19 juillet 2017 / 15:28 / dans 4 mois

Pékin durcit le ton sur les investissements risqués à l'étranger

par Adam Jourdan et Shu Zhang

SHANGHAI/PEKIN, 19 juillet (Reuters) - Les autorités chinoises ont pris pour cible trois grands groupes en dénonçant des acquisitions hasardeuses à l‘étranger, faisant craindre aux investisseurs un coup d‘arrêt à d‘autres opérations d‘expansion.

En juin, plusieurs banques ont reçu l‘ordre de cesser de financer les acquisitions à l‘étranger du conglomérat Dalian Wanda Group, officiellement dans le cadre des mesures de Pékin pour contrôler les risques systémiques du secteur bancaire, a-t-on appris cette semaine.

Selon un document interne que Reuters a pu consulter, les restrictions concernent six acquisitions de Wanda, dont quatre ont déjà été finalisées.

Mardi soir, c‘est le distributeur Suning Commerce Group qui a été épinglé par la chaîne de télévision CCTV. Au cours d‘une émission de 25 minutes, son rachat en 2016 de 70% de l‘Inter Milan pour 270 millions d‘euros a été présenté comme un “exemple” d‘opération hasardeuse.

“Ce célèbre club (de football) est déficitaire depuis cinq ans, avec des pertes cumulées de 275,9 millions d‘euros. Quel est le sens d‘acquisitions comme celle-là ?”, s‘est demandé le commentateur lors de l‘émission à laquelle participait un chercheur de l‘Académie chinoise des sciences sociales.

L‘émission de CCTV a également cité le groupe immobilier Sunac China, qui a réalisé d‘importantes acquisitions au cours de l‘année écoulée, et a fait allusion au rachat de l‘AC Milan, autre grand club italien, racheté cette année par un consortium chinois.

Suning Commerce Group, la première enseigne d‘électronique grand public en Chine, a perdu jusqu‘à 6% en Bourse mercredi avant de clôturer en baisse de 2,74%.

Dalian Wanda n‘est pas coté en Bourse mais sa filiale américaine AMC Entertainment Holdings, une chaîne de cinéma achetée en 2012 pour 2,6 milliards de dollars, a vu son action dévisser de 10% à Wall Street lundi.

AMC et le studio hollywoodien Legendary Entertainment, autre propriété de Wanda depuis l‘an dernier, ont dit mardi ne pas être concernées par les restrictions imposées à leur maison mère en Chine, leurs acquisitions réalisées ces derniers mois ayant été financées sur leur trésorerie ou avec des prêts de banques américaines.

INVESTISSEMENTS “IRRATIONNELS”

Un porte-parole de l‘agence chinoise de planification a confirmé mardi que les autorités continueraient de surveiller les investissements “irrationnels” à l‘étranger, notamment dans les domaines du divertissement et de l‘immobilier.

Le gouvernement chinois s‘en est pris aux investissements internationaux des entreprises chinoises à la fin de l‘an dernier en réponse à l‘accélération des sorties de capitaux du pays, qui a accentué la dépréciation du yuan.

Après avoir augmenté de 44% l‘an dernier, les investissements directs étrangers des firmes chinoises ont chuté de 45% au premier semestre 2017 par rapport aux six premiers mois de 2016.

Si Pékin dit continuer de soutenir les investissements “légitimes” à l‘étranger, les autorités de régulation ciblent depuis plusieurs mois des investissements qu‘elles jugent à risque et qu‘elles qualifient d’“irrationnels.”

Dalian Wanda, à l‘origine un groupe immobilier avant sa diversification dans le tourisme et le divertissement, symbolise d‘autant plus ces velléités d‘expansion qu‘il est dirigé par Wang Jianlin, l‘homme le plus riche de Chine.

Ce dernier s‘est défendu mercredi lors de la présentation d‘un accord sur la vente de certains de ses parcs à thème et hôtels. “Je ne vois vraiment pas ce qu‘ont à gagner ces gens qui ont récemment fait courir des rumeurs destinées à nuire à Wanda”, a-t-il déclaré.

Wanda a annoncé vendre 77 hôtels à Guangzhou R&F Properties pour 19,9 milliards de yuans (2,6 milliards d‘euros), amendant les termes d‘un accord annoncé la semaine dernière. Il cédera par ailleurs 91% de 13 “projets culturels” à Sunac pour 43,8 milliards de yuans et non plus pour 29,58 milliards, montant initialement annoncé.

En mars, Wanda avait renoncé à racheter pour un milliard de dollars une autre firme d‘Hollywood, Dick Clark Productions, qui gère notamment la cérémonie annuelle des Golden Globes. (Adam Jourdan à Shanghai et Shu Zhang à Pékin, avec les contributions de Kane Wu à Hong Kong, Pei Li à Pékin et Brenda Goh à Shanghai, Véronique Tison pour le service français)

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