27 mars 2017 / 23:53 / il y a 5 mois

Grève en Guyane, Cazeneuve annonce une délégation ministérielle

* Les protestataires demandent un plan d'investissement

* Rédaction d'un cahier de revendications

* Une mission interministérielle dépêchée sur place

* Les élus locaux réclamaient la venue d'un ministre

* Le conflit s'invite dans la campagne présidentielle (Actualisé avec déclarations Fekl et Bareigts, cahier de revendications §4-7)

PARIS, 28 mars (Reuters) - Une délégation ministérielle va se rendre en Guyane avant la fin de la semaine pour conclure les discussions sur une sortie de crise dans ce territoire français d'Amérique du Sud secoué par un large mouvement social, a annoncé lundi le Premier ministre Bernard Cazeneuve, au premier jour d'une grève générale.

Vols annulés et barrages routiers : la collectivité ultra-marine, qui abrite la base spatiale de Kourou et compte quelque 250.000 habitants, s'apprête à vivre au ralenti à l'appel des 37 syndicats de l'Union des travailleurs guyanais (UTG).

Les protestataires, réunis au sein du collectif "Pour que la Guyane décolle", réclament un plan d'investissement de grande ampleur pour faire face notamment au manque d'équipements publics et à un taux de délinquance élevé.

Dans la soirée, le ministre de l'Intérieur et la ministre des Outre-mer ont salué "l'esprit de responsabilité" des Guyanais grâce auxquels la matinée de lundi "s'est déroulée dans le calme" et invité la société civile à participer au dialogue avec la délégation interministérielle sur place depuis samedi.

Mathias Fekl et Ericka Bareigts évoquent en outre les "premiers résultats" de cette mission, notamment des mesures immédiates en matière de sécurité, une préoccupation des protestataires : présence d'un escadron de gendarmes mobiles, barrages volants et renforcement de la surveillance des fleuves.

"La rédaction d'un cahier de revendications, précises et faisant consensus, est une étape importante que nous tenons à saluer", poursuivent les deux ministres.

Lors d'une conférence de presse donnée sur l'un des barrages dressés à Kourou, le collectif "Pour que la Guyane décolle" a présenté lundi un cahier rassemblant les revendications des mouvements en matière d'éducation, de santé, de sécurité, d'énergie et d'économie, ainsi que la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

APPEL À L'APAISEMENT

La tentative de dialogue entamée par la mission interministérielle dépêchée samedi sur place par le gouvernement s'est heurtée à une fin de non-recevoir des élus locaux qui réclament la venue d'un membre du gouvernement avant d'entamer toute négociation.

"Les bases d'une négociation structurée et apaisée doivent être établies avec tous les acteurs concernés du territoire", a dit Bernard Cazeneuve lors d'une déclaration à la presse à Matignon, à Paris.

"C'est pourquoi une délégation ministérielle sera sur place avant la fin de la semaine pour conclure ces discussions si toutefois, et j'insiste sur ce point, les conditions du respect et de l'ordre républicain sont réunies", a-t-il ajouté.

"C'est la raison pour laquelle j'appelle encore une fois solennellement au dialogue, à la responsabilité et à l'apaisement", a-t-il poursuivi. "Il est crucial que dans les prochaines heures, la mission interministérielle ait pu continuer à travailler pour que le déplacement des ministres soit fructueux".

"DÉMAGOGIE"

Située à plus de 7.000 km de la métropole, la Guyane est le territoire de France où l'on compte le plus d'homicides - 42 en 2016 - et le taux de chômage (22,3%) y est deux fois plus élevé que la moyenne française.

Depuis l'arrivée de la mission interministérielle, "une série de réponses concrètes" ont pu être préparées, souligne-t-on à Matignon. Un centre pénitentiaire et un Tribunal de grande instance seront construits à Saint-Laurent du Maroni et un scanner sera notamment déployé à l'aéroport de Cayenne.

"La Guyane est un territoire de la République française, et dans la République chaque citoyen doit pouvoir bénéficier du soutien et de la solidarité de l'Etat", a dit Bernard Cazeneuve.

A un mois du premier tour de l'élection présidentielle, le chef du gouvernement a également appelé à ne pas céder "à la démagogie et à l'électoralisme", dans une allusion aux prises de positions de plusieurs candidats à l'Elysée dimanche.

"Aucun des assauts de démagogie que la période électorale semble favoriser dans un abaissement qui me consterne ne détournera le gouvernement de sa volonté d'aboutir à des solutions concrètes", a-t-il dit. "Ces solutions sont à portées de main".

Le candidat de la droite et du centre François Fillon a estimé ce week-end que la situation dans le territoire était "la conséquence de l'échec de la politique de François Hollande".

La présidente du Front national Marine Le Pen a dénoncé elle le "service cruellement minimum" des gouvernements successifs à l'égard de la Guyane.

Le candidat socialiste Benoît Hamon a pour sa part estimé que la Guyane avait droit "à l'égalité et la sécurité" quand le leader d'En Marche! Emmanuel Macron a lancé un appel au calme lors d'un déplacement à La Réunion.

La grève générale - une première depuis le mouvement de 2008 - a conduit Air France et Air Caraïbes à annuler leurs vols et poussé les Etats-Unis à déconseiller tout voyage vers la Guyane à leurs ressortissants. (Marine Pennetier, Franck Leconte et Julie Carriat, édité par Sophie Louet)

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