19 décembre 2016 / 09:02 / il y a 8 mois

RPT-France-Le procès Lagarde assombrit l'avenir judiciaire du PDG d'Orange

(Retransmission sans changement d'une dépêche transmise vendredi)

* Le PDG d'Orange a refusé de témoigner

* Son rôle a souvent été au coeur des débats

* Un ancien haut fonctionnaire de Bercy le met en cause

par Chine Labbé

PARIS, 19 décembre (Reuters) - Le procès de Christine Lagarde pour son rôle dans l'arbitrage Tapie jette une ombre sur les perspectives judiciaires de son ex-directeur de cabinet au ministère des Finances, Stéphane Richard, mis en examen dans l'enquête principale sur ce dossier.

L'actuel PDG d'Orange, grand absent de ces audiences, où il a refusé de venir témoigner, estimant ce statut "contradictoire" avec les soupçons qui pèsent contre lui, a en effet été au coeur des débats devant la Cour de justice de la République, où comparaissait la patronne du FMI.

Mis en examen pour escroquerie en bande organisée et complicité d'un détournement de fonds publics reproché à Bernard Tapie, il est soupçonné d'avoir "dissimulé" à sa ministre de tutelle "des éléments essentiels du dossier", d'avoir participé à des réunions à l'Elysée "à son insu", et d'avoir donné "sans droit" des instructions relatives à cet arbitrage.

Des accusations qu'il conteste.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui dit avoir toujours "travaillé en confiance avec ses équipes" et n'avoir reçu "aucune instruction" de l'Elysée ou Matignon, n'exclut pas d'avoir été "abusée", peut-être avec d'autres. Par qui ? Christine Lagarde ne répond pas.

À plusieurs reprises, elle explique qu'elle n'a pas eu connaissance de toutes les notes de ses services (notamment de l'Agence des participations de l'Etat). Son directeur de cabinet, chargé de ce dossier, jouait un rôle de "filtre".

DEMANDE DE CONFRONTATION AVEC BRUNO BÉZARD

"On ne peut qualifier de négligence le fait de faire confiance à son directeur du cabinet, même s'il s'avérait a posteriori que cette confiance était mal placée, ce qui reste à démontrer", a souligné l'avocat général Philippe Lagauche lors de ses réquisitions.

Allant au-delà de la simple question, une parlementaire de la Cour de justice de la République, qui juge les anciens ministres, estime que les déclarations de Christine Lagarde donnent "le sentiment profond (qu'elle) a été désinformée". "Votre désinformation accable Stéphane Richard", ajoute-t-elle.

Vient le témoignage de Bruno Bézard, ancien directeur de l'Agence des participations de l'Etat (APE). Dès 2007, il dit percevoir des "promiscuités curieuses" dans cette affaire. "La façon dont le directeur de cabinet présentait le dossier semblait indiquer une volonté d'aboutir quoi qu'il arrive à un arbitrage dans le cadre d'une compréhension assez poussée des intérêts de Monsieur Tapie", dit-il.

"Des mensonges", dénonce l'avocat de Stéphane Richard, Jean-Etienne Giamarchi, qui précise que son client va demander à être confronté avec l'ex-fonctionnaire devant les juges.

Le PDG d'Orange assure n'avoir fait qu'exécuter une décision politique prise par Christine Lagarde. "C'était le procès de Christine Lagarde, pas de Stéphane Richard", insiste son avocat dans un message transmis à Reuters. "Pour lui, l'affaire continue et il va à nouveau pouvoir dire que, pas plus que Christine Lagarde, il n'avait suspecté de fraude à l'arbitrage."

Restent des instants d'audience où le nom de Stéphane Richard est maintes fois prononcé, sans que celui-ci puisse répondre. Au sujet, par exemple, d'un déjeuner que Christine Lagarde dit accepter d'organiser avec Bernard Tapie, sur l'"insistance" de son directeur de cabinet.

Ou à propos d'une réunion, le 30 juillet 2007, qui réunit à l'Elysée Stéphane Richard, plusieurs conseillers de l'Elysée, un représentant des intérêts du Crédit Lyonnais et, dans un premier temps, Bernard Tapie. A cette réunion, l'ex-directeur de cabinet de la ministre explique que "là-haut, ils veulent un arbitrage", assure à la barre l'un de ses co-mis en examen.

CHARMÉ PAR TAPIE ?

Les relations entre Bernard Tapie et le pouvoir de l'époque (il a été reçu 17 fois par Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2010, a rappelé la présidente) ont été longuement examinées jeudi.

A la barre, Jean-Louis Borloo, pour qui le PDG d'Orange a travaillé au ministère des Finances avant d'y rester auprès de Christine Lagarde, dit ne pas "avoir l'impression que Stéphane Richard soit très influençable". "Que monsieur Tapie l'ait charmé, c'est possible", ajoute-t-il toutefois.

Pour Patrick Maisonneuve, qui représente Christine Lagarde, l'absence de Stéphane Richard a privé la Cour "d'un débat essentiel". "Lorsque son ancien ministre comparaît devant une Cour, peut-être que, moralement, on peut accepter d'être au moins présent", ajoute-t-il sèchement au dernier jour du procès.

La veille, il avait déjà fustigé ce choix, qui marque selon lui la volonté du PDG d'Orange d'"éviter de répondre" aux questions de la Cour.

Dans une lettre écrite pour la CJR mais finalement refusée par celle-ci, Stéphane Richard appelle à ne pas interpréter son absence "comme une dérobade, ou pire encore un aveu de culpabilité" qu'il "conteste fermement".

L'enquête dans laquelle il a été mis en examen a été clôturée le 5 décembre. Mais sa demande de confrontation pourrait, si elle est acceptée, entraîner sa réouverture.

Stéphane Richard a été réélu en 2014 pour un second mandat de quatre ans à la tête d'Orange, numéro un français des télécoms, dont l'Etat français est le premier actionnaire avec 23% du capital. (Edité par Yves Clarisse)

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