15 décembre 2016 / 17:02 / dans 9 mois

France-La croissance devrait continuer de plafonner

* L'Insee revoit sa prévision 2016 à 1,2%
    * L'objectif 2017 du gouvernement supposerait une nette accélération
    * Les créations d'emploi toujours bien orientées
    * Le commerce extérieur et l'agriculture ont pesé sur la croissance

    par Yann Le Guernigou
    PARIS, 15 décembre (Reuters) - L'économie française devrait accélérer comme
prévu en cette fin d'année après son trou d'air du printemps mais insuffisamment
pour que 2016 se distingue de 2015 et que 2017 démarre sur une note plus
robuste, estime l'Insee.
    Si ses objectifs d'activité sont mis à mal par ces nouvelles prévisions, le
gouvernement pourra faire valoir que, même avec cette croissance molle, les
créations d'emploi sont bien reparties dans le secteur privé et que le taux de
chômage est appelé à poursuivre sa décrue.
    Dans sa note de conjoncture trimestrielle publiée jeudi, l'Insee confirme
prévoir un PIB (produit intérieur brut) en hausse de 0,4% au quatrième trimestre
après +0,2% au troisième et -0,1% au deuxième.
    Mais l'institut est amené à revoir à 1,2% (contre 1,3% auparavant) sa
croissance pour l'ensemble de 2016, dont l'élan aura reposé sur un seul
trimestre dynamique, le premier (+0,6%).
    Le PIB de la France continuerait alors d'évoluer au même rythme qu'en 2015,
alors que le gouvernement a revu le mois dernier son objectif 2016 à 1,4%
(contre 1,5% précédemment).
    Tout laisse penser à ce stade qu'il en sera de même l'an prochain si les
incertitudes liées aux échéances électorales en Europe et à l'arrivée d'une
nouvelle administration aux Etats-Unis n'entament pas la confiance des acteurs
économiques.
    L'Insee table ainsi sur +0,3% au premier trimestre puis +0,4% au trimestre
suivant, avec un acquis de croissance sur l'ensemble de l'année qui atteindrait
1% au 30 juin prochain.
    A ce niveau, il faudra que l'activité progresse d'au moins 0,6% sur chacun
des deux derniers trimestres de 2017 pour atteindre 1,5%, l'objectif sur lequel
le gouvernement a bâti son budget, ce qui ne s'est pas produit depuis près de
dix ans.
    En l'état actuel, l'Insee souligne que la stabilité de ses enquêtes sur le
climat des affaires à des niveaux juste au-dessus de leur moyenne depuis
l'automne 2015 est conforme avec un rythme de croissance de 0,3% à 0,4% par
trimestre.
    Le ministre de l'Economie et des Finances, Michel Sapin, a déclaré que les
prévisions de croissance de l'Insee étaient "dans la marge d'erreur, à 0,1 point
près" des objectifs du gouvernement.
    
    REGAIN D'INFLATION
    Mais il a insisté sur le fait que les prévisions de l'Insee en matière
d'emploi "nous remettent au niveau de 2008". "Les effets sur l'emploi de la
crise sont aujourd'hui effacés par le résultats des créations d'emplois dans le
domaine marchand", a-t-il dit au cours d'un point de presse.
    Malgré le rythme poussif de croissance de l'économie française, le secteur
privé a créé près de 180.000 emplois sur les douze mois à fin septembre, soit le
total le plus élevé depuis début 2008.
    L'Insee y voit l'effet des mesures "d'enrichissement de la croissance en
emploi" comme le crédit d'impôt compétitivité, le pacte de responsabilité ou la
prime à l'embauche dans les PME. Il restera notable bien que légèrement atténué
en 2017, avec 60.000 créations nettes d'emploi attendues au premier semestre.
    En conséquence, le taux de chômage au sens du BIT reviendrait à 9,6% en
France métropolitaine fin 2016 puis 9,5% à fin juin 2017, contre 9,9% fin 2015.
    En attendant, l'amélioration de la conjoncture de fin 2016 devrait être
alimentée par un rebond de la consommation des ménages et de l'investissement
des entreprises, qui ont accusé aux deuxième et troisième trimestres le
contrecoup de leur début d'année très dynamique.
    Il se poursuivrait en 2017 même si le pouvoir d'achat des ménages est appelé
à ralentir légèrement du fait d'un regain d'inflation lié pour l'essentiel à la
dissipation des effets passés de la baisse des prix du pétrole.
    Un autre facteur positif est le redémarrage de la demande mondiale adressée
à la France, attendu notamment en provenance de la zone euro, particulièrement
de l'Allemagne.
    Il devrait se refléter sur le commerce extérieur, qui a connu une année 2016
difficile, sa contribution à la croissance étant estimée à -0,6 point de PIB,
contre -0,3 en 2015. 
    L'agriculture, avec une production en recul de plus de 6%, aura coûté de son
côté à l'économie française 0,2 point de croissance. Elle pourrait récupérer dès
2017 si les conditions climatiques sont de retour à la normale, prédit l'Insee.
    L'institut insiste aussi sur le rebond du secteur de la construction après
les années noires 2013-2015, qui est appelé à se poursuivre et devrait lui aussi
à nouveau contribuer positivement à la croissance.
    
    Tableau des prévisions de l'Insee (en % sauf les contributions à la
croissance qui sont exprimées en point) :        
                                    T3    T4    T1    T2   2016    2017  
                                   2016  2016  2017  2017         (acquis
                                                                 au 30/6)
                                   (*)                           
 PIB                                0,2   0,4   0,3   0,4   1,2    1,0
 Importations                       2,5   0,2   0,9   1,1   2,8    2,7
 Consommation des ménages           0,0   0,5   0,3   0,3   1,5    1,0
 Consommation des administrations   0,3   0,3   0,3   0,4   1,5    1,1
 Investissement                     0,2   0,5   0,7   0,5   2,7    1,5
  - Entreprises                    -0,4   0,5   0,8   0,5   3,4    1,4
  - Ménages                         0,6   0,6   0,6   0,6   1,4    1,9
  - Administrations                 1,1   0,3   0,1   0,2   2,3    1,1
 Exportations                       0,5   0,3   1,1   1,1   0,6    2,4
 Contributions                                                   
 (en point de PIB)                                               
  - Demande intérieure              0,1   0,5   0,4   0,4   1,8    1,1
  - Variation des stocks            0,7  -0,1  -0,1   0,0   0,1    0,0
  - Commerce extérieur             -0,6   0,0   0,0   0,0  -0,7   -0,1
 Taux de marge des entreprises     31,7  31,6  31,6  31,6  31,8   31,6
 Taux d'épargne des ménages        15,1  14,7  14,5  14,5  14,7   14,5
 Taux de chômage BIT                                             
  - France métropolitaine           9,7   9,6   9,6   9,5   9,6    9,5
  - France entière                 10,0   9,9   9,9   9,8   9,9    9,8
 (*) les données du troisième trimestre sont celles de la deuxième estimation des
comptes de la période publiée fin novembre par l'Insee, à
l'exception du taux de marge des entreprises et du taux d'épargne des ménages,
qui restent à l'état de prévision.

 (avec la contribution de Marc Joanny, édité par Yves Clarisse)

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