30 décembre 2016 / 13:24 / dans un an

BILAN-La transformation, moteur clé du marché des M&A en 2016

par Lauren Hirsch et Pamela Barbaglia

NEW YORK/LONDRES, 30 décembre (Reuters) - Un opérateur de télécommunications qui met la main sur des chaînes de télévision et un studio de cinéma, un éditeur de logiciel qui acquiert un réseau social, un fabricant de téléphones portables qui rachète un spécialiste des systèmes audio connectés pour l‘automobile: en matière de fusions-acquisitions, l‘année 2016 aura été marquée par la volonté de certaines des plus grandes entreprises du monde de trouver de nouvelles sources de revenus pour s‘adapter à la faiblesse de la croissance économique.

Ce mouvement s‘est traduit par de nombreux rachats d‘entreprises dans des domaines plus ou moins éloignés du coeur des activités de l‘acquéreur, et il a contribué à faire du cru 2016 le troisième de l‘histoire en matière de montant global des fusions-acquisitions, derrière 2015 et 2007.

“Les entreprises sont en train de se réinventer, elles voient leurs activités sous un jour nouveau en essayant de prendre l‘initiative en matière de rupture de modèle pour éviter d‘en être les victimes, ce qui alimente le flux des opérations”, explique Chris Ventresca, co-directeur des fusions-acquisitions (M&A) chez JPMorgan Chase & Co.

Parmi les opérations correspondant à cette description figurent certaines des plus importantes en valeur bouclées ces derniers mois, comme le rachat de Time Warner par AT&T pour 85,4 milliards de dollars (81,1 milliards d‘euros). Mais aussi celui de LinkedIn par Microsoft (26,2 milliards de dollars) ou celui de Harman International par Samsung Electronics (8,0 milliards de dollars).

“Jamais l‘impact des nouvelles technologies sur chacun des secteurs et la convergence entre des secteurs plus traditionnels n‘ont été autant en tête des préoccupations”, estime Cary Kochman, responsable des M&A pour l‘Amérique du Nord chez Citigroup.

3.600 MILLIARDS DE DOLLARS

A 3.600 milliards de dollars, le montant global des M&A conclues en 2016 a néanmoins chuté de 17% par rapport au record de l‘année précédente alors que le nombre d‘opérations restait quasi stable à 44.688, selon un recensement provisoire de Thomson Reuters.

En dépit de la montée des tensions géopolitiques et des “surprises” telles que le Brexit ou l‘élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les M&A transfrontalières ont représenté près de 40% du total, les entreprises continuant d‘aller chercher la croissance hors de leur marché d‘origine.

“On ne peut pas appréhender une opération sans prendre en compte l‘instabilité politique susceptible de résulter d‘un référendum ou d‘une élection”, souligne Luca Ferrari, responsable des M&A pour l‘Europe, le Moyent-Orient et l‘Afrique chez Bank of America.

Parmi les opérations les plus marquantes impliquant des groupes européens figurent le rachat du géant américain de l‘agrochimie Monsanto par l‘allemand Bayer pour 66 milliards de dollars ou celui du producteur suisse de semences Syngenta par le chinois ChemChina pour 43 milliards.

Les acquisitions à l‘international par des entreprises chinoises - dont près d‘un tiers aux Etats-Unis - ont représenté un total de 221 milliards de dollars, plus du double du montant de 2015 (109 milliards). Aux Etats-Unis, les acquisitions chinoises affichent un bond de 841% sur un an.

“Les entreprises asiatiques ont montré une détermination accrue à conclure des opérations, motivée principalement par leur besoin de croître à l‘échelle mondiale et d‘acquérir une expertise dont elles ne disposent pas”, dit Gilberto Pozzi, co-directeur des M&A de Goldman Sachs.

DES AUTORITÉS PLUS SÉVÈRES

Ces tendances n‘ont pas empêché la conclusion d‘opérations plus “traditionnelles”, c‘est-à-dire motivées par la volonté de croître en taille critique ou de trouver des synergies, à l‘image du rachat de l‘opérateur de gazoducs Spectra Energy par le canadien Enbridge pour 28 milliards de dollars ou la fusion à 65 milliards dans les gaz industriels entre l‘allemand Linde et l‘américain Praxair.

“Bon nombre de ces opérations sont de la consolidation pure et simple, une manière de s‘affirmer en renforçant ses positions”, explique Robin Rankin, co-directeur des M&A chez Credit Suisse.

Toutes les opérations annoncées ne sont évidemment pas assurées d‘obtenir le feu vert des autorités de la concurrence et des gouvernements concernés, la sévérité en la matière ayant tendance à se renforcer, comme l‘a prouvé l‘abandon par Pfizer de son projet de rachat d‘Allergan pour 160 milliards de dollars, qui aurait été la plus grosse opération d’“inversion fiscale” de l‘histoire mais que le Trésor américain a empêchée en durcissant les règles fiscales.

Un juge fédéral a aussi bloqué le projet de rapprochement entre le géant des fournitures de bureau Staples et son rival Office Depot, une opération de 6,3 milliards de dollars, en raison de craintes pour la concurrence.

“En 2015, les entreprises étaient très agressives en matière de consolidation stratégique parce qu‘elles avaient le sentiment d‘être obligées d‘aller dans ce sens, au point de tirer sur la corde du point de vue des risques pour la réalisation des opérations”, dit Gary Posternack, directeur des M&A de Barclays.

La valeur des projets de M&A abandonnés en 2016 atteint 804 milliards de dollars au total.

Un autre obstacle a joué un rôle non négligeable: celui des valorisations, tirées par la hausse générale des marchés, ce qui a parfois compliqué les négociations entre acheteurs et vendeurs.

Twitter en a fait les frais, échouant à trouver un repreneur, et le conglomérat United Technologies a rejeté une offre de 90,7 milliards de dollars d‘Honeywell International.

Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

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