16 mars 2017 / 17:32 / il y a 5 mois

Pour l'ASN, l'usine d'Areva au Creusot est mal équipée

par Geert De Clercq

PARIS, 16 mars (Reuters) - Les outils de production de la forge exploitée par Areva au Creusot (Saône-et-Loire) sont sous-dimensionnés pour produire de gros composants nucléaires, a déclaré à Reuters un haut responsable de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui supervise des contrôles menés sur le site par le groupe public.

Ces déclarations interviennent alors qu'Areva a dû interrompre en 2016 la production commerciale du Creusot - qui a fourni des pièces pour les centrales d'EDF et pour des dizaines d'autres à travers le monde - après y avoir découvert de possibles falsifications de documents pendant plus de 40 ans.

Le groupe, en pleine restructuration et dont l'activité réacteurs incluant l'usine du Creusot doit être cédée à EDF au deuxième semestre, souhaite relancer la forge d'ici à l'été mais doit d'abord répondre aux exigences de l'ASN.

"Creusot Forge est à la limite de sa capacité technique. Les outils à sa disposition ne sont pas performants pour fabriquer des gros composants de cette dimension. Dans une situation comme celle-ci, des erreurs sont commises", a déclaré Rémy Catteau, directeur des équipements sous pression nucléaires à l'ASN, dans un entretien téléphonique à Reuters.

Sans dire si l'ASN juge nécessaire de remplacer les outils de production du Creusot, Rémy Catteau estime que les difficultés de l'usine sont comparables à l'utilisation d'un petit marteau pour enfoncer un énorme clou, ce qui "augmente le risque de mal l'enfoncer".

DES RÉPONSES ATTENDUES D'ICI FIN MARS

Ces commentaires soulèvent des interrogations sur la capacité d'Areva à relancer sa forge, dont les produits équipent les cuves de réacteurs nucléaires, les générateurs de vapeur ou encore les tuyauteries reliant les réacteurs et les générateurs.

Un porte-parole d'Areva n'a pas souhaité faire de commentaire sur la taille des équipements du Creusot, rappelant seulement que le groupe y investirait huit millions d'euros pour garantir la qualité des productions.

L'ASN a pour sa part écrit à Areva en janvier pour lui demander de mettre en place rapidement un contrôle spécifique afin de garantir que des irrégularités ne se produiraient plus dans le suivi de la production de pièces du Creusot, sans pour autant évoquer la taille des équipements de la forge.

Pour que le groupe puisse relancer la production commerciale du site l'été prochain, il doit apporter des réponses d'ici à la fin du mois de mars. "Nous avons un droit de veto", rappelle Rémy Catteau.

Le sujet est d'autant plus sensible que l'usine du Creusot doit aussi fournir des pièces pour les EPR, notamment pour deux exemplaires de ce réacteur de nouvelle génération qu'EDF prévoit de construire et exploiter à Hinkley Point, en Grande-Bretagne.

Or, le couvercle et le fond de la cuve de l'EPR en cours de construction à Flamanville (Manche) ont été produits par l'usine et, fin 2014, Areva a découvert que ces pièces contenaient des teneurs en carbone trop importantes et pouvaient s'en trouver plus fragiles que prévu.

Cette découverte a elle-même déclenché un audit du Creusot qui a mis en évidence des falsifications dans le suivi des fabrications de pièces et a entraîné une enquête de l'ASN.

Désormais, après avoir remis un dossier démontrant selon eux la viabilité de la cuve de Flamanville, EDF et Areva espèrent un feu vert de l'autorité d'ici à la fin du premier semestre.

"Pour Flamanville 3, l'outil (de production du Creusot) était à sa limite, il n'y avait pas de marge d'erreur", indique Rémy Catteau.

Des régulateurs venus des Etats-Unis, de Grande-Bretagne ou encore de Chine se sont eux aussi penchés sur les processus du Creusot.

"Une façon de résoudre les problèmes était de les cacher, et ce n'était pas la bonne", souligne Rémy Catteau.

Dans sa lettre de janvier, l'ASN a demandé à Areva de répondre à des défauts détectés fin 2016 par des régulateurs français et internationaux.

"L'inspection a mis en évidence que la culture de sûreté de l'usine n'était pas suffisante pour produire des composants nucléaires", précise Rémy Catteau qui, notant le projet d'Areva de revoir entièrement ses processus, relève qu'il reste "beaucoup à faire avant que le Creusot soit au bon niveau". (Benjamin Mallet pour le service français, édité par Gilles Guillaume)

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