins. Les partis traditionnels Forza Italia et Partito Democratico sont beaucoup plus bas qu’attendu. (...) Au final, les partis anti-système devraient détenir plus de 50% des sièges au Parlement.”

A propos de l’hypothèse d’une “grande coalition anti-système” qui réunirait le M5S, la Ligue et Fratelli d’Italia: “Cette issue serait probablement la plus défavorable aux marchés à court et moyen terme. Un tel accord impliquerait des risques graves de remise en cause des réformes, comme celles du marché du travail et des retraites approuvées par les gouvernements Renzi et Monti, tout en soulevant la possibilité de mesures d’assouplissement budgétaire qui pourraient exercer une pression considérable sur les perspectives en matière de finances publiques.”

“Le risque d’une crise gouvernementale ou de nouvelles élections pourrait être important, notamment si la pression des marchés financiers augmentait au fur et à mesure des décisions gouvernementales.”

* FABIO BALBONI, ÉCONOMISTE EUROPE, HSBC:

“Le pays pourrait connaître une période prolongée de blocage politique et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) a de bonnes chances de faire partie du prochain gouvernement. Pour les marchés, beaucoup de choses tiendront à la question de savoir si le M5S, s’il joue un rôle au gouvernement, sera aussi radical que son programme le suggère.

“Pour un éventuel gouvernement emmené par le M5S (...), l’élément clé du point de vue de l’économie et des marchés serait le maintien ou non d’un dialogue constructif avec les autorités européennes en matière de politique budgétaire et de réformes, ce qui permettrait de vaincre le scepticisme initial des autres responsables politiques européens.

“Si le M5S a renoncé à sa promesse d’un référendum sur l’euro pour ces élections, il maintient que cela pourrait être une solution de dernier recours dans le cas où l’Europe ne voudrait pas entreprendre les réformes dont l’Italie a besoin (intégration accrue, davantage de flexibilité sur les règles budgétaires, soutien sur l’immigration...).

“Le test ultime devrait intervenir au printemps (début mai) lorsque la Commission européenne publiera ses nouvelles recommandations budgétaires à l’Italie, qui pourraient inclure l’exigence d’une nouvelle réduction du déficit de 3,5 milliards d’euros (0,2% du PIB) en 2018, ou plus tard avec le projet de budget 2019 à l’automne.”

* ANTOINE LESNÉ, DIRECTEUR DE LA STRATÉGIE ET DE LA RECHERCHE SPDR ETF DE STATE STREET GLOBAL ADVISORS:

“Le risque politique fait son grand retour. L’Italie a été et sera toujours le pays où certaines problématiques liées à la construction de la zone euro seront les plus délicates.

“Malgré des propos anti-européens moins virulents, ce résultat est un revers pour le consensus solide dont jouit la monnaie unique depuis quelque temps. Il est peut-être encore trop tôt pour que ce revers se transforme en une véritable crise de la zone euro et les marchés devront analyser l’impact de ces élections sur des réformes réelles. Mais le bruit court et les spreads des bons du Trésor italien (Buoni del Tesoro Poliennali, BTP) augmenteront par rapport aux niveaux actuels, tandis que la fermeté de l’euro pourrait être ébranlée jusqu’à ce que la situation s’éclaircisse.”

* VINCENT REINHART, ÉCONOMISTE EN CHEF, STANDISH (BNY MELLON ASSET MANAGEMENT NORTH AMERICA):

“La triste réalité est que ce scénario n’a rien d’inhabituel: les citoyens italiens ont l’habitude des promesses non tenues, les investisseurs internationaux ont rarement une vision claire de ce qu’entreprend le gouvernement et les instances de l’UE affichent une certaine méfiance à l’égard des dirigeants italiens.

“Les responsables politiques italiens ne doivent surtout pas croire que le soulagement et la hausse des marchés, observés à l’issue d’un scrutin dont le résultat aurait pu être pire, se traduisent une approbation totale de la situation. Cela étant, malgré les discours de campagne, l’issue de ces élections montre que les Italiens sont conscients des avantages significatifs que leur confère un maintien dans la zone euro.”

* NICOLA NOBILE, ECONOMISTE, OXFORD ECONOMICS:

“Les discussions en vue de la formation d’une coalition vont commencer à la fin du mois mais une coalition centriste n’aura pas les forces suffisantes et d’autres options, comme celle de nouvelles élections, ne doivent pas être exclues, ce qui pourrait perturber les marchés.

“La perspective d’une période prolongée d’incertitude en matière de politique intérieure risque de peser sur la reprise en cours, même si l’activité économique s’est montrée récemment plus résistante face aux événements politiques comme le référendum italien de décembre 2016, le vote catalan et le vote allemand.

“Si le risque de voir l’Italie sortir de l’euro est bien plus faible que par le passé, il ne doit pas être sous-estimé, ne serait-ce que comme aboutissement de mauvaises décisions politiques.”

* IOANNIS SOKOS ET ANNE KARINA ASBJORN, STRATÈGES TAUX, NOMURA:

“D’abord et avant tout, ce que nous savons à ce stade des résultats semble très négatif et très différent du consensus apparent avant l’élection au sein des instituts de sondages et des analystes politiques. En soi, cela signifie que les marchés vont devoir réajuster leurs anticipations.

“Le M5S et la Ligue (peut-être avec le soutien de Fratelli d’Italia) disposeraient d’une majorité parlementaire s’ils décidaient de former une coalition. Ce serait la coalition ‘anti-système’ que la plupart des analystes, dont nous faisons partie, jugeaient très improbable sur la base des sondages.

“Deux des trois principaux scénarios (celui de nouvelles élections et celui d’une coalition anti-système-ndlr) seraient très négatifs pour le marché de notre point de vue, seule une coalition entre centre droit et centre gauche étant jugée favorable au marché à ce stade. Mais le fait que les trois plus gros partis d’une telle coalition (PD, Ligue et Forza Italia) soient relativement proches les uns des autres en nombre de sièges compliquerait un accord sur une politique commune. Plus important encore, le chef de file de la Ligue, Matteo Salvini, a clairement exprimé son opposition à une telle coalition avant l’élection.”

Voir aussi:

*3 QUESTIONS À Edram-Le scénario du pire en Italie ne peut être exclu

Marc Angrand, édité par Patrick Vignal

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