8 février 2017 / 08:55 / il y a 6 mois

AVANT-PAPIER-Abe espère apaiser Trump avec emplois et dépenses militaires

par Linda Sieg et David Brunnstrom

TOKYO/WASHINGTON, 8 février (Reuters) - Shinzo Abe se rend jeudi à Washington avec l'espoir que des promesses de créations d'emplois aux Etats-Unis et de renforcement des capacités militaires du Japon permettront d'apaiser les critiques de Donald Trump.

Les responsables japonais ont été rassurés par les récentes garanties en matière de sécurité fournies par leurs homologues américains, notamment le secrétaire à la Défense Jim Mattis. Ils craignent toutefois que le nouveau président américain ne respecte pas le scénario prévu pour ce séjour du Premier ministre nippon, d'abord lors d'un sommet vendredi à Washington puis à l'occasion d'une partie de golf près de la "Maison blanche d'hiver" en Floride.

De manière globale, certains à Tokyo redoutent que Donald Trump, un homme d'affaires, ne finisse par conclure une sorte de pacte avec la Chine sur le dos du Japon.

"Ce que nous voulons savoir, c'est quelle sera l'attitude de M. Trump à l'égard de la Chine", dit Yukio Okamoto, un ancien diplomate japonais proche du gouvernement. "Si elle se réduit à un aspect économique, alors un accord pourrait un jour être conclu sans considération pour les questions de sécurité dans la région."

Des responsables politiques japonais redoutent que Shinzo Abe ne formule des promesses difficiles à honorer lors de sa partie de golf avec Donald Trump, qui rappellera celle qu'avait livrée son propre grand-père Nobusuke Kishi, lui-même Premier ministre, avec le président américain de l'époque, Dwight Eisenhower, en 1957.

Les journaux américains avaient alors qualifié cette partie de "triomphe de la diplomatie" entre les deux anciens ennemis de la Seconde Guerre mondiale. Trois ans plus tard, Nobusuke Kishi avait été contraint à la démission en raison de la colère provoquée au Japon par le pacte de sécurité conclu avec les Etats-Unis cette même année.

Durant sa campagne électorale, Donald Trump a reproché au Japon et à la Corée du Sud de ne pas prendre suffisamment leur part sur le plan financier à la protection militaire américaine dans la région.

Il a aussi rangé le Japon parmi un certain nombre de pays accusés de nourrir le déficit commercial des Etats-Unis par le biais de pratiques déloyales. Il a notamment reproché à Tokyo de déprécier artificiellement le yen pour gonfler ses exportations.

PAS DE CHOIX

Face à ces critiques, Shinzo Abe, qui sera accompagné de ses ministres des Finances Taro Aso et des Affaires étrangères Fumio Kishida, proposera un ensemble de mesures qui, selon Tokyo, pourraient créer 700.000 emplois aux Etats-Unis via des investissements publics-privés dans les infrastructures, telles que les trains à grande vitesse, ont dit des sources gouvernementales.

Il se dit aussi que des industriels japonais comme Toyota , dont le président Akio Toyoda a rencontré Shinzo Abe la semaine dernière, pourraient faire coïncider des annonces d'investissements - nouveaux ou déjà prévus - avec ce sommet.

Le groupe électronique Sharp pourrait lancer cette année le chantier d'une usine aux Etats-Unis, un investissement de 7 milliards de dollars, a déclaré mercredi une personne informée de ce projet. Sharp a pour maison mère le taiwanais Hon Hai Precision Industry, plus communément appelé Foxconn, qui est l'un des principaux sous-traitants d'Apple .

Donald Trump a abandonné le projet commercial de Partenariat transpacifique (TPP) impliquant 12 pays et porté par son prédécesseur Barack Obama. Il souhaite à la place ouvrir des discussions sur un accord bilatéral avec le Japon.

Bien que partisan du multilatéralisme en la matière, Shinzo Abe ne ferme pas la porte à un tel accord malgré les craintes exprimées au Japon sur le fait que le pays puisse se retrouver en position de faiblesse dans de telles négociations directes avec les Etats-Unis.

Sur le plan de la sécurité, Shinzo Abe espère de Donald Trump qu'il réaffirmera l'engagement des Etats-Unis auprès du Japon, notamment face aux revendications territoriales de Pékin en mer de Chine orientale.

Le Premier ministre japonais devrait en échange garantir au président américain que le Japon est désireux de jouer un plus grand rôle en matière de défense régionale et de renforcer ses capacités militaires, au risque de se heurter à l'hostilité de sa propre opinion publique.

Sur tous ces sujets, le Japon craint de ne pas avoir beaucoup de marge de manoeuvre. "Nous n'avons pas d'autre choix que d'être avec les Etats-Unis, quel que soit le président", dit un responsable. (Avec Matt Spetalnick à Washington et Tetsushi Kajimoto et Takashi Umekawa à Tokyo; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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