5 octobre 2016 / 13:47 / il y a un an

Le FMI prône un assainissement et une consolidation des banques

par David Lawder

WASHINGTON, 5 octobre (Reuters) - Les banques européennes ont besoin de mesures "urgentes et exhaustives" pour traiter le problème des créances douteuses et revoir des modèles économiques inefficaces qui menacent de peser durablement sur leur rentabilité, a déclaré mercredi le Fonds monétaire international (FMI).

Dans la nouvelle édition de son Rapport sur la stabilité financière dans le monde, l'organisation juge qu'une rentabilité limitée par des taux d'intérêt bas et une croissance faible pourrait, à terme, éroder les bilans des banques européennes, nuire à leur capacité à soutenir la reprise économique et compromettre la stabilité.

Cet avertissement intervient alors que les marchés financiers s'inquiètent de la santé financière de Deutsche Bank , la première banque allemande, menacée par la justice américaine d'une amende de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) dans un litige portant sur des produits financiers adossés à des prêts immobiliers commercialisés avant la crise financière.

Même si le rapport ne désigne nommément aucune banque en particulier, le dossier Deutsche Bank devrait être l'un des sujets de discussion des réunions du FMI, de la Banque mondiale et de l'Institut de finance international (IIF), l'une des principales fédérations bancaires du monde, dans les prochains jours à Washington.

Au cours d'une conférence de presse, Peter Dattels, le directeur adjoint du FMI en charges des marchés monétaires et de capitaux, a estimé que Deutsche devait "convaincre les investisseurs de la viabilité de son modèle économique et qu'elle a résolu les problèmes de risques opérationnels liés aux litiges".

"TROP D'AGENCES ET TROP PEU DE DÉPÔTS"

"Dans la zone euro, un excès de prêts non-performants et des handicaps structurels pour la rentabilité nécessitent des actions urgentes et exhaustives", estime le rapport du FMI. "La réduction des prêts non-performants et le traitement des manques de fonds propres des banques faibles sont une priorité."

Peter Dattels, devant la presse, a évalué le montant de ces prêts non-performants à environ 900 milliards d'euros en Europe.

Le rapport explique que de nombreuses banques européennes continuent de souffrir de problèmes hérités de la crise financière de la fin des années 2000. Même si une reprise cyclique devait s'amplifier dans la région, la rentabilité serait encore trop faible pour que ces établissements retrouvent une santé suffisante et résolvent leurs problèmes d'actifs à risque, ajoute-t-il.

Le FMI recommande donc aux autorités réglementaires et aux responsables politiques européennes de renforcer les régimes de traitement des défaillances d'entreprise afin de permettre aux banques de liquider plus rapidement les prêts non-performants. Il prône aussi un mouvement de consolidation impliquant les banques les plus faibles et une réduction des coûts.

"Il y a tout simplement trop d'agences avec trop peu de dépôts et trop de banques dont les coûts de financement sont bien supérieurs à ceux de leurs concurrentes", a déclaré Peter Dattels. "Il est vital de répondre aux défis des modèles économiques pour assurer une rentabilité durable."

Le FMI estime que l'adoption des mesures nécessaires pourrait se traduire par une augmentation de la rentabilité globale des banques européennes de 40 milliards de dollars (35,7 milliards d'euros) par an. Conjugué à une reprise cyclique, cela pourrait faire passer la part des banques européennes considérées comme "saines" à 72%, contre 17% seulement l'an dernier, poursuit-il.

Au-delà des faiblesses mises en avant en Europe, le FMI juge que les risques globaux pesant sur la stabilité financière dans le monde ont reflué depuis son rapport d'avril. La remontée des cours des matières premières a profité à certains marchés émergents et les craintes d'un ralentissement de la croissance chinoise ont été en partie apaisées par les mesures de soutien à la croissance, explique-t-il.

Il ajoute que le choc initial provoqué par le vote britannique du 23 juin pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne a été bien encaissé par les marchés et n'a pas déclenché de mouvement de contagion, les conséquences du Brexit semblant désormais "plus locales que globales".

avec Lesley Wroughton; Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison

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