4 mai 2017 / 11:22 / dans 7 mois

BOURSE-Saint-Gobain joue la montre en Suisse, Sika flambe

* La bataille pour le contrôle de Sika dure depuis plus de 2 ans

* Le chimiste surperforme de plus en plus son prétendant français

* Graphique de la performance boursière bit.ly/2qbyR2j

* Sika y voit une légitimation de son indépendance

* Saint-Gobain estime que le temps est de son côté

par Gilles Guillaume

PARIS, 4 mai (Reuters) - Le PDG de Saint-Gobain l‘espère. En 2019, lors du déménagement du groupe français de matériaux de construction dans son futur siège à la Défense, vitrine du nouveau Saint-Gobain, le chimiste suisse Sika l‘aura rejoint.

Prié de dire, lors de la pose de la première pierre de la tour Saint-Gobain fin avril, si le groupe français aura réussi d‘ici deux ans à se renforcer dans la chimie de spécialité, Pierre-André de Chalendar a répondu: “J‘espère bien, normalement je pense que oui, d‘ici là, il y aura de la place.”

Saint-Gobain disposera à la Défense d‘une surface multipliée par une fois et demie, lui permettant de regrouper sur un seul site l‘activité de plusieurs entités.

Fort d‘une histoire plus de trois fois centenaire, le français estime que le temps joue en sa faveur dans la bataille pour le chimiste suisse, en vertu d‘un accord passé fin 2014 avec la famille Burkard, qui a accepté de lui en céder le contrôle, moyennant 2,3 milliards d‘euros.

Depuis, la famille, la direction du groupe suisse, attachée à son indépendance, ainsi que des actionnaires de Sika, demandeurs d‘une OPA aux mêmes conditions, se livrent une guerre de tranchée, qui se joue désormais devant les tribunaux.

Le mois dernier, Saint-Gobain a prolongé de nouveau son accord avec la famille, cette fois jusqu‘à la fin 2017, pour donner du temps à la justice.

Mais l‘horloge tourne et l‘action du groupe suisse continue de surperformer Saint-Gobain, à tel point que Sika pèse désormais 12,7 milliards d‘euros à la Bourse de Zurich, 5,5 fois le prix payé par Saint-Gobain et près de la moitié de la capitalisation boursière du groupe français, contre un quart avant l‘officialisation de l‘opération en décembre 2014.

“Nous considérons que l‘action Saint-Gobain est trop sous-évaluée au vu du ROE de l‘entreprise supérieur à la moyenne du secteur, de son potentiel au niveau opérationnel et de la marge de manoeuvre pour de nouveaux rachats d‘actions”, commente Deutsche Bank dans une note récente. “Nous pensons que c‘est le reflet (...) de l‘incertitude concernant l‘acquisition de Sika et de la complexité du portefeuille.”

EPILOGUE EN 2018 ?

Cette sous-performance - le groupe français a pris respectivement 11% et 13% environ en 2016 et depuis le début de l‘année, contre +35% et +30% pour Sika - ne suscite pas pour le moment de réaction publique de la part des actionnaires de Saint-Gobain, majoritairement des institutionnels non français avec 57,5% du capital au 31 décembre dernier.

Aucun commentaire n‘a pu être obtenu dans l‘immédiat auprès du groupe d‘investissement Wendel, qui déclare régulièrement soutenir la stratégie du PDG Pierre-André de Chalendar, tandis que les fonds américains BlackRock ou First Eagle, respectivement troisième et quatre actionnaire du groupe français derrière les salariés de Saint-Gobain et Wendel, ont refusé de commenter le sujet.

Côté suisse, on estime au contraire que l‘écart entre la performance des deux valeurs démontre, mieux qu‘un long discours, le bien-fondé de la campagne contre Saint-Gobain.

“Le temps joue tout à fait pour nous parce que Sika va très bien et tout le monde, notamment nos actionnaires, peut voir qu‘on avait raison en terme de stratégie”, indique une source proche de Sika.

“L‘entreprise est en pleine croissance, elle fait des acquisitions, l‘action monte. Quand on regarde les deux valeurs, ça saute aux yeux (...) et le temps le prouve”, ajoute-t-elle, arguant que le résultat serait différent si Sika entrait dans le giron de Saint-Gobain.

Pierre-André de Chalendar, qui prévoyait à l‘origine de boucler l‘opération avant fin 2015, année du 350e anniversaire de Saint-Gobain, a toujours répondu qu‘un rapprochement profiterait aux deux entreprises et que le spécialiste suisse des joints et de l‘étanchéité avait toute sa place dans la stratégie de recentrage du groupe français sur les métiers de l‘habitat.

Le tribunal supérieur de Zoug, dans le Nord de la Suisse, doit se prononcer d‘ici la fin de l‘année, peut-être au troisième trimestre.

S‘il donne raison à Sika, la famille Burkard peut encore faire appel devant le tribunal fédéral de Lausanne, ce qui repousserait alors l‘épilogue à l‘an prochain. Saint-Gobain dispose justement encore d‘une option lui permettant de prolonger son accord pour une année supplémentaire, jusqu‘au 31 décembre 2018.

Avec Matthieu Protard, édité par Jean-Michel Bélot

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