23 décembre 2016 / 00:56 / il y a 8 mois

LEAD 4-Le gouvernement italien au secours de la banque Monte dei Paschi

(Actualisé avec Commission européenne §8)

par Giuseppe Fonte et Valentina Za

ROME, 23 décembre (Reuters) - Le gouvernement italien réuni en urgence jeudi soir a approuvé un décret ouvrant la voie au sauvetage par l'Etat de la banque Monte dei Paschi di Siena , qui n'a pas réussi à lever sur les marchés les cinq milliards d'euros qu'il lui fallait trouver avant la fin de l'année.

Le président du Conseil, Paolo Gentiloni, a annoncé que le conseil des ministres avait approuvé la création d'un fonds doté de 20 milliards d'euros pour soutenir le secteur bancaire italien en difficulté, dont Monte dei Paschi devrait être le premier établissement bénéficiaire.

Les députés italiens avaient autorisé mercredi le gouvernement à emprunter cette somme pour ce faire.

"Aujourd'hui marque une journée importante pour Monte dei Paschi, une journée qui la verra passer un cap et être en mesure de rassurer les épargnants", a dit Paolo Gentiloni.

Dans un communiqué diffusé moins d'une demi-heure après l'annonce du président du Conseil, la banque toscane s'est portée candidate à une aide de ce fonds, inaugurant peut-être la plus importante nationalisation bancaire survenue en Italie depuis des décennies.

Rome a précisé que le renflouement du secteur bancaire se ferait conformément au droit européen, ce qui implique que certains créanciers obligataires de Monte dei Paschi devront assumer des pertes avant toute mobilisation des deniers publics.

Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, a confirmé vendredi que telle devait être la procédure, selon son porte-parole. "Telles sont les règles", a-t-il dit.

La Commission européenne a tenu un discours similaire. "Une solution préventive de recapitalisation peut être mise en place dans le respect intégral des règles de l'UE si les conditions sont réunies, et requiert un partage du fardeau par les actionnaires et les créanciers subordonnés", a dit une porte-parole de l'exécutif européen.

Le gouvernement et la banque se sont cependant engagés à préserver l'intégrité financière de quelque 40.000 épargnants détenteurs d'une partie de la dette non garantie, dont bon nombre ont dit qu'ils n'étaient pas conscients du risque lorsqu'ils ont investi dans ces titres.

Monte dei Paschi, la plus ancienne banque au monde encore en activité, est apparue comme l'établissement européen le plus faible des 51 qui avaient subi des tests de résistance cette année. Elle avait jusqu'à la fin de l'année pour régler ses problèmes sans quoi elle risquait la liquidation pure et simple.

La chute de Monte dei Paschi aurait mis en péril l'épargne de milliers d'Italiens et aurait provoqué vraisemblablement une onde de choc dans l'ensemble du secteur bancaire italien qui ploie sous 356 milliards d'euros de créances douteuses, soit le tiers de la totalité de l'encours de la zone euro.

Sur le marché obligataire, le rendement des obligations souveraines italiennes à 10 ans a reculé de près de quatre points de base, à 1,815%, les investisseurs faisant un bon accueil à l'intervention de l'Etat italien dans le dossier.

LE PROBLÈME DE LA DETTE PUBLIQUE

La banque fondée en 1472 espérait lever cinq milliards d'euros auprès du secteur privé mais elle a admis mercredi soir qu'elle n'avait pu s'attirer le soutien d'un investisseur de référence.

L'échec de l'appel aux marchés s'explique notamment par le risque politique lié à la défaite de Matteo Renzi au référendum constitutionnel du 4 décembre dernier, qui a abouti à sa démission et à son remplacement par Paolo Gentiloni.

Le gouvernement a dit que les conditions détaillées du plan de sauvetage restaient à préciser mais il en a déjà donné les grandes lignes.

Les obligations de première catégorie (Tier 1) de la banque, essentiellement détenues par des professionnels, seront converties en actions à 75% de leur valeur nominale.

Les obligations de seconde catégorie (Tier 2), réparties surtout dans le grand public, seront converties à 100% de leur valeur nominale.

Pour préserver encore un peu plus les petits porteurs, la banque propose d'échanger les actions qu'ils obtiendront à l'issue de la conversion contre des obligations normales, se chargeant de revendre lesdites actions à l'Etat par la suite.

"Le sauvetage exigera un (nouveau) 'business plan' qui sera soumis à l'autorisation des autorités européennes et qui permettra à la troisième banque italienne de redevenir totalement opérationnelle au bénéfice de l'économie et avec la confiance totale de ses déposants", a dit le ministre de l'Economie, Pier Carlo Padoan.

Les Italiens ont déjà perdu des milliards d'euros à la suite de crises bancaires en série provoquées par une sévère récession qui a mis en lumière les dégâts causés par le clientélisme et une gestion médiocre.

D'autres banques italiennes doivent elles aussi renforcer leurs bilan, en particulier Banca Popolare di Vicenza, Veneto Banca et Banca Carige.

Rome a enfin du mal à trouver un acheteur pour quatre petits établissements sauvés de la faillite l'an passé, à savoir Banca Etruria, Banca Marche, CariFerrara et CariChieti.

Si le gouvernement dépense intégralement l'enveloppe de 20 milliards d'euros qu'il est autorisé à consacrer au secteur bancaire, cela ne fera qu'aggraver la situation de la dette. Cette dernière représente 133% du produit intérieur brut (PIB), soit le niveau le plus élevé au sein de la zone euro hormis la Grèce. Si on ajoute 20 milliards d'euros de plus, le rapport sera de plus de 134%.

Les transactions sur les actions, les dérivés et 10 emprunts de la banque seront suspendues toute la journée de vendredi. L'action Monte dei Paschi a terminé jeudi en baisse de 7,5% à 15,08 euros en Bourse de Milan.

Cette dernière progressait vers 13h00 GMT de 1%, faisant nettement mieux que les autres places européennes, grâce notamment à la hausse de 1,2% de l'indice regroupant les valeurs bancaires italiennes.

BREAKINGVIEWS:

* Italy's Monte dei Paschi bail-in is a bailout

* JPMorgan's Monte Paschi flop is in eye of beholder

Crispian Balmer avec Valentina Za à Milan; Wilfrid Exbrayat, Véronique Tison et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Benoit Van Overstraeten et Bertrand Boucey

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