24 janvier 2017 / 15:58 / dans 10 mois

GRAPHES-Trump, Brexit, retour de la crise de la dette en zone euro ?

* Le déficit courant des Etats-Unis ne s'est pas résorbé: bit.ly/2koN2ua

* Derrière les excédents chinois, ceux de l‘Allemagne

* Washington, Londres, fatigués des atermoiements de la zone euro? bit.ly/2kdNegR

24 janvier (Reuters) - La volonté du président Donald Trump de faire primer les intérêts des Etats-Unis, dont il considère qu‘ils n‘ont pas été les gagnants de la mondialisation, va accentuer la pression sur la zone euro confrontée à un calendrier électoral chargé qui entravera sa capacité de réaction.

Le point de vue de Donald Trump peut se comprendre au regard de l‘évolution du solde des balances courantes, qui retrace la différence entre ce que les résidents d‘un pays gagnent et ce qu‘ils dépensent, et les conduit à accumuler des dettes en cas de déficits ou des actifs en cas d‘excédents sur le reste du monde.

Le solde de la balance courante des Etats-Unis est le plus déficitaire des grandes économies mondiales, l‘autre grand pays structurellement dans le rouge étant la Grande-Bretagne.

Graphique de l‘évolution des soldes des balances courantes des principales économies mondiales :

bit.ly/2koN2ua

A l‘inverse, la Chine et l‘Allemagne et dans une moindre mesure le Japon sont structurellement excédentaires.

Les critiques des Etats-Unis et tout particulièrement des Républicains à l‘encontre de la Chine sont anciennes et connues. La charge de Donald Trump contre les Européens, et notamment de l‘Allemagne, est plus nouvelle.

Avant même son investiture, Donald Trump a en effet tourné le dos à la posture protectrice et conciliante des Etats-Unis vis-à-vis de l‘Europe, se déclarant indifférent au fait que les Européens soient unis ou non, saluant le Brexit, pronostiquant de nouvelles sorties de l‘Union européenne, dénonçant le fonctionnement de l‘Europe au service de la puissance allemande, stigmatisant la politique migratoire d‘Angela Merkel, menaçant Berlin de représailles commerciales et mettant les Européens face à leur responsabilités en matière de défense.

“A force de se concevoir comme un espace qui se protège des grandes perturbations internationales, focalisée sur ses dysfonctionnements internes, l‘Europe oublie de s‘interroger sur sa propre responsabilité sur les désordres du monde”, relève Olivier Passet, de l‘institut Xerfi.

“Or l‘Europe, c‘est d‘abord aujourd‘hui une machine à excédent, sous la houlette de l‘Allemagne”, poursuit-il.

“Les pays européens furent les premiers à dénoncer le caractère insoutenable des déséquilibres globaux des balances des paiements au tournant des années 1990-2000”, rappelle-t-il.

“Sauf qu‘aujourd‘hui, au casting des excédents vertigineux, ce ne sont plus les émergents d‘Asie, ni le Japon, ni le Moyen-Orient qui sont en tête d‘affiche mais bien l‘Europe. Qu‘elle suscite agressivité et suspicion dans ces conditions n‘a rien d‘étonnant.”

LA QUESTION DE L‘AVENIR DE L‘EURO

Pour Charles Dumas, de Lombard Street Research, les modalités de sortie de la crise des dettes de la zone euro après l‘engagement du président de la Banque centrale européenne Mario Draghi de faire “tout ce qui serait en son pouvoir” pour éviter l‘éclatement de la monnaie unique européenne n‘a rien fait pour arranger les choses.

La forte dépréciation de l‘euro, notamment contre la livre sterling jusqu‘au Brexit et contre le dollar, liée à la politique d‘assouplissement quantitatif de la BCE, a encore accentué l‘excédent commercial de l‘Allemagne, le pays européen le plus à même d‘en bénéficier grâce à ses capacités exportatrices.

Graphique de l‘évolution de l‘euro contre le dollar et la livre sterling depuis 2008 :

bit.ly/2kdNegR

L‘euro ultra-faible et l‘ampleur des excédents commerciaux, notamment de l‘Allemagne, sont pour Charles Dumas une des causes du Brexit comme de l‘écho rencontré par la rhétorique protectionniste de Trump auprès des électeurs américains.

Les économistes de Barclays ont souligné à la fin de l‘année dernière la contribution de l‘assouplissement quantitatif de la BCE à l‘accélération de la croissance et de l‘inflation et à la réduction des rendements réels au sein de la zone euro.

Mais ils pointaient aussi que cette politique ultra-accommodante ne pourrait pas durer éternellement et qu‘elle avait donné une marge de manoeuvre à des pays lourdement endettés comme la France, l‘Italie et l‘Espagne qui en ont profité pour relâcher leurs efforts d‘assainissement budgétaire et soutenir la demande intérieure.

Pour Charles Dumas, le maintien de la croissance à un rythme correct et l‘accélération progressive de l‘inflation au sein de la zone euro conduiront à “une nette réduction des niveaux actuellement extrêmes de la stimulation monétaire”.

“Un retour à des taux d‘intérêt plus normaux au sein de la zone euro, même si cela n‘était qu‘au niveau ou légèrement au-dessus du taux d‘inflation, entraînerait probablement une appréciation majeure de l‘euro.”

Au regard de l‘ampleur de son endettement public et de la dégradation de sa compétitivité coût, l‘Italie aura, selon lui, beaucoup de difficultés à surmonter une normalisation des taux et une appréciation de la monnaie unique européenne, et la zone euro replongera dans la crise interne des balances des paiements.

Il estime que la question de l‘avenir de l‘euro se posera alors à nouveau en termes d‘acceptation par l‘Allemagne d‘une union budgétaire.

Mais les Etats-Unis et le reste du monde “ne laisseront sans doute pas à l‘Allemagne et à ses partenaires de la zone euro plusieurs années supplémentaires pour débattre de cette question”, prévient-il.

“La zone euro n‘a échappé à des critiques plus virulentes que parce les Etats-Unis faisaient de la Chine le grand fauteur de trouble. Cela ne va pas durer.”

Sources :

* Pourquoi Trump s‘en prend si fort à l‘Europe. Xerfi Canal. 20 janvier 2017

* German/EA up + Brexit - Trump = stress. Lombard Street Research. 18 janvier 2017.

* QE’s fiscal high will not last forever. Euro Themes. Barclays. 22 novembre 2016. (Marc Joanny, édité par Dominique Rodriguez)

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