16 décembre 2016 / 10:50 / il y a 8 mois

LEAD 1-France-Lagarde sera fixée sur son sort lundi

* La patronne du FMI dit avoir enduré "cinq années d'épreuve"

* Elle affirme que le risque de fraude lui a échappé

* Le parquet demande la relaxe de Christine Lagarde (Actualisé avec autres citations, détails, contexte)

par Chine Labbé

PARIS, 16 décembre (Reuters) - La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a dit vendredi ne jamais avoir suspecté de risque de fraude dans l'arbitrage Tapie, étouffant au dernier jour de son procès un sanglot à l'évocation de "cinq années d'épreuve".

L'ex-ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, qui a validé le principe de l'arbitrage, est accusée d'avoir pris une décision "malvenue" allant à l'encontre "de l'avis répété" de l'Agence des participations de l'Etat (APE) et d'avoir renoncé de manière "précipitée" à contester le versement à l'homme d'affaires de 403 millions d'euros.

La Cour de justice de la République (CJR), qui juge la patronne du FMI depuis lundi pour négligence ayant mené au détournement par un tiers de fonds publics, se prononcera sur son sort lundi à 15h00.

"Ces cinq jours d'audience mettent fin à cinq années d'épreuve", a déclaré Christine Lagarde, à qui la parole était donnée en dernier, comme il est de coutume.

"Dans ce dossier, comme dans tous les autres dossiers, j'ai agi en confiance et en conscience, avec pour seul objectif la défense de l'intérêt général", a-t-elle ajouté, disant avoir essayé d'être "digne" de sa tâche au ministère des Finances.

"J'aurais dû prendre en compte tous les risques, j'ai essayé de le faire mais (...) le risque de la fraude m'a totalement échappé", a poursuivi Christine Lagarde.

"D'alertes ou de mises en garde, jamais, d'aucune sorte, d'aucune part, alors j'ai décidé et j'assume les décisions", a-t-elle conclu, disant espérer que ses services l'auraient prévenue s'ils avaient perçu la fraude.

Mercredi, le parquet général, qui était hostile à ce procès, a requis la relaxe de Christine Lagarde, jugeant les accusations la visant "bien faibles, voire incantatoires".

La Cour, composée de trois magistrats professionnels, six députés et six sénateurs, n'est toutefois pas tenue de suivre ces réquisitions. Les 15 juges se sont retirés vendredi en fin de matinée pour délibérer.

"UNE DÉCISION QUI TOURNE MAL"

D'ici lundi à 15H, ils devront se prononcer à la majorité simple de huit voix, et voteront à bulletins secrets, sur sa culpabilité d'abord, et, le cas échéant, sur sa peine.

Christine Lagarde encourt jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende. Mais en 23 ans d'existence, la CJR, dont c'était le cinquième procès seulement, n'a jamais prononcé de peine de prison ferme.

Négligence ou "choix politique malheureux" ? C'est à cette question que la CJR devra répondre, a estimé jeudi le procureur général Jean-Claude Marin, pour qui "l'action de Madame Lagarde ne relève pas du droit pénal".

Un axe repris par ses avocats vendredi. Me Patrick Maisonneuve a ainsi fustigé un procès en forme de "contrôle, a posteriori, par le juge pénal, d'une décision d'un ministre".

"La faute, ce n'est plus une négligence, la faute c'est d'avoir pris une décision qui tourne mal", a ajouté Me Bernard Grelon, autre conseil de la patronne du FMI.

La défense de Christine Lagarde s'est aussi concentrée sur le témoignage accablant de l'ancien directeur de l'Agence des participations de l'Etat Bruno Bézard, qui a fustigé mardi l'arbitrage comme "la pire des solutions".

"S'il pense, Monsieur Bézard, qui a toujours raison, que la situation est d'une telle gravité, pourquoi ne fait-il pas quelques mètres pour aller voir la ministre?" s'est insurgé Patrick Maisonneuve. "C'est toujours facile de reconstituer l'Histoire après coup."

Avant lui, Bernard Grelon avait rappelé que l'APE avait recommandé l'acquisition par Areva de la société minière Uramin en 2007, un rachat qui tournera au fiasco financier.

En 2008, un arbitrage qui doit solder un litige vieux de 15 ans entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas accorde 403 millions d'euros à l'homme d'affaires avec les intérêts.

Désormais entaché de fraude, il a été annulé en février 2015 au civil, et fait l'objet d'une enquête au pénal pour escroquerie en bande organisée et détournement de fonds publics. (Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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