7 décembre 2016 / 13:41 / il y a 8 mois

Le CAE plaide à son tour pour l'expansion bugétaire dans l'UE

* Orienter les politiques macroéconomiques vers la croissance dans l'UE

* Privilégier les investissements d'avenir pour réduire les dépenses courantes

* Favoriser l'épargne de long terme en France

PARIS, 7 décembre (Reuters) - Les règles européennes devraient évoluer pour soutenir davantage la croissance et ne plus seulement se concentrer sur la discipline budgétaire, estime le Conseil d'analyse économique (CAE).

Dans une note publiée mercredi, cet organisme rattaché aux services du Premier ministre français appelle, à l'instar de la Commission européenne, de l'OCDE ou du FMI, à profiter du contexte de taux bas pour recourir au levier budgétaire afin de dynamiser la croissance et à réformer les politiques de l'épargne pour favoriser l'investissement.

"Pour les Etats membres, contribuer à l'équilibre macroéconomique d'ensemble et à la prospérité de la zone euro est tout autant nécessaire que la soutenabilité des finances publiques", observent les auteurs de cette note, en soulignant que la politique monétaire peut "difficilement en faire davantage".

Ils appellent donc à une simplification de la procédure pour déséquilibre macroéconomique, qui permet à l'exécutif européen de faire des recommandations aux Etats membres. Elle devrait selon eux prendre en compte à la fois la situation particulière du pays et celle de l'ensemble de la zone euro et, surtout avoir "une importance égale à celle du Pacte de stabilité", qui se concentre sur l'état des finances publiques.

Objectif : faire en sorte que "les pays en excédent d'épargne soutiennent plus activement la demande agrégée tandis que ceux qui, comme la France, affichent un déficit, se concentrent sur leur compétitivité."

Dans cette optique, "il y a des opportunités d'investissement", notamment dans la transition énergétique et le capital humain (universités d'excellence, par exemple), a souligné lors d'un point presse Xavier Ragot, directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui a contribué à la rédaction de cette note.

Pour les auteurs, le plan d'investissement porté par le président de la CE Jean-Claude Juncker, dont le renforcement a été annoncé en septembre, ouvre de telles perspectives.

Mais il faut "avoir une démarche plus stratégique" et "bien assurer la gouvernance car il ne s'agit pas de payer le budget de l'Education nationale avec le plan Juncker", a précisé Agnès Bénassy-Quéré, présidente déléguée du CAE.

MODERNISER L'ADMINISTRATION, FAIRE ÉVOLUER L'ÉPARGNE

Au niveau de la France, les taux bas devraient également être mis à profit pour financer la modernisation des administrations publiques, par exemple par le déploiement du numérique.

Ces programmes, porteurs d'économies de fonctionnement à terme, devraient concerner en premier lieu les collectivités territoriales et être encadrés par "une gouvernance solide et indépendante", soulignent les auteurs.

Alors que l'épargne française est principalement investie dans l'immobilier et dans des placements liquides peu risqués bénéficiant d'un traitement fiscal favorable comme le livret A et les fonds en euros, la période de taux bas impose également une adaptation de la politique nationale de l'épargne, afin de réorienter celle-ci vers l'horizon du long terme.

Il faut "faire en sorte par la réglementation, par la fiscalité et par les taux réglementés, par les trois outils, d'ouvrir le spectre des produits d'épargne qui sont offerts, de manière à ce que toute l'épargne ne se retrouve pas sur des actifs liquides sans risque qui n'ont pas de rendement et donc qui ne répondent pas à certains besoins, notamment le besoin d'épargne retraite", a précisé Agnès Bénassy-Quéré.

Il faut "faire évoluer progressivement la fiscalité pour la rendre plus neutre" et éviter les distorsions actuelles, "par exemple avec un taux de livret A qui est au-dessus de ce qu'il devrait être" mais "il ne s'agit pas de faire encore des avantages fiscaux", a-t-elle ajouté.

Les acteurs financiers pourront ainsi proposer des produits avec des combinaisons plus équilibrées entre rendement, liquidité et sécurité.

Toutes ces évolutions sont d'autant plus nécessaires qu'"on sera encore dans un environnement de taux d'intérêt bas pendant longtemps", a souligné Xavier Ragot.

Sans compter que les institutions financières font partie des "perdants" des effets redistributifs liés à la baisse des taux d'intérêt.

D'après les calculs des auteurs, près de 190 milliards d'euros ont ainsi été "déplacés" des secteurs créanciers nets vers les secteurs débiteurs nets en France entre 2007 et 2014.

Sur cette période, "la baisse des taux d'intérêt a profité essentiellement aux administrations publiques et aux entreprises, au détriment des ménages, des sociétés financières et du reste du monde", observent-ils. (Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse)

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