6 décembre 2016 / 10:02 / il y a un an

LEAD 1-La présidente sud-coréenne semble prête à combattre sa destitution

par Ju-min Park et Se Young Lee

SEOUL, 6 décembre (Reuters) - La présidente sud-coréenne Park Geun-hye, impliquée dans une affaire de trafic d‘influence, a laissé entendre mardi qu‘elle contesterait une éventuelle procédure de destitution à son encontre.

Le Parlement doit voter ce vendredi sur une motion présentée par l‘opposition pour engager la procédure. Même si l‘opposition parvient à réunir une majorité qualifiée des deux tiers sur son texte - il lui faudra pour cela convaincre au moins 28 députés du parti au pouvoir -, il appartiendra ensuite à la Cour constitutionnelle de valider cette destitution.

La présidente Park, qui rencontrait mardi des membres de son parti Saenuri, a indiqué qu‘elle ne démissionnerait pas avant la fin de cette procédure, qui pourrait prendre des mois.

“Si la procédure de destitution est lancée, et la motion approuvée, j‘observerai le processus devant la Cour constitutionnelle et accepterai avec calme ce qui sera bon pour notre pays et pour notre peuple”, a-t-elle dit lors de cette réunion, selon des propos rapportés par Chung Jin-suk, un des cadres du Saenuri.

Park, dont le mandat court théoriquement jusqu‘en février 2018, pourrait être le premier dirigeant sud-coréen démocratiquement élu destitué.

Pour l‘analyste Rhee Jong-hoon, commentateur politique chez iGM Consulting, ses déclarations devant les membres de son parti signifient qu‘elle est prête à se battre devant la Cour constitutionnelle pour invalider son éventuelle destitution.

“Et si la motion est annulée ? Elle restera en fonction jusqu‘au terme de son mandat”, ajoute-t-il.

Park, dont la popularité est tombée à des niveaux jamais vus, est accusée d‘avoir favorisé les desseins d‘une amie de longue date, Choi Soon-sil, pour amener les grands conglomérats sud-coréens à financer deux fondations créée par cette dernière.

La présidente a démenti toute malversation mais a présenté des excuses pour ce qu‘elle a qualifié d‘imprudence dans ses relations avec Choi.

La semaine dernière, elle avait proposé de démissionner en demandant au Parlement de décider quand et comment pourrait se dérouler son départ. Les partis d‘opposition avaient rejeté l‘idée, dénonçant une manoeuvre visant à gagner du temps et lui épargner l‘infamie d‘une destitution.

LES DIRIGEANTS DES “CHAEBOLS” TÉMOIGNENT DEVANT LES DÉPUTÉS

Parallèlement, neuf dirigeants des plus grands conglomérats sud-coréens, dont Samsung et Lotte Group, ont été entendus ce mardi par le Parlement dans le cadre de l‘enquête sur le scandale.

Fait exceptionnel, leur audition devant la commission parlementaire chargée de déterminer si la dirigeante ou sa proche amie Choi ont fait pression sur les “chaebols” pour obtenir ces financements était retransmise en direct à la télévision.

Ils ont expliqué ne pas avoir recherché les faveurs de la présidente en finançant les deux fondations créées par Choi. Mais le représentant de GS Group a reconnu qu‘il était difficile de dire non au gouvernement.

“C‘est une réalité sud-coréenne: lorsqu‘il y a une requête du gouvernement, il est difficile pour les entreprises de refuser”, a dit Huh Chang-soo, qui préside également la Fédération des industries coréennes.

Le vice-président de Samsung, Jay Y. Lee, a raconté que la présidente Park lui aurait demandé lors d‘un entretien en tête-à-tête de soutenir les innovations culturelles et sportives sans pour autant lui demander explicitement de l‘argent.

“Souvent des requêtes émanent de différents secteurs de la société, notamment pour la culture ou le sport. Nous n‘avons jamais versé d‘argent en espérant en retour des contreparties. Et cela a été le cas dans cette affaire”, a-t-il dit, ajoutant cependant qu‘il était embarrassé par la situation et qu‘il témoignait “le coeur lourd”.

Samsung a versé quelque 20 milliards de wons (environ 16 millions d‘euros) aux deux fondations créées par Choi. Les bureaux de Samsung Electronics ont été perquisitionnés par la police le mois dernier.

“Je prendrai toute la responsabilité de la situation présente, juridique ou éthique, s‘il y a lieu”, a déclaré Lee.

Aucun des conglomérats impliqués ne fait l‘objet de poursuites dans cette affaire. (avec Jack Kim et Yun Hwan Chae; Julie Carriat et Henri-Pierre André pour le service français)

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