28 janvier 2017 / 21:55 / dans 8 mois

SYNTHESE 3-Chaos et tollé après le décret de Trump sur l'immigration

(Actualisé avec précisions, citation de Trump)

* Immigration suspendue pour sept pays musulmans

* Accueil des réfugiés gelé pendant quatre mois

* De nombreux voyageurs refoulés dans les aéroports

* L‘Iran parle d‘affront et menace de riposter

par Doina Chiacu, Yeganeh Torbati, Jeff Mason et Jonathan Allen

WASHINGTON, 28 janvier (Reuters) - Le décret de Donald Trump suspendant l‘accueil des réfugiés et des ressortissants de sept pays musulmans a semé la confusion et la panique samedi chez les voyageurs en partance pour les Etats-Unis, dont certains ont dû rebrousser chemin.

A New York, des plaintes ont été déposées contre le décret tandis qu‘à l‘aéroport John Fitzgerald Kennedy, trois avocats de l‘International Refugee Assistance Project tentaient de débloquer des situations, téléphones d‘une main et photocopies de visas de l‘autre.

Des responsables de l‘immigration et des douanes tentaient dans l‘urgence d‘interpréter les nouvelles règles : certains résidents légaux, qui étaient dans les airs quand le décret a été publié, ont été interpellés à l‘atterrissage.

“Imaginez être renvoyé pour un vol de 12 heures et le traumatisme qui va avec”, commente Mana Yegani, spécialiste du droit de l‘immigration à Houston. “Ce sont des gens qui viennent en toute légalité. Ils ont leur travail ici, leur voiture.”

Les voyageurs étant traités de façon différente aux différents points d‘entrée, les juristes spécialisés conseillent à leurs clients de changer leur destination pour se rendre vers les aéroports les moins stricts, ajoute-t-elle.

Le nouveau président républicain a publié vendredi un décret suspendant pendant quatre mois l‘entrée des réfugiés aux Etats-Unis et interdisant pendant 90 jours l‘entrée aux Etats-Unis des personnes en provenance de sept pays musulmans dont la Syrie.

Selon le nouveau locataire de la Maison blanche, qui a pris ses fonctions le 20 janvier, ces mesures sont nécessaires pour protéger les Américains du risque d‘attentats.

“Il ne s‘agit pas d‘une interdiction des musulmans”, a commenté Donald Trump samedi en signant d‘autres décrets dans le bureau ovale à la Maison blanche. Il a ajouté qu‘à ses yeux, ce genre de mesures auraient dû être en place depuis des années.

“MON SECOND PAYS”

Les sept pays concernés par l‘interdiction de 90 jours sont la Syrie, l‘Iran, l‘Irak, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen. Cette interdiction vaut aussi pour les résidents permanents aux Etats-Unis détenteurs de la “carte verte”.

Le décret a soulevé l‘indignation au Proche-Orient, en Afrique du Nord et chez les alliés occidentaux des Etats-Unis, notamment la France et l‘Allemagne.

L‘Iran a estimé que la décision américaine était “un affront au monde musulman en général et à la nation iranienne en particulier” et a promis des représailles.

Des sept pays visés, l‘Iran est celui qui envoie le plus de visiteurs aux Etats-Unis : 35.000 en 2015, selon le département de la Sécurité intérieure.

Le Soudan a qualifié le décret de “très regrettable” alors que Washington a levé les sanctions contre le pays il y a seulement quelques semaines pour avoir coopéré dans la lutte contre le terrorisme. Le Yémen a fait part de sa consternation.

Quant aux porteurs de cartes vertes concernés, leur situation sera examinée au cas par cas, a déclaré samedi un responsable de l‘administration Trump. Certains de ces résidents légaux disent craindre de ne pouvoir retourner aux Etats-Unis.

“Je n‘aurais jamais pensé qu‘une chose de ce genre puisse arriver en Amérique”, a déclaré Mohammad Hossein, 33 ans, qui est arrivé aux Etats-Unis en 2011 après avoir été forcé de quitter l‘Iran en raison de ses activités politiques.

Il vit en Virginie, possède une carte verte et avait l‘intention de se rendre à Dubai la semaine prochaine pour aller voir son père. “Je ne peux rentrer en Iran et il est possible que je ne puisse pas revenir ici, un endroit qui est comme mon second pays”, commente-t-il.

Saleh Taghvaeian, 36 ans, enseigne la gestion de l‘eau en agriculture à l‘université de l‘Oklahoma. Il dit craindre que sa femme ne puisse rentrer aux États-Unis après une visite en Iran.

“CONTRÔLE EXCEPTIONNEL”

A l‘aéroport du Caire, cinq Irakiens et un Yéménite n‘ont pu monter à bord d‘un avion d‘Egyptair en partance pour New York, a-t-on appris à l‘aéroport. Les six voyageurs, qui faisaient escale dans la capitale égyptienne, ont été réorientés vers des vols à destination de leur pays. Leurs visas étaient en règle.

La compagnie aérienne KLM, du groupe Air France KLM a annoncé avoir refusé de transporter vers les Etats-Unis sept passagers de pays musulmans.

Les membres d‘une famille syrienne qui étaient en possession de visas pour les Etats-Unis n‘ont pas été autorisés à monter à bord d‘un avion assurant la liaison Paris-Atlanta samedi et ont dû retourner à leur aéroport de départ.

Aux Etats-Unis, les premières plaintes contre le décret ont été déposées samedi au nom de deux Irakiens qui ont été arrêtés vendredi soir à l‘aéroport John Kennedy de New York quelques heures après la signature du décret. L‘un d‘eux a été interprète pour l‘armée américaine. Il a été libéré samedi.

Malgré le tollé, Kellyanne Conway, conseillère du président, a assuré que sa décision continuerait à s‘appliquer.

Donald Trump “est un homme d‘action et de choc. Chose promise, chose due. Il faut bousculer le système et il ne fait que commencer”, écrit-elle sur Twitter.

Les mesures annoncées vendredi figuraient en bonne place dans le programme du candidat républicain, qui avait un temps envisagé de fermer l‘entrée aux Etats-Unis à tous les musulmans. Il a modifié cet objectif par la suite, le remplaçant par l‘idée de “contrôle exceptionnel” des migrants (“extreme vetting”) en provenance de certains pays.

“Nous allons avoir une interdiction très, très stricte et nous allons avoir un contrôle exceptionnel, ce que nous aurions dû avoir dans ce pays depuis des années”, a déclaré Trump.

Au département d‘Etat, un responsable a indiqué que les juristes travaillaient en collaboration avec leurs homologues de la Sécurité intérieure pour interpréter le décret Trump, qui autorise l‘entrée des personnes concernées par l‘interdiction, quand il en va de “l‘intérêt national”. Toute la question est de savoir ce que recouvre ce terme.

Voir aussi l‘ENCADRE sur le détail du décret (Avec Roberta Rampton, Lesley Wroughton, Yeganeh Torbati à Washington; Mica Rosenberg et David Ingram à New York; Brendan O‘Brien à Milwaukee; Khalid Abdelaziz à Khartoum; Parisa Hafezi à Dubai; Andrea Hopkins à Toronto; Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français)

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