12 décembre 2016 / 15:56 / dans un an

Turquie-Le PIB se contracte pour la première fois depuis 2009

par Daren Butler et Nevzat Devranoglu

ISTANBUL/ANKARA, 12 décembre (Reuters) - Les 79 millions de Turcs ont vu leur niveau de vie moyen bondir de près de 20% lundi, au moins sur le papier.

Cet enrichissement théorique, après une modification du mode de calcul du produit intérieur brut (PIB), ne devrait guère apaiser la frustration de la population face aux difficultés économiques.

La Turquie, qui a ajusté les données de son PIB pour les mettre en conformité avec les normes d‘une Union européenne qu‘elle espère intégrer, a aussi annoncé lundi que son économie s‘était contractée de 1,8% sur un an au troisième trimestre, sa première baisse en sept ans.

Le pays, qui était encore considéré il y a peu comme l‘un des marchés émergents les plus prometteurs au monde, suscite désormais l‘inquiétude des investisseurs et il a vu sa devise, la livre, tomber à un plus bas historique à la suite d‘une vague d‘attentats, le dernier en date samedi, et d‘une tentative de coup d‘Etat en juillet.

“Ces révisions donnent une image plus saine de certaines variables macroéconomiques de la Turquie”, juge William Jackson, de Capital Economics à Londres. “Mais cela ne change rien dans la réalité: la livre est l‘une des devises les plus vulnérables aux chocs (parmi les marchés émergents) et l‘économie a toujours un problème de productivité.”

L‘institut turc de la statistique a annoncé que le PIB s‘était élevé en 2015 à 861 milliards de dollars (811 milliards d‘euros) contre 720 milliards selon l‘ancienne méthodologie. Le revenu par habitant, considéré comme un bon indicateur du niveau de vie d‘un pays, est pour sa part passé de 9.257 dollars à 11.014 dollars.

Même si le changement est sans effet dans la vie quotidienne des Turcs, la nouvelle tombe à point pour Recep Tayyip Erdogan, qui a longtemps assis sa légitimité et sa popularité sur la réussite économique du pays depuis son arrivée au pouvoir en 2002. Le président pourrait soumettre à référendum d‘ici mai un projet de renforcement des prérogatives du chef de l‘Etat.

Les analystes de BBVA estiment qu‘à la suite de cette révision des données du PIB, la croissance turque au cours des 17 dernières années a été en moyenne de 5,1% et non pas de 3,9%.

La contraction de 1,8% au troisième trimestre est cependant nettement plus forte que les prévisions des économistes interrogés par Reuters, qui attendaient un recul limité à 0,5%. La hausse des dépenses publiques n‘a pas suffi à compenser le déclin de la consommation privée, montrent les données.

“La livre est en chute libre depuis fin septembre, les hausses de taux de la banque centrale se sont avérées lamentablement inefficaces et, de manière peut-être plus inquiétante, l‘économie se contracte désormais nettement ce qui nourrit le populisme et le nationalisme et rend très difficile pour la banque centrale de relever les taux”, dit Nicholas Spiro, chez Lauressa Advisory à Londres. (Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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