31 mars 2017 / 13:24 / il y a 5 mois

AVANT-PAPIER-Présidentielle en Equateur, l'héritage ou la rupture

par Alexandra Ulmer et Alexandra Valencia

QUITO, 31 mars (Reuters) - Le deuxième tour de l'élection présidentielle en Equateur met aux prises dimanche Lenin Moreno, dauphin du président socialiste sortant Rafael Correa, à un ancien banquier soutenu par la droite, Guillermo Lasso.

Au premier tour, le 19 février, Moreno est arrivé en tête avec 39,35% des voix; il ne lui aurait fallu que 40% pour être directement élu et s'épargner un second tour qui s'annonce plus difficile du fait des reports de voix.

Après une décennie de "socialisme corréiste", et sur fond de récession économique liée à la baisse des cours du pétrole, les électeurs auront à trancher entre la poursuite des politiques du président sortant que porte celui qui fut son vice-président de 2007 à 2013, ou la rupture libérale qu'entend mener l'ancien président de Banco de Guayaquil (1994-2012).

S'ils choisissent Lenin Moreno, les Equatoriens défendront l'héritage de la gauche au pouvoir, marqué notamment par une amélioration du niveau de vie des Equatoriens et une modernisation des services publics.

S'ils optent pour Guillermo Lasso, qui a obtenu 28,11% des voix le 19 février, ils s'inscriront à leur tour dans le mouvement de balancier qui a vu la droite latino-américaine revenir au pouvoir en Argentine, au Brésil et au Pérou.

"Nous allons choisir entre un pays gouverné pour une oligarchie, à grands coups de privatisations, et un pays gouverné pour tous", a déclaré Moreno lors d'un ultime meeting de campagne organisé dans un quartier populaire de la capitale, Quito.

"Dites non au banquier !", a-t-il poursuivi, accusant son rival de vouloir "soumettre les Equatoriens à l'instabilité et au conflit permanent".

Agé de 64 ans, Lenin Moreno, paraplégique depuis 1998 après avoir été touché par balle lors d'une attaque à main armée, promet d'augmenter les dépenses sociales, au profit notamment des mères isolées, des retraités et des handicapés.

Face aux scandales de corruption qui ont terni le second mandat de Correa, il dépeint Guillermo Lasso en candidat des élites animé de la volonté de réduire brutalement les politiques sociales et l'associe à la crise financière de 1999, quand des centaines de milliers d'Equatoriens avaient perdu leurs économies.

LE VENEZUELA EN CONTRE-EXEMPLE

Agé de 61 ans, le candidat de la droite, sèchement battu par Correa en 2013, a fait campagne sur l'engagement de relancer le marché de l'emploi et accuse en retour son adversaire d'accumuler des promesses que l'endettement du pays ne permettra pas de financer.

Mais il lui faudra composer, s'il est élu, avec une Assemblée nationale où l'Alianza Pais, le parti de Correa, est restée majoritaire à l'issue des élections législatives qui avaient lieu le même jour que le premier tour de la présidentielle.

Sur le plan des institutions, Lasso affirme aussi que le pouvoir sortant suit le modèle de son allié vénézuélien en étouffant les affaires, en muselant les médias et en nommant ses partisans aux principaux postes de l'administration.

"Le changement signifie que nous n'endurerons pas ce que vit le Venezuela, une dictature d'un parti unique", a-t-il dit jeudi soir lors de son ultime discours de campagne dans son fief de Guayaquil, rebondissant sur la crise qui a éclaté au Venezuela après la décision de la Cour suprême de suspendre l'Assemblée nationale, où les opposants au président Nicolas Maduro sont majoritaires, et d'assumer à sa place les pouvoirs législatifs.

Lasso a parallèlement promis, s'il est élu, de mettre fin au long asile accordé à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui vit depuis 2012 dans l'ambassade de l'Equateur à Londres.

Le dernier sondage Cedatos, effectué entre les 18 et 21 mars, créditait Moreno de 52,4% des intentions de vote, mais son avance sur Lasso était comprise dans la marge d'erreur et l'enquête montrait que 16% des électeurs étaient encore indécis. Une semaine plus tôt, le même institut plaçait Lasso en tête avec 50,8% des intentions de vote.

Dans les deux camps, où on s'inquiète de possibles fraudes électorales, des appels à la vigilance ont été lancés ces derniers jours.

En février, des centaines de partisans du candidat de la droite s'étaient rassemblés devant le siège du Conseil national électoral, inquiets de la lenteur avec laquelle les résultats du premier tour étaient publiés.

Treize millions d'électeurs sont inscrits sur les listes. Le successeur de Correa prendra ses fonctions le 24 mai pour un mandat de quatre ans. (Henri-Pierre André pour le service français)

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